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Rokugan 2000

Episode II

Terrible présage

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

lundi 13 juillet 2009, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode II, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

"Le serpent se tortille dans les entrailles du rêve, l’ombre de la mort se dresse pour nous détruire tous. Brouillard ensanglanté. L’ancien est neuf ? Plus nouveau que l’ancien et plus ancien que le nouveau. Le corbeau se cache de la tempête et nul ne vient pour éteindre le feu. Le premier venu sera le dernier venu et nous ne pouvons rien faire, rien, rien, rien…"

La pièce était silencieuse. Le petit homme était vautré sur sa chaise, des cheveux noirs et pêle-mêle tombaient sur son visage. La pièce était sombre, en dépit de l’intense lumière braquée sur le prophète.

"MAUDIT !" Cria-t-il, se redressant soudainement sur sa chaise, les yeux brillant d’un regard intense. "MAUDIT, MAUDIT, MAUDIT !" Il se balançait d’avant en arrière sur la chaise de bois, retombant petit à petit dans le silence.

"C’est tout, Saigo ?" Un grand homme entra dans le cercle de lumière, projetant son ombre sur le prophète minuscule, en comparaison avec lui.

"C’est tout, c’est tout, je jure que c’est tout," haleta le petit homme, la respiration saccadée.

"En es-tu sûr ?" Insista l’homme, "Il n’y a absolument rien d’autre ?"

"Absolument certain ! Je suis certain d’être certain, Maître Rashid !" Le prophète ramena les jambes contre son corps, les entourant de ses bras, et il enfouit son visage entre ses genoux pour éviter le regard de l’homme de la pénombre.

Zul Rashid s’arrêta pendant un long moment, l’observant. Et puis il saisit subitement une poignée de cheveux du prophète, relevant son visage.

"Qu’est-ce que ça veut dire ?" Siffla-t-il.

Le prophète semblait muet, sa bouche s’ouvrait mais il ne parlait pas. Les yeux de Rashid se rétrécirent.

"Rashid, libère-le !" Dit une voix venant des ténèbres. "Il ne comprend pas plus que nous. Il est seulement un porte-parole. Si tu veux offenser quelqu’un, offense les ancêtres et le kami, qui parlent par son intermédiaire, mais tu le feras à tes risques et périls."

Rashid recula, essuyant la graisse des cheveux du prophète sur sa veste. Le prophète glissa à nouveau sur sa chaise, épuisé, regardant Rashid craintivement. La Chambre des Oracles était une petite pièce, contenant à peine six chaises ; une était pour le prophète, et cinq étaient pour les Maîtres des Eléments. Le siège de Rashid était vide, tout comme celui d’Isawa Kujimitsu. Et bien sûr, le Maître du Feu n’était pas présent.

Zul Rashid continuait de dévisager le prophète, analysant, soupesant, jugeant. L’homme sombre avait juré fidélité au Phénix, il aimait Rokugan comme son foyer, mais il ne comprenait toujours pas toutes les manières de ce pays. Leurs prophètes étaient réellement très étranges. A Medinat al-Salaam, les prophètes étaient souvent porteurs de mauvais présages. Ceux-ci pouvaient se produirent et la vérité pouvait être pire que prévu, si on les défiait, mais on n’était certainement pas obligé de les laisser vivre. Après tout, la connaissance des désastres futurs pouvait parfois accélérer leur venue. Mais tout ça, c’était son ancienne vie. C’était ses anciennes manières. Il était Rokugani maintenant, et il devait agir comme tel.

"Je suis désolé, Maître Kujimitsu," dit formellement Zul Rashid, s’inclinant profondément et avec élégance alors qu’il se tournait vers le Maître de l’Eau, "J’ai été entraîné par l’importance de ses rêves."

Kujimitsu se tenait devant le prophète, à côté de Rashid. Entre les deux hommes, il y avait un fort contraste. Rashid était grand et mince. Sa peau sombre, sa barbe pointue, son petit turban et ses vêtements amples l’identifiaient comme un immigré des Terres Brûlées. Kujimitsu était petit et bien portant. Ses cheveux se faisaient plus rares alors que sa jeunesse déclinait, mais ses yeux étaient larges, clairs et d’un bleu surnaturel. Entre les deux, c’était comme le jour et la nuit, mais ils portaient chacun les ardentes couleurs du Phénix et ils étaient tous les deux des Maîtres Elémentaires.

"Le harceler davantage ne ferait qu’alourdir sa peine," dit calmement Kujimitsu à Rashid, tout en continuant à regarder le prophète. Il posa une main sur l’épaule du jeune homme. "Tu as réussi, Saigo, mon ami. Plus que nous ne pourrions demander. Tu peux aller en paix, maintenant."

Le prophète acquiesça vigoureusement, souriant avec gratitude. Il bondit sur ses pieds, s’inclinant rapidement devant chacun des quatre Maîtres et se pressa pour passer la porte.

"Alors nous en sommes là," dit Rashid, croisant le bras et s’asseyant sur la chaise du prophète, "Une prophétie plus sombre que tout ce que nous avons pu entendre en cent ans, et nous le laissons partir pour qu’il parte le raconter à tout le monde."

"Personne ne sait que le don de Saigo nous sauve tous les quatre," répondit Kujimitsu, "Personne ne le croira, Rashid. Nous avons le temps de gérer tout ceci."

"Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?" Une voix sombre et insondable se fit l’écho de Kujimitsu, "Qu’est-ce que nous pouvons faire ?" Le Maître du Vide se leva de sa chaise. Son visage et ses bras étaient couverts des bandages blancs qu’il avait toujours portés. Un lourd manteau sombre lui couvrait le corps.

"Ca signifie que nous avons une guerre sur les bras," gronda Rashid alors qu’il se levait et tranchait l’air d’une main, "Et je parie que ce dément de Yoritomo ne sera pas encore innocent dans cette affaire."

Un petit rire étouffé accompagna cette remarque. Le Maître de la Terre était vautré sur sa chaise et caressait ses moustaches. "La Fin du Monde," avança-t-il, "Encore ? Qu’est-ce qu’il y a de neuf, cette fois ?"

"Sois sérieux, Nezumi," exigea Rashid, regardant de travers le Maître au visage de rongeur.

Asako Ishikint redressa la tête en direction de Rashid, grattant son menton de sa main griffue. "Maître de l’Air", rit-il tout bas et levant un pied pour le poser sur le bord de sa chaise, "Empli d’air chaud. Comme le vent, il se soucie de tout et de rien."

Rashid se déplaça et se mit derrière le petit ratling, le visage sinistre et grave. "Isawa Saigo subit l’influence de rêves," dit-il, "Il prédit notre destruction à tous et tu ris."

Ishikint se retourna d’un mouvement rapide, ses petits yeux sombres clignant des paupières et fixant le Maître de l’Air. "Un Nezumi et un homme sur un radeau approchent d’une chute d’eau," dit-il, "L’homme voit les rochers et il hait son destin. Il est mort. Le Nezumi dit ’Oh, quel bel arc-en-ciel entre ces myriades de gouttelettes.’ Il est vivant." Ishikint fit un large sourire perfide.

"Fou," grommela Rashid. Il s’éloigna et s’assit à nouveau sur la chaise du prophète.

"Maître Ishikint parle avec sagesse," dit le Maître du Vide d’une voix creuse. "Geindre sur notre destin ne changera rien. Maintenant que nous sommes prévenus, nous devons nous préparer. Nous préparer pour quoi ? Contre quoi ? Le mal qui rôde dans l’ombre pourrait nous apporter le destin funeste du prophète."

Rashid ricana. "Le Senpet," dit-il, "La Pharaon n’est pas impressionnée par notre Yoritomo. Elle sait reconnaître un maniaque quand elle en voit un, et ils ont toujours convoité l’Empire de Diamant."

"Ou les Amijdal," ajouta Kujimitsu, "Ils ont toujours été très curieux à propos de la technologie du Dragon. Je crains qu’ils ne tentent quelque chose pour s’approprier les secrets des Agasha."

"Nettoie ta hutte avant que les invités arrivent," dit calmement Ishikint.

"Pardon ?" Demanda Kujimitsu, fouillant une poche pour trouver sa montre.

"Nous cherchons ailleurs notre douleur, mais nous devrions plutôt faire attention à nous-même. Dans quel état se trouve le Sceau ?" Le Maître de la Terre tourna son regard perçant vers Kujimitsu.

"Sur le Puits Suppurant ?" Répondit Kujimitsu, "Aussi résistant que toujours. Une centaine de maîtres maintiennent le chant." Il se décala un peu, s’échappant ainsi du regard du Nezumi. "Peut-être qu’avec cette prophétie, il serait plus sûr d’en augmenter le nombre."

"Je suis d’accord," ajouta le Maître du Vide, "Il vaut mieux gagner que jouer. D’autres suggestions ?"

"Le feu ne sera jamais le feu sans feu," gloussa Ishikint.

"Maudit ratling !" Gronda Zul Rashid, sautant de la chaise du prophète, "Arrête de parler par énigmes et plaisanteries !"

Ishikint fut sur ses pieds en un éclair, se tenant devant Rashid de toute sa hauteur. Il s’appuyait sur un bâton ancien, mais son regard était clair et féroce. "Ishikint," dit-il, "Je suis Asako Ishikint. Je suis le Maître de la Terre. Je suis un Nezumi. Je n’ai jamais été un ratling," il sourit, montrant ses dents blanches et pointues.

Rashid recula, impressionné par la prestance du Maître Nezumi.

"Je pense que la remarque de Maître Ishikint est très claire," soupira Kujimitsu, "Avant de faire quoi que ce soit, nous devons cesser d’échapper à l’inévitable. Nous devons choisir un nouveau Maître du Feu. Nous devons cesser d’esquiver notre honte. Quelqu’un doit être choisi."

"Quelqu’un," ajouta le Maître du Vide, le regard vague, "Je connais quelqu’un…"


La Garde Impériale tombait dans une cacophonie de cris et de rafales d’armes à feu. Le sang et la fumée remplirent la pièce. Quelque part dans ce désordre, Ichiro Chiodo riait comme un dément. Les courtisans rassemblés et les agents de presse se précipitaient vers la sortie, et se malmenaient dans la plus grande confusion. Au bout de la chambre d’audience, Yoritomo VI était assis calmement sur le Trône de Diamant, regardant la scène. Un instant auparavant, l’Empereur avait déclaré la guerre au monde entier, et maintenant, la guerre faisait rage dans l’immeuble Dojicorp.

Hatsu s’agitait à gauche et à droite, essayant d’entrevoir l’assassin à travers la foule, sans grand succès. "Qu’est-ce qu’on fait ?" Cria-t-il malgré le chaos ambiant, en se tournant vers Kyo.

Tsuruchi Kyo sourit et dégaina une paire de pistolets hors de sa veste. "Nous sauvons l’Empereur," dit-il. Le mince Champion de la Guêpe sauta sur une chaise à proximité et balaya la foule du regard. Inclinant légèrement la tête, il mit son pied sur le dossier de la chaise, grimpa sur le dossier, en équilibre précaire, visa et tira un coup de feu. La chaise tomba, et Kyo retomba sur ses pieds très souplement.

Les coups de feu cessèrent.

La foule s’écarta soudain, révélant Ichiro Chiodo étendu sur le sol, mort. Son arme gisait un mètre plus loin, et une mare de sang se répandait sous sa tête. Kyo sourit intérieurement et glissa ses pistolets à nouveau dans son long manteau noir. Hatsu ne disait rien. Il tenait toujours son katana et son wakizashi, dégainés, et scrutait la foule. La Garde de la Maison Doji avait commencé à rétablir l’ordre. Des cameramen qui se trouvaient au début de la foule prenaient des séquences de film concernant l’austère Empereur. Le fils et la fille de l’Empereur émergèrent de derrière le trône, où ils s’étaient mis à couvert. Le Champion d’Emeraude essayait de rassembler la Garde Impériale. Hida Yasu se tenait au bout de la table d’apéritif, buvant l’une après l’autre les boissons qui s’y trouvaient. Quelque chose n’allait pas.

Les cameramen. Deux cameramen vêtus de vêtements brun ordinaire au début de la foule, au lieu de se trouver à l’autre bout, avec les reporters.

"Les cameramen !" Cria Hatsu, "Arrêtez-les !"

Hatsu commença à courir, évitant la foule en courant le long des murs. Il dérapa pour s’arrêter à moins d’un mètre du premier cameraman. L’homme se retourna, surpris, et sourit à peine. "Salut," dit-il alors qu’il tournait sa caméra vers Hatsu, "Magistrat, puis-je avoir un commentaire sur—". Un coup rapide des deux épées du Dragon et le corps sans tête du cameraman s’effondra sur le sol. Hatsu s’agenouilla et jeta un coup d’œil à la caméra. Vu de près, ce n’était certainement pas une caméra, mais plutôt un pistolet de courte portée, petit, compact, mais remarquablement puissant, de fabrication Scorpion.

Mais il aurait le temps d’investiguer plus tard. Hatsu se remit à courir vers l’autre assassin, mais la foule était dense et il savait qu’il ne serait jamais de l’autre côté de la pièce à temps. Il aurait presque voulu porter une arme à feu. Où était Kyo ?

Le second assassin se tourna et jeta un regard à Hatsu avec un sourire mauvais, et il pointa sa caméra vers l’Empereur. Le Champion d’Emeraude se tenait à quelques mètres de là, inconscient du danger. Soudain, une jeune femme plutôt petite, vêtue de bleu et avec de longs cheveux blancs chargea hors de la foule, le katana d’un Garde Impérial en main. Elle déboula vers l’homme alors qu’il avait pris pour cible Doji Meda, puis elle fit tourner son katana pour frapper à l’arrière de ses genoux. L’homme hurla et tomba alors qu’elle tranchait la chair et les tendons de ses jambes, puis il lâcha son arme. Elle l’attrapa dans le dos puis saisit ses cheveux, frappant le visage de l’assassin contre le sol jusqu’à ce qu’il cesse de lutter.

Hatsu remercia les fortunes. Puis il remarqua un troisième cameraman, à l’opposé de la pièce, contre les tables du buffet. Il était trop loin pour pouvoir l’atteindre ou même crier un avertissement. Hatsu se mit à courir en direction de l’Empereur.

Yoritomo VI tourna son regard impassible en direction du cameraman et il vit sa mort venir.

"Excusez-moi," dit un grand homme blond, se postant rapidement en face de la caméra, "Je ne crois pas que vous allez faire une chose pareille."

L’assassin prit un air aigri, et l’objectif de la caméra explosa, alors qu’il tirait une balle sur Akodo Daniri. Daniri pivota vivement, prenant le tir dans l’épaule et restant malgré tout sur ses pieds, pour pouvoir bloquer la ligne de mire vers l’Empereur, qui n’avait pas bougé.

"Essaie encore," sourit le Lion, alors que le sang coulait de son épaule. "La caméra m’adore."

Le cameraman jura et ajusta quelque chose sur le côté de sa caméra, se préparant à faire feu à nouveau. Daniri ricana et se prépara au nouvel impact. C’est à ce moment-là que Hida Yasu brisa la table à apéritifs sur la tête de l’assassin. Le Crabe recula de l’amoncellement constitué de bois cassé, de morceaux de verre et de l’assassin (hors d’état de nuire) en tapotant les mains sur son armure.

"Il était temps !" Grimaça Daniri tout en tenant son bras blessé, "Vous attendiez qu’il me tire encore dessus ?"

Yasu cligna des paupières. "Si j’avais su qu’il s’apprêtait à vous tirer dessus, j’aurais sûrement attendu."

"Vous rigolez, là, j’espère ?" Demanda Daniri.

"Peut-être." Yasu sourit largement, dévoilant une formidable rangée de dents blanches et carrées.

Soudain, le Champion d’Emeraude monta sur l’estrade du Trône de Diamant. Il tenait un pistolet dans une main et un katana dans l’autre. "Kameru, assurez la sécurité de l’Empereur !" Hurla-t-il, ses yeux allant d’un endroit à l’autre. "Kyo ! Au rapport !"

Le fils de l’Empereur, un petit homme robuste, ayant le crâne rasé et une queue de cheval, se tenait aux côtés de son père. Kameru fit un bref signe de tête au Champion. Yoritomo Ryosei, fille de l’Empereur, se tenait en retrait, sur le côté, et étreignait l’Etendard de Bataille de la Mante tout en restant sur la défensive. L’Empereur observa la pièce avec mépris alors qu’il se redressait lentement, remit son heaume, et autorisa son fils et sa fille à le conduire vers la sortie qui se trouvait derrière le trône.

Hatsu rengaina ses épées et marcha vers l’assassin que Yasu avait assommé. Le Crabe robuste se tenait tout près, buvant encore les minuscules boissons tout en gardant un oeil sur l’homme gémissant, qui n’était probablement pas loin du coma. Hatsu s’agenouilla à côté de l’homme et regarda prudemment son visage.

"Hatsu !" Cracha une voix alors que Tsuruchi Kyo émergea de la foule, tout près, "Qu’est-ce que vous faites ? Je dois m’occuper de la sécurité de l’Empereur et vous devez rallier la Garde de la Maison Doji immédiatement !"

"Il y a d’autres magistrats," dit doucement Hatsu, "Cet homme vit toujours et j’ai l’intention de le questionner."

Kyo sortit un pistolet, visa et fit feu, éclatant le crâne de l’assassin dans une gerbe de sang. "Voilà," dit-il, "Ca simplifie grandement les choses, vous ne trouvez pas ? Maintenant, protégez mon Empereur, Dragon."

Hatsu se leva, bouillant de colère, et s’inclina à peine. Kyo eut un sourire léger et partit, tel un murmure dans l’ombre de l’Empereur. Hatsu jura et sortit la radio qu’il utilisait rarement hors de la poche de son imperméable. Après une minute ou deux pour se souvenir de ce que faisaient les boutons de cette dernière, Hatsu commença à donner des ordres aux autres magistrats qui patrouillaient dans l’immeuble. Il franchit l’entrée de l’immeuble afin de superviser le dispositif de sécurité, pour s’assurer que personne ne pourrait quitter les lieux jusqu’à ce que tout et tout le monde ait été fouillé complètement.

Hatsu remarqua plusieurs magistrats Shinjo en uniformes pourpres qui couraient partout dans la pièce et qui tentaient de retenir les dignitaires qui voulaient sortir, mais il y avait fort peu de Gardes de la Maison Doji.

"Gardes de la Maison Doji, au rapport !" Cria Hatsu. Le jeune magistrat n’était pas de bonne humeur. Les gardes à l’entrée avaient autorisé non pas un mais quatre hommes à entrer dans la Chambre d’Audience Impériale avec des armes, ce qui avait eu pour conséquences un nombre incalculable d’innocents blessés ou tués, et maintenant, ils ignoraient apparemment ses demandes d’assistance.

Hatsu ouvrit les portes de la Chambre d’Audience, et découvrit un groupe de Magistrats Shinjo se tenant en cercle, repoussant la foule choquée.

"Hatsu," dit-il, montrant son badge à un jeune officier, "Qu’est-ce qu’il se passe ici ?"

"Voyez par vous-même," dit l’officier en haussant les épaules.

Vingt membres de la Garde de la Maison Doji gisaient sur les dalles de marbre. Ils s’étaient percé l’estomac sur leur propre wakizashi.


Hatsu revint finalement à la chambre d’audience vingt minutes plus tard. La plupart des courtisans, des reporters et des dignitaires avaient été emmenés dans d’autres parties de l’immeuble où ils pourraient se reposer jusqu’à ce qu’on les congédie, mais Yasu et Daniri se tenaient toujours près du corps d’un des assassins. La jeune fille de la Grue était agenouillée juste à côté du corps de l’assassin, apparemment insensible au fait que son superbe kimono traînait dans la flaque de sang.

Yasu cracha sur le corps de l’assassin et secoua la tête. "Perte de temps," dit-il.

Daniri acquiesça. "Il aurait pu nous dire quelque chose si cette Guêpe ne l’avait pas éclaté comme ça."

"Nous ?" Dit Hatsu d’un ton incrédule, "Et par les fortunes qui donc croyez-vous être, vous deux ? N’êtes-vous pas la paire de sauvages qui ont tenté de se battre, tout à l’heure ?"

"Hida Yasu," sourit le Crabe, "C’est agréable de voir qu’on se souvient de moi."

"Je suis Akodo Daniri !" Dit le Lion, choqué, "La star de la télévision. Vous ne me connaissez pas ?"

"Je ne regarde pas la télévision," dit Hatsu. Le jeune Dragon examinait le carnage de la chambre d’audience. Des blessés et des morts gisaient partout. Des infirmiers Phénix vêtus de rouge commençaient à arriver et se dirigeaient vers les blessés. Le corps d’Ichiro Chiodo fut emmené avec une civière.

Une petite geisha en kimono rouge serrant avança aux côtés de Daniri, et il plaça son bras valide autour de ses épaules. "Vous êtes blessé, Daniri !" Remarqua-t-elle, apercevant le sang qui coulait de son bras droit.

"Ça ne fait pas mal ; je suis un professionnel," rit Daniri, "En plus, ce n’est qu’une éraflure."

"Il vaut mieux être sourd que d’entendre ça," dit la Grue sur un ton neutre, toujours agenouillée et contemplant la tête de l’assassin mort, "Je pensais que vous les Lions ne parliez ainsi que dans vos films ridicules."

"Oh, non," répondit Daniri, "Nous sommes toujours aussi intelligents."

"Qu’est-ce que vous faites ?" Demanda Hatsu, s’accroupissant aux côtés de la Grue et observant le corps à son tour. Elle soulevait la tête de l’assassin avec la pointe de son katana.

"Regardez ça," dit-elle, "Celui-ci en a un, lui aussi."

"La matière grise est censée se trouver la-dedans, Grue," ricana Daniri.

Elle soupira. "Mon nom est Kamiko, pas Grue, et je n’étais pas au courant que tout le monde avait des circuits électriques dans la tête." Elle leva la tête vers le Lion, le regard froid et sérieux.

"Des circuits électriques ?" Dit Hatsu. Il se pencha et put constater qu’un petit morceau de métal dépassait de ce qui avait été le cerveau de l’assassin. "Qu’est-ce que c’est ?"

"Je ne sais pas," répondit Kamiko. Elle prit avec précaution le minuscule implant entre deux doigts, le tirant doucement de son logement avec un bruit de déchirement organique. Kochiyo la geisha gémit et cacha son visage dans la veste du Lion. "On dirait une sorte de transmetteur miniaturisé," dit-elle, le tenant à la lumière. "Exactement le même que celui que portait Chiodo."

"Kamiko !" Cria une voix désespérée alors que les portes de la chambre d’audience s’ouvraient, "Kamiko, où es-tu ?" Un vieil homme grisonnant entra dans la pièce, jetant des regards inquiets un peu partout.

Kamiko se redressa, ses épaules tombèrent. "Jinwa, mon garde du corps et sensei. Je l’avais perdu dans la confusion. Je dois le rejoindre avant que mon père ne commence à s’inquiéter."

"Et qui est votre père ?" Demanda Daniri, un léger sourire aux lèvres.

"Doji Meda," dit-elle avec gaîté, "Le Champion d’Emeraude." Elle se tourna vers Hatsu. "Veuillez me tenir au courant de comment évoluent les choses, s’il vous plaît," dit-elle, lui tendant la minuscule plaque de circuits électriques. "Vous pouvez me joindre par l’intermédiaire de mon père." La jeune fille sourit au Lion, s’inclina devant Yasu, et partit.

Les Vierges de Bataille Otaku, l’unité d’élite des forces de police Licorne, arrivèrent en force et commencèrent à entourer d’un cordon de sécurité toutes les issues et à sécuriser le quartier. Hatsu remarqua son supérieur, le Capitaine Kojiro, qui entra avec une paire de Vierges de Bataille en armures. Kojiro fit un signe de tête au jeune Dragon et lui demanda de le rejoindre.

"Laissez-moi jeter un coup d’œil à ce truc avant que vous ne partiez," dit Yasu, montrant du doigt le morceau de métal ensanglanté que Hatsu tenait en main. "Mon oncle Toshimo a un laboratoire en ville. Peut-être qu’il pourrait l’examiner."

Hatsu fronça un sourcil. "Kaiu Toshimo ?"

"En effet, c’est bien lui," répondit Yasu.

Hatsu remit rapidement le circuit. Yasu ouvrit un des nombreux compartiments de son énorme ceinture et le plaça prudemment à l’intérieur.

"Kitsuki Hatsu, Tour Shinjo," dit Hatsu, tendant au Crabe une carte qu’il sortit de sa poche, "Daniri, faites inspecter cette blessure."

Le Dragon partit à la rencontre de son capitaine, et Yasu commença à chercher son oncle. Daniri resta seul avec sa geisha.

"Vous avez sauvé l’Empereur !" Dit Kochiyo en souriant, tout en étreignant son bras. Ses deux gardes du corps apparurent tout près. L’un des deux fit un signe de tête approbateur au Lion.

Daniri ne dit rien.

"Daniri ?" Dit-elle, inquiète.

"Hm ?" Fit-il, vacillant quelque peu, "Je pense que je suis juste un peu fatigué. Peut-être que nous pourrions… aller à un hôpital ou un endroit dans le genre…" Un des gardes du corps s’avança aux côtés du Lion, pour l’aider s’il venait à tomber.

"Les infirmiers—" commença Kochiyo.

"Ils sont occupés," dit Daniri, le visage pâle, "Il y a de nombreux blessés, ici. Je peux prendre soin de moi-même. Allons-y."

"En êtes vous sûr ?" Demanda-t-elle, soucieuse.

"Bien entendu," dit-il sérieusement, "Je suis un Akodo."


"Je suis Ikoma Keijura et je vous parle depuis l’Immeuble Dojicorp, où la visite Impériale s’est transformée en tragédie mortelle." Le jeune journaliste tenait un doigt à son oreille, et empoignait nerveusement un micro dans son autre main. Il y avait une éclaboussure de sang sur son kimono délicatement repassé, et il jetait des regards nerveux tandis que des Magistrats Shinjo en armure et des infirmiers Phénix vêtus de rouge et portant des civières se précipitaient derrière lui.

"Il y a seulement quelques heures, ce bel édifice, ce monument dédié à la sérénité et la paix de la Cité de Diamant, se retrouvait plongé dans le chaos alors qu’une tentative d’assassinat contre l’Empereur Yoritomo VI a, semble-t-il, échoué." Le journaliste recula alors que deux Vierges de Bataille passaient devant lui, l’air très sérieux et leurs naginatas d’argent cliquetant sur le sol.

"Les détails sont forts peu précis, pour le moment, mais il nous a été confirmé que l’Empereur a pu rejoindre le Palais de Diamant sain et sauf, et que tous les conspirateurs ont été tués grâce à l’intervention efficace de la Garde Impériale de Tsuruchi Kyo. Comme vous pouvez le constater sur ces images, plusieurs membres de la Garde Impériale ainsi que des membres de l’assemblée ont été blessés par des coups de feu, mais le nombre exact des victimes n’a pas encore été communiqué." L’image changea pour une image floue sur laquelle on pouvait voir Ichiro Chiodo tirant sur la foule avant que la caméra ne tombe et se coupe, probablement expulsée des mains du cameraman par un membre de l’assemblée effrayé.

"Kyo ?!?" Cria Kamiko, donnant un coup de pied à la table. "Et moi alors ?? J’ai tué personnellement un de ces assassins ! Quel bâtard égocentrique ! »

Jinwa s’assit simplement à côté d’elle, sur le sol garni de coussins, et sans dire un mot.

L’image changea à nouveau : de Keijura on passa à un homme d’âge moyen, assis devant un bureau. "Vous avez des informations à propos de la surprenante déclaration que l’Empereur Yoritomo a faite juste avant la tragédie ? Sinon, des détails sur l’identité de la future femme de l’Héritier Impérial ?"

Keijura sembla être pris au dépourvu par cette question. "Non, non," dit-il, "Tout a été si chaotique. Il y a eu tellement de blessés et de morts qu’il nous est difficile de garder notre santé mentale, voyez-vous. L’Empereur et son fils Kameru sont vivants, et en bonne santé ; C’est tout ce que nous savons."

Le présentateur acquiesça. "Bien, alors tenez-nous au courant, Keijura," dit-il, "Je suis sûr que de nombreux téléspectateurs sont impatients de savoir qui sera la nouvelle Impératrice."

"Je vous tiendrai au courant," répondit Keijura vaguement, tenant toujours son doigt contre son oreille. Il disparut de l’écran.

"Coupez !" Ordonna Kamiko et la télévision devint noire. "Les journalistes Lions… Ils sont fous, idiots. Ils se préoccupent de leurs cheveux quand leur tête brûle."

Jinwa haussa les épaules d’un air anodin, et dissimula un léger sourire. Il était rare qu’il soit d’accord avec la fougueuse jeune fille, mais lorsque c’était le cas, il détestait l’admettre.

Les portes de la petite pièce s’ouvrirent violemment et le Champion d’Emeraude fit irruption, enlevant son casque lourd et libérant sa longue chevelure blanche. Kamiko se releva et courut vers lui. "Ma fille !" s’exclama-t-il, jetant son heaume ancien pour la prendre dans ses bras. Jinwa se redressa respectueusement et regardait un point sur le sol.

"Louées soient les Fortunes, tu es vivante !" Dit-il, glissant son visage dans la longue chevelure blanche de sa fille, alors qu’une larme minuscule coulait le long de sa joue. "Je voulais te rejoindre plus tôt, mais l’Empereur—"

"Je comprends, père," répondit Kamiko, étreignant Meda à son tour. Elle se recula un peu et lui sourit. "Père, j’ai tué un des assassins de l’Empereur !"

Le visage de Meda s’assombrit. "Jinwa," dit-il, regardant le garde du corps, sensei et serviteur de sa fille, "Est-ce la vérité ?"

Jinwa acquiesça, sans lever les yeux vers son maître.

"Kamiko, c’est impardonnable," murmura Meda, en saisissant ses épaules avec force. "Pourquoi as-tu fais une chose pareille ? Pour la fille du—"

"Du Champion d’Emeraude ?" L’interrompit-elle, "Je pense que c’était totalement approprié."

Meda se tourna et ramassa son heaume qui gisait sur le sol, en observant sa couleur verte foncée. "Ta vie ne t’appartient pas pour la risquer pareillement, ma fille," dit-il sévèrement, "Tu me feras mourir si tu continues pareils exploits."

"Tu serais certainement mort si je n’avais pas tué cet assassin."

Meda se retourna vivement, un doigt armuré pointant en direction du visage de sa fille, imposant le silence. La bouche de Kamiko se referma avec un léger bruit.

"Tu es peut-être ma fille, mais avant que tu ne commences à te faire des illusions, souviens-toi que le rôle de Champion d’Emeraude n’est pas héréditaire. Ton destin a été décidé et il repose sur la Famille de Yoritomo."

"Père, Kameru n’est qu’un—"

"Je ne tolèrerai plus aucun de tes arguments sur ce sujet, ma fille," Meda plaça le heaume de son armure sur sa tête, sa voix froide résonnant dans la coque métallique. "Tu es une Grue et il est temps que tu commences à agir comme tel." Il rencontra le regard de Kamiko. Elle regarda ailleurs et s’assit rapidement.

"Jinwa," dit Meda.

"Hai," répondit-il, s’inclinant vivement.

"Tu es congédié. Quitte ma maison. De plus, pour ton échec à modérer les tendances désobéissantes de ma fille ainsi que son comportement suicidaire, il t’est interdit de faire seppuku."

"Hai," répondit Jinwa, sa voix se brisa légèrement, mais il fixait toujours le même point sur le sol.

"Père !" S’exclama Kamiko.

"Peut-être que ton prochain tuteur pourra te donner un meilleur exemple, n’est-ce pas, ma fille ? ?" Dit Meda, ignorant son exclamation. "En tout cas, tu devrais l’espérer pour lui. Le prochain ne sera pas aussi chanceux que Jinwa."

Meda fit demi-tour et quitta la pièce, claquant la porte derrière lui.

"Je suis désolée, Jinwa," dit gentiment Kamiko, en mettant sa main sur son épaule. Il avait été son tuteur et son protecteur depuis qu’elle avait six ans. Il la connaissait mieux que quiconque. Il avait été un meilleur père pour elle que ce que Doji Meda avait été, et en retour elle n’avait rien fait de plus que le traiter aussi violemment et de manière aussi désobéissante que ce qu’elle aurait fait si elle avait été avec son père.

Jinwa écarta sa main. Il essuya quelque chose au niveau de ses yeux rougis et quitta silencieusement la pièce, fermant la porte doucement.

Kamiko était seule. A nouveau. Maintenant, c’était officiel.

Elle s’assit lourdement sur le lit qui se trouvait dans le coin de la pièce, immobile pendant un moment et repensant à tout ce qui s’était passé. Elle était passée de si haut à si bas en une journée. Kamiko sourit. Elle n’était pas de celle à s’avouer vaincue. Elle se retourna et commença à taper sur le clavier du petit ordinateur portable qui se trouvait sur la table de chevet.

Lorsque Kamiko eut l’âge de douze ans, Jinwa et son père vinrent la trouver et lui donnèrent le choix entre deux écoles - Doji ou Kakita. La vie de politicienne ne l’intéressait déjà pas beaucoup à cet âge, aussi elle choisit l’école Kakita, espérant avoir une chance d’apprendre à manier l’épée. Elle fut, à sa grande surprise, inscrite dans l’Ecole de Programmation Kakita plutôt que dans l’Académie de Duellistes.

L’ordinateur fredonna des paroles amicales. "Bienvenue dans le Service Financier Dojicorp, Doji Meda !" dit-il. Kamiko sourit à peine.

La vie lui avait souvent joué des tours, mais Kamiko n’avait jamais perdu son temps.


"Alors, qu’est-ce que c’est ?" Demanda Yasu.

Yasu se pencha au-dessus du plan de travail, bougeant pour quitter sa position inconfortable. La propreté immaculée du laboratoire contrastait avec le bruit constant de machines vrombissantes, de décoctions bouillonnantes et de techniciens bavards s’activant un peu partout. Tout ceci avait toujours dérangé Yasu. Ça l’avait même amené à casser des choses, juste pour voir ce qui se passait.

Pour les rendre les choses encore plus désagréables, on l’avait privé de ses armes et de son armure avant d’entrer. Oncle Toshimo avait des dizaines d’expériences en cours à chaque instant, et il savait que la multitude des systèmes électroniques ainsi que les gadgets de l’armure du jeune homme pouvaient interférer avec les expériences de manière catastrophique. S’il y avait bien quelqu’un pour le savoir, c’était sûrement Toshimo, car c’était lui qui avait construit la plupart des armes non-testées et des appareils parfois instables de l’armure de Yasu.

Toshimo se pencha sur un grand microscope, toujours étudiant le composant électronique ensanglanté. Yasu pensa qu’il ne l’avait pas entendu et était sur le point de lui poser la question à nouveau. "Je ne suis pas sûr," dit finalement Toshimo. "C’est très avancé, comme technologie, et c’est très gravement endommagé. Certains composants me sont totalement inconnus, mais tout ceci ressemble vraiment à un appareil de transmission, comme l’a dit ton amie de la Grue. Des microcircuits Shosuro. Du haut de gamme."

"Ainsi, les Scorpions sont derrière tout cela ?" Grogna Yasu, serrant le poing et grinçant des dents.

Toshimo rit sous cape. "Calme-toi, mon neveu," sourit-il, "Tu es vraiment comme ta mère. Ces circuits sont effectivement très rares et difficiles à obtenir, mais le fait qu’ils aient été construits par les Scorpions ne veut pas forcément dire qu’ils leur sont exclusivement réservés. Toute personne ayant suffisamment d’argent peut les obtenir. De plus, il ne serait pas logique que les Scorpions laissent une pareille carte de visite. Ils sont plus subtils que ça, et je ne vois pas de raison pour laquelle ils voudraient tuer l’Empereur."

Yasu réfléchit à ça un moment, et acquiesça à regret. "Alors, que fait-on ?" Grogna-t-il, s’installant dans la petite chaise métallique du labo et tenant le comptoir d’une main pour ne pas tomber en se balançant. Il avait toujours détesté ça. Il était fin prêt pour sortir et écraser quelques têtes jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. Au lieu de ça, il devait s’asseoir et réfléchir.

Il devait simplement apprendre… la patience.

Toshimo, comme à son habitude, prit un moment pour répondre, regardant à nouveau dans le microscope pendant quelques instants. "C’est une bête bien étrange, en vérité, Yasu. Appelle ton ami Kitsuki et raconte-lui ce que j’ai découvert, mais demande-lui également si je peux encore le garder quelques jours, pour faire quelques tests spéciaux. J’aimerais avoir l’avis des Maîtres à propos de ceci."

Yasu acquiesça et se redressa.

"Oh ! Et Yasu ?"

"Oui, Oncle Toshimo-sama ?"

"Va au Bas-Quartier et relâche un peu de vapeur."

Yasu eut un sourire malsain, s’inclina devant son oncle, et sortit. Toshimo rit tout bas et plaignit les gobelins pour la nuit à venir.


Hatsu marchait dans les bureaux de la Tour Shinjo. Il était quelque peu essoufflé d’avoir dû monter les escaliers, mais l’exercice était agréable après ses discussions prolongées avec Kyo et le reste de la Garde Impériale. Avant qu’ils ne l’autorisent à rejoindre son poste, les laquais de Kyo l’avaient questionné interminablement. Ils semblaient infiniment curieux à propos de la façon dont Hatsu avait pu remarquer les assassins et comment il avait échoué à les abattre. Il leur avait expliqué longuement qu’il ne portait pas d’arme à feu, qu’il n’était pas obligé d’en porter une et qu’il n’avait pas l’intention d’en porter une à l’avenir. Ils n’avaient pas eu l’air satisfaits, et à plusieurs reprises leurs soupçons avaient laissé croire à Hatsu qu’ils allaient l’accuser de conspirateur.

Mais maintenant, il était de retour à la maison. Dans les bureaux où il respirait et vivait. Certes, il ne vivait pas ici, pour dire vrai, mais sa vraie maison était juste un endroit où il dormait. La plupart des gens faisaient un travail pour lequel ils étaient bons, mais Hatsu vivait et respirait son travail de détective. Certains considéraient que son ardeur au travail était bizarre et irrationnelle, mais sans un tel but pour conduire sa vie, Hatsu ne savait pas ce qu’il pourrait faire.

"Charmant, Hatsu," sourit Shinjo Chikafusa, alors que le détective entrait. "Tu fais la fête avec l’Empereur toute la soirée, et tu me laisses me débrouiller avec tes messages. Tu as eu sept coups de téléphone alors que tu n’étais pas là. Voilà, je les ai tous écrits. Par contre, je ne suis pas sûr que tu sais te servir de ton téléphone, espèce d’homme des cavernes."

Hatsu sourit. Son absence de dépendance envers la technologie avait fait de lui la cible d’un tas de moqueries amicales, au poste. "J’apprends," dit-il, "D’habitude, je tiens le combiné et je laisse un de vous, Licornes, composer le numéro pour moi."

Chikafusa rit, son visage rond se fendit d’un large sourire. Il fouilla dans une masse de paperasseries qui se trouvait sur son bureau et tendit au jeune détective un petit tas de morceaux de papier. Hatsu les tria alors qu’il se dirigeait vers son bureau. Personne ne l’appelait jamais. Et maintenant, sept personnes. Bizarre.

Le premier appel était de Doji Kamiko. Elle avait laissé son nom et son numéro de téléphone pour qu’il puisse la rappeler "dès qu’il aurait appris quelque chose."

Le second était des studios KTSU. Etrange. Apparemment, ils voulaient l’inviter à une sorte de souper ou une soirée. Enfin, soit. Il se demandait où ils avaient bien pu trouver son nom.

Le troisième était de Kojiro. Il était apparemment encore retenu à l’immeuble Dojicorp par une quantité important de paperasserie, mais il voulait qu’Hatsu se remette au travail aussi vite qu’il pouvait, pour découvrir d’où pouvaient venir ces assassins. C’était bien le style de Kojiro. Il aimait la paperasse. Il voulait qu’on le plaigne, mais au fond de lui, il appréciait ça.

Le quatrième était de Hida Yasu. Apparemment, les circuits venant des crânes des assassins avaient été construits par les Shosuro. Bizarre.

Le cinquième message était de Kamiko. Encore. Elle était tenace. Ou alors, elle s’ennuyait à mourir. Peut-être les deux ? Hatsu hocha la tête.

Le sixième était de Kentaika, le coroner. Apparemment, des appareils électroniques similaires à celui que Kamiko avait découvert dans la tête d’un des assassins avaient également été découverts dans chaque membre de la Garde de la Maison Doji qui était affecté à la garde de l’entrée de l’immeuble, les vingt qui se sont suicidés. Des microcircuits Shosuro. Hatsu avait une piste qu’il pouvait suivre. C’était mince, mais c’était tout ce dont il disposait.

"Ou est le septième message ?" Demanda Hatsu à Chikafusa, tournant le dos à la porte de son bureau.

"Le quoi ?" Répondit Chikafusa, en terminant son café.

"Tu avais dit qu’il y avait sept messages. Je n’en ai que six, ici."

"Oh, oui," répondit-il, en hochant la tête, "C’était un message de ton équipière."

"Je n’ai pas d’équipière," dit Hatsu, "Les gens ne m’aiment pas."

"Apparemment, ils t’aiment, maintenant." Dit Chikafusa. "Elle t’attend dans ton bureau."

Hatsu fronça les sourcils et se retourna rapidement, ouvrant la porte de son bureau à la volée. Si jamais quelque chose avait été dérangé…

"Hé !" Cria une voix derrière lui, alors qu’une main se posait fermement sur son épaule.

Le coup n’avait pas été fort, mais il réagit instinctivement, faisant un saut périlleux par-dessus son bureau et sa chaise, roulant pour se placer contre le mur et les mains agrippant les gardes de son daisho.

"On est un peu nerveux, ce soir, n’est-ce pas, Kitsuki ?" Dit la fille d’un ton moqueur, plaçant une main à la hanche. Elle était grande et mince, et portait l’armure corporelle violet brillant des Vierges de Bataille. Elle s’appuyait contre le mur, derrière la porte et elle avait porté sa main à la bouche pour dissimuler un sourire.

"Je suis désolé, samurai-ko," dit Hatsu, se relevant et s’inclinant légèrement, "Ce fut une journée difficile ; je suppose que je suis un peu nerveux." Il jeta un regard circulaire dans son petit bureau. L’ameublement n’avait pas été dérangé, canalisant les énergies positives de la pièce. Les anciens dessins à l’encre se trouvaient toujours à leur place habituelle, sur les murs. Rien n’avait été dérangé. Sauf l’éventail. L’éventail avait été déplacé. Hatsu se redressa complètement et marcha en direction de l’armoire de classement puis il ajusta le minuscule éventail de guerre qui se trouvait au-dessus de l’armoire pour le remettre tel qu’il était auparavant.

La Vierge déplaça tout son poids sur un pied, plaçant l’autre pied sur le mur et croisant les bras. Elle s’inclina à peine et sans changer de pose. "Mon nom est Otaku Sachiko," dit-elle, "J’ai été désignée comme votre nouvelle partenaire."

"Konichiwa, Sachiko-san," dit Hatsu nerveusement, "Je suis Kitsuki Hatsu." Il s’inclina à nouveau rapidement et légèrement.

"C’est un magnifique tessen," dit-elle, penchant la tête en direction du mur où était l’éventail.

Hatsu hocha la tête. "Merci. C’était celui de ma mère." Il regarda le petit éventail ; un dragon et une araignée décoraient sa surface rouge et noire, enlacés dans un combat éternel.

Sachiko rompit le silence, ramenant Hatsu à la réalité. "Vous êtes celui qui a ruiné le trafic de Lait de Daikoku de Bayushi Kenburo, n’est-ce pas ?" Demanda-t-elle, ses yeux verts brillant. "Le débutant ?"

Hatsu chercha ses mots. Il n’était pas très bavard de nature, avec les étrangers - sauf si c’était lui qui les questionnait - et il était encore plus timide avec les femmes. "Hai," répondit-il.

"Impressionnant," répondit la Vierge de Bataille avec un large sourire, "Vous les avez vraiment bien eus, ces Scorpions."

"Justice fut faite et ce fut tout," dit-il simplement, "Les crimes de Kenburo sont de sa propre faute, pas celle du Clan du Scorpion." Il balaya un grain de poussière imaginaire du bord du Tessen et se retourna vers son bureau. "Ainsi, vous allez être ma nouvelle équipière ?" Demanda-t-il, essayant de sourire poliment.

"C’est ce qu’ils m’ont dit," dit-elle en s’asseyant sur une des petites chaises et posant une de ses bottes sur le bureau. Hatsu fixa le pied botté. "Après cette histoire avec l’Empereur aujourd’hui, les gars d’en haut ont apparemment décidé que vous pourriez avoir besoin de quelqu’un qui pourrait vous donner un coup de main. Et ce quelqu’un, c’est moi."

Hatsu sourit à peine. Il se déplaça en direction de la fenêtre. La petite fenêtre, la seule fenêtre, et la seule raison pour laquelle il a choisit ce bureau. Il regarda en contrebas les lumières de la nuit d’Otosan Uchi. "J’ai l’habitude de travailler seul," dit-il, "mais j’évaluerai l’aide que vous m’apporterez."

"Et bien, c’était cérémonieux," ricana Sachiko, "Je me sens vraiment la bienvenue, maintenant."

"Je n’ai pas l’habitude de travailler avec d’autres personnes," dit-il, "mais dans ce cas-ci, la vie de l’Empereur en dépend. Mes désirs sont secondaires."

"Vous parlez toujours comme ça ?" Sourit-elle, lissant d’une main sa longue queue de cheval au-dessus de son épaule.

Hatsu haussa maladroitement les épaules. Il avait souvent du mal à tenir une conversation. Son esprit était toujours ailleurs, pensant à quelque chose d’autre. A cet instant précis, il avait été écarté de cette conversation par des pensées concernant les microcircuits Shosuro. Il allait répondre à la question de Sachiko lorsque ça se produit.

Ses yeux furent pris par une obscurité qui ne les avait pas recouverts, et il fut aveuglé par une lumière qu’il ne voyait pas. Avec cette lumière venait une sensation d’ombre ainsi qu’une soudaine et irrésistible envie de la combattre, de lui faire face, d’aller… quelque part. C’était encore pire qu’avant. Il ne savait pas ce qui allait se passer, mais il savait que cela serait épouvantable. Il devait suivre sa piste ce soir, tout de suite, avant que cette prémonition ne devienne réalité. Ainsi qu’elles l’étaient toujours devenues.

"Vous allez bien ?" Demanda Sachiko, un air inquiet dans ses yeux.

Hatsu rencontra son regard, soudain sérieux. "J’ai senti les ténèbres, ce soir. Quelque chose de maléfique s’approche."

Elle rit tout bas. "Exactement comme Togashi dans les livres d’histoires. Puis-je vous emmener quelque part ?"

"C’est dangereux dehors, ce soir," répondit-il, "Vous devriez probablement—" il s’interrompit. La Vierge de Bataille avait cessé de sourire, et les muscles de son corps avaient soudain commencé à se durcir. Sa bouche était serrée en une ligne fine.

"Je devrais probablement—quoi ?" Demanda-t-elle avec une douceur forcée, "Si vous croyez qu’une Vierge de Bataille Otaku est incapable de prendre soin d’elle-même, je serais plus qu’heureuse de vous prouver que vous avez tort." Elle serra le poing droit et fit craquer ses articulations, la main gauche restant à sa hanche.

"Je suis stupide," répondit Hatsu.

Sachiko fut momentanément étourdie. "Quoi ?" Répondit-elle.

"Je suis stupide," sourit Hatsu maladroitement, "C’est la seule excuse que je puisse dire. J’ai l’esprit très chargé, ce soir, et je n’ai tout simplement pas réfléchi. Bien sûr, pour une nuit telle que celle-ci, je serai heureux d’avoir une Vierge de Bataille à mes côtés."

Elle sourit malgré elle. "Bien, c’est parfait. Ma moto est au garage. Suivez-moi." Elle sauta de sa chaise et sortit rapidement du bureau ; Hatsu la suivit un peu en arrière et se maudit pour sa stupidité. Il tentait de ne pas fixer la fille tandis qu’elle marchait, mais en tant que Kitsuki, il avait l’habitude de tout observer et dans ce cas-ci, ce n’était pas une bénédiction.

"Alors, où allons-nous, Kitsuki ?" Demanda-t-elle alors qu’elle arrivait à l’ascenseur.

"Au Labyrinthe Bayushi," répondit-il "Je dois poser quelques questions aux Scorpions."

Hatsu hésita devant les portes de l’ascenseur. "Heu… Je vous retrouve au garage. Je vais prendre les escaliers."

Sachiko ria. "C’est quarante étages, Hatsu."

"Trente-neuf," dit Hatsu, "Je ne serai pas long. Je… n’aime pas les machines." Le jeune détective se tourna et marcha vers les escaliers, son long imperméable vert tournoyant derrière lui.

Sachiko resta un moment l’air étonné. "Il est un peu bizarre," dit Chikafusa, arrivant derrière elle, "mais vous vous habituerez à lui après quelques temps." Le magistrat sourit. "Bonne chance pour le faire monter sur votre moto, en tout cas. J’aurais aimé pouvoir voir ça."

Sachiko entra dans l’ascenseur, hochant la tête.

Le garage était sombre et bas de plafond, vibrant faiblement d’une lueur fluorescente. Le long d’un mur étaient garés de nombreux véhicules de patrouille et fourgons. Le long de l’autre mur se trouvait une rangée de brillantes bêtes pourpres. Les fameuses motos Otaku. Seules les Vierges de Bataille les avaient jamais conduites, et il était dit que seules les Vierges de Batailles le pouvaient. Sachiko attendait le long d’une rangée d’armoires étroites avec deux casques en main. Le premier était peint en noir et sans décorations, l’autre était brillant, aérodynamique, et il ressemblait à son armure au niveau des couleurs et des matériaux, avec une corne blanche, pointue, qui surgissait du front du casque.

Hatsu émergea de la cage d’escalier, respirant bruyamment. "Salut," dit-il," J’espère que je ne vous ai pas fait attendre trop longtemps."

Sachiko fixait Hatsu. "Ce fut rapide, Dragon." Elle lui tendit le casque noir et avança rapidement vers sa moto, tournant autour d’elle pour s’assurer que tout était en ordre. Les motos étaient énormes. Elles paraissaient incroyablement rapides et vraiment dangereuses. Hatsu fit un pas en arrière et passa la main dans ses cheveux nerveusement.

"Vous n’avez pas un problème avec la moto, n’est-ce pas ?" Demanda-t-elle, passant une jambe au-dessus de l’énorme machine et s’asseyant dessus.

"J’ai tendance à marcher ou à prendre des taxis, la plupart du temps," dit Hatsu, avalant nerveusement. "Je ne suis jamais monté sur une moto."

Sachiko se tourna et fit un large sourire grimaçant, tout en attachant son casque. "Alors, vous n’avez jamais vécu."


Kameru se tenait debout contre le mur, étudiant les motifs du plafond. Des fresques s’étiraient sur toute la surface plâtrée, dépeignant la naissance des kamis, la création de l’humanité, et le grand tournoi qui couronna Hantei comme premier Empereur de Rokugan, il y a deux mille ans de cela.

Il détestait cette pièce. Son père l’avait toujours emmené ici pour lui parler. Quelle que soit la chose qu’il avait faite, qu’importe la cause, il était toujours venu dans cette pièce pour parler avec son père. Quand il fut diplômé par son école de bushi comme étant premier de sa classe, son père l’emmena ici pour le féliciter. Quand il fut expulsé de son école primaire en raison d’une bagarre, son père l’emmena ici pour le châtier. Les bons souvenirs, les mauvais souvenirs, aucun n’avait d’importance. Ils servaient tous pour lui rappeler que son père était l’Empereur, et qu’il n’avait pas de temps pour lui.

De l’autre côté de la pièce, Ryosei était assise sur une petite chaise en velours. Elle tenait un roman relié qu’elle maintenait ouvert, plié dans une main, et lisait silencieusement. Sa chevelure sombre était arrangée en chignon et épinglée, et son kimono vert foncé à haut col miroitait lourdement. Elle jeta un regard vers son frère, eut un sourire amical, et se remit à lire.

Kameru resta appuyé sur le mur pendant quelques minutes, encore, retraçant la chute des Kamis sur le plafond. Il connaissait tous les tracés de toutes les peintures, de tous les coups de pinceaux, à force d’avoir attendu son père ici. Il s’écarta du mur. "J’en ai assez de l’attendre, Ryosei," dit-il.

Ryosei leva les yeux, légèrement choquée. Le tonnerre gronda dans le lointain. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, et la porte s’ouvrit.

Les deux enfants de l’Empereur se tournèrent et s’inclinèrent devant leur père, le Fils des Orages. Yoritomo VI portait encore son armure, mais son casque insectoïde épais était glissé sous son bras. Ses yeux sombres parcoururent la pièce, allant partout et nulle part à la fois. Alors que Kameru était petit et mince, son père était grand et vigoureux, avec de longs cheveux noirs, tombant jusqu’à mi-taille.

"Salutations, mes enfants," dit-il, "Je suis heureux de vous voir."

"Bonjour, père," sourit Ryosei, fermant son livre et le glissant sous son bras.

Kameru se contenta d’incliner la tête.

"Je suis content de vous trouver sains et saufs," dit-il, marchant en direction du grand bureau de marbre à l’autre bout de la pièce. Il contourna le bureau et s’assit, plaçant son casque sur le côté. Il se tourna et son regard passa de Ryosei à Kameru. "Que me voulez-vous, mes enfants ?"

Ryosei se leva et regarda nerveusement en direction de son frère. Kameru hocha la tête dans sa direction. "Père," dit-elle calmement, "Nous voulions vous parler de ce qu’il s’est produit tout à l’heure…"

"Et bien, quoi donc ?" Demanda Yoritomo, se penchant sur le bureau.

"Père, allez-vous bien ?" Demanda Ryosei.

Yoritomo ne répondit rien.

"Après la tentative d’assassinat, je veux dire," elle jeta un coup d’œil au plafond puis à son frère, ses bras croisés devant elle, au niveau des poignets. "C’était très effrayant."

Yoritomo sourit légèrement. Seule Ryosei parvenait à le faire sourire. "Sois sans crainte, ma fille. Ces hommes n’étaient que des lâches. Les lâches ne peuvent pas faire de mal aux hommes d’honneur, et les dieux eux-mêmes empêchent que de telles souillures puissent porter la main sur un empereur. Je comprends ton inquiétude, Ryosei. Je vais bien."

Ryosei acquiesça, et poussa un long soupir de soulagement. Kameru bougeait à peine et promenait son regard à travers la pièce.

"Y a-t-il autre chose ?" Demanda Yoritomo.

"Oui," dit Ryosei, "Je voulais vous demander… A propos de cette déclaration que vous avez faite juste avant que... avant."

Yoritomo acquiesça. "Vous craignez la guerre à venir," dit-il, "Sois sans crainte, ma fille. Rokugan est souveraine parmi les autres nations. Les dieux eux-mêmes nous ont accordés leurs faveurs. Comment pourrions-nous échouer ?"

Ryosei détourna son regard vers le bas. "Mais père, le monde entier…"

"Ma fille, je ne suis pas fou," ricana Yoritomo, un rire fragile sans humour. "Nous ne déclarerions pas la guerre au monde entier si nous n’étions pas sûr de pouvoir la gagner."

"Qu’est-ce que ça veut dire ?" Demanda Kameru. Ça le terrifiait toujours lorsque son père parlait de lui au pluriel.

"Mon fils, parfois, tu oublies que tu n’es pas encore l’Empereur," dit simplement Yoritomo.

La pièce fut silencieuse pendant quelques instants.

Les portes s’ouvrirent sur un vieil homme assez grand, vêtu de l’uniforme gris des Magistrats d’Emeraude, qui s’avança dans la pièce et s’inclina profondément devant l’Empereur. Il jeta un coup d’œil à Ryosei et Kameru, puis se tourna vers Yoritomo.

"Salutations, Tetsugi," dit l’Empereur, "Nous sommes heureux que tu sois venu. Nous avons beaucoup de choses à débattre."

L’homme acquiesça et s’approcha du bureau de l’Empereur.

"C’est tout ?" Demanda Kameru, "C’est tout ce que vous allez nous dire, Père ?"

"Oui, c’est tout," répondit Yoritomo. "Je suis votre père, mais je suis également votre Empereur. En tant que votre père, je vous aime. En tant que votre Empereur, vous ne représentez rien dans nos plans. Maintenant si vous deux pouviez nous excuser, nous avons beaucoup de choses à faire."

Ryosei et Kameru quittèrent la pièce sans bruit. Rien de plus ne fut dit. Le frère et la sœur marchèrent en silence l’un à côté de l’autre. Les larges portes des bureaux de l’Empereur se fermèrent avec un bruit caverneux.

"J’aurais simplement voulu qu’il écoute," dit finalement Ryosei, la voix troublée. "Ce qu’il tente de faire, c’est… c’est…"

"L’Empereur a parlé," dit froidement Kameru, regardant droit devant lui pendant qu’il marchait.

"Quoi ?" s’exclama Ryosei, "Mais, Kameru, je pensais que tu…"

"J’ai douté des actions de mon père," répondit Kameru, toujours regardant devant lui. "Et je continue de le faire. Mais je ne trahirai pas mon Empereur." Il tourna la tête rapidement, sa courte tresse balança dans son dos. "J’espère que tu penses comme moi, ma sœur."

Ryosei ne dit rien. Elle s’arrêta, assommée par la soudaine intensité malsaine dans le regard de son frère. Kameru continua de marcher, laissant Ryosei seule dans les couloirs du Palais Impérial.


"Vous n’aurez jamais réellement vécu tant que vous n’aurez pas été sur le point de mourir."

C’était le premier Togashi qui avait prononcé ces paroles. Sachiko lui avait raconté qu’il n’avait jamais vraiment vécu, et alors qu’il se tenait à sa taille et qu’il fermait les yeux, la ville défilant de manière floue à une vitesse à vous rompre le cou, il supposa qu’elle avait paraphrasé cette citation. La moto vrombissait sur les routes d’Otosan Uchi, glissant au sein du trafic et prenant des tournants serrés en ralentissant à peine.

L’architecture de la cité n’aidait en rien à le sécuriser. Cinquante ans auparavant, la population d’Otosan Uchi avait commencé à dépasser les capacités de la cité à préserver la sécurité de son trafic interne. Des architectes Kaiu furent appelés pour résoudre le problème. Leur réponse fur très simple : ils créèrent des routes à étages. Les routes s’élevèrent sur plusieurs niveaux au-dessus de la surface de la cité, soutenues en les attachant aux énormes et anciens édifices de la cité. Des rumeurs racontent aussi que le Clan du Phénix a ajouté sa touche personnelle aux constructions des Kaiu, utilisant des sorts depuis longtemps oubliés pour soutenir les routes sans moyens visibles. Hatsu essayait de se concentrer intensément sur tout ceci alors qu’il fonçait dans un virage, assis sur quatre cent kilo de métal et cent mètres au-dessus du sol. Ça l’aidait.

A son mérite, Sachiko était une conductrice habile. Elle ne comprenait pas pourquoi le détective était si nerveux. Après tout, elle faisait partie des meilleures, parmi les Vierges de Bataille, peut-être la meilleure qui soit. Du moins, elle l’était à ses yeux, et un jour, elle le prouverait à tout le monde.

Elle fit un écart avec sa moto, passa entre deux grands camions, et dépassa en trombe une voiture de sport noire qui était en excès de vitesse. Le conducteur de la voiture commença à accélérer pour garder la distance entre elle et lui, mais il abandonna quand il remarqua la bannière verte de magistrat qui claquait au vent, à l’arrière de la moto. Elle sourit. Elle régnait sur la route.

"Comment est-ce que ça va, derrière, Kitsuki ?" Demanda-t-elle via la radio de son casque.

"Si je ne vous connaissais mieux," répondit-il sèchement," Je dirais que vous conduisez volontairement de cette façon."

"Mais pourquoi diriez-vous une chose pareille ?" Elle fit un écart, changea de bande de circulation et passa entre un autre grand camion et un bus, qui lui klaxonna frénétiquement. Hatsu aurait pu tendre les mains et toucher les deux véhicules sans s’étendre ni bouger de sa position. "Attention, Kitsuki," dit Sachiko, "Si vous continuez à me serrer aussi fort, je ne pourrais bientôt plus respirer."

La moto pourpre continua de rouler. Alors qu’ils avaient gagné de la hauteur dans les routes à étages, Hatsu parvint à contrôler suffisamment sa peur pour s’émerveiller de la vue sur Otosan Uchi. Les tours du Palais Impérial atteignaient les cieux eux-mêmes, la plus grande étant haute de presque deux kilomètres. Les flèches majestueuses de l’immeuble Dojicorp rivalisaient avec le palais lui-même ; plus petit, mais plus brillant ; ses murs de verre bleu miroitaient sous la lumière de la lune. Plus proche, les tours rouges et noirs Shosuro rougeoyaient avec le mon rouge au néon du Clan du Scorpion, et à distance, on voyait les Tours du Lion, dorées, qui maintenaient leur vigilance sur la mer déchaînée.

"Tournez à la prochaine sortie," indiqua Hatsu.

"Vous auriez dû prendre vos précautions avant de partir," se moqua Sachiko.

"Si j’avais encore quelque chose dans ma vessie, ce trajet me l’aurait certainement vidée," répondit-il. "C’est la sortie pour aller au Labyrinthe Bayushi."

"Je sais," rit-elle, "Je connais cette ville tout aussi bien que je me connais. Je plaisantais, Dragon." Elle bifurqua vers la sortie, entrant dans la longue rampe en spirale qui redescendait au niveau du sol. La moto glissa à travers les rues sombres à un rythme plus lent mais régulier, grondant doucement. Les routes au-dessus projetaient un manteau de ténèbres sur la zone, éclairée ça et là par de brillantes enseignes au néon. Ces enseignes annonçaient saké, geisha, et toutes sortes d’autres plaisirs sordides, mais beaucoup d’entre elles, si pas la plupart, étaient marquées d’un mon de Clan au rouge très particulier.

"Un quartier Scorpion," dit Sachiko à la vue de tout ceci, "Etes-vous déjà venu ici, auparavant, Kitsuki ?"

Hatsu ne dit rien. La bécane entrait dans un tunnel sombre. Les lumières fluorescentes bleues-blanches éclairaient faiblement alors que le seul phare de la moto projetait un cône de lumière dorée, droit devant eux. Le trafic était inexistant. Dans ce quartier, à cette heure de la nuit, le trafic était inexistant. Les commerces légaux étaient fermés. Les Scorpions menaient leurs affaires la nuit. Quiconque se trouvait dehors à cette heure était soit quelqu’un qui se dérobait à ses devoirs, soit un étranger. Ni l’un ni l’autre n’étaient bien vu par ici.

Le tunnel vira à droite, faisant déboucher la moto Otaku dans une grande caverne naturelle. Un énorme néon représentant un scorpion diffusant une lumière floue d’un rouge cramoisi. La queue du scorpion faisait des allers-retours, découvrant un néon indiquant "Labyrinthe Bayushi". La moto passa sous l’enseigne et entra dans le parc d’attraction.

Comme toujours, le parc était sombre. Plus sombre que d’habitude, maintenant, depuis qu’il était fermé. Les chariots des montagnes russes semblaient endormis et inertes. L’impressionnante grande roue, décorée pour ressembler à une toile d’araignée apparaissait à l’horizon. Les visages moqueurs des stands lorgnaient par-dessus la grande clôture métallique de couleur noire.

"Bon, et maintenant ?" Demanda Sachiko.

Hatsu lui indiqua un petit bâtiment voisin du parking. Une enseigne pendant au-dessus de la porte indiquait "Bureau. Employés uniquement."

"Il y a quelqu’un encore ici à cette heure de la nuit ?" Demanda la Vierge, retirant son casque et secouant sa queue de cheval.

"Oroki est toujours ici," répondit Hatsu.

"Oroki ?" Demanda-t-elle, "Bayushi Oroki ? Le fils du daimyo ? Ce n’est peut-être pas une bonne idée. Peut-être devrais-je y aller seule."

"Non," répondit Hatsu, descendant de la moto et réajustant son daisho à sa ceinture, "Je peux m’occuper d’Oroki."


Le bureau était, en un mot, magnifique. Il l’avait décoré selon ses critères et le thème de cette décoration était le reflet. Du sol au plafond, le bureau était entièrement recouvert de miroirs, des miroirs arrangés et disposés en motifs étranges pour créer toutes sortes de distorsions et de reflets. Il était impossible de dire quelles étaient les dimensions exactes du bureau ou à quelle distance de lui vous vous trouviez. Même la porte de derrière était couverte de miroirs, pour respecter exactement le modèle de l’endroit. Les seuls meubles visibles étaient un grand bureau d’argent, la somptueuse chaise de cuir noir derrière lui, et les deux simples chaises noires, métalliques, devant lui. L’arrangement du mobilier changeait régulièrement, ainsi les visiteurs n’étaient jamais sûr de savoir exactement où ils se tenaient.

Ce qui convenait parfaitement à Bayushi Oroki.

Oroki était le fils de Bayushi Kogeiru, le daimyo. Il était le Shiro, le quatrième fils le plus âgé. En tant que tel, il était souvent ignoré par son père et ses frères en matière de politique, et la plupart des gens le considérait comme étant sans importance, en manière générale.

Ce qui convenait parfaitement à ses besoins.

Le talent naturel d’Oroki pour les affaires (légales et autres) était incomparable. Le fait qu’il soit ignoré signifiait aussi qu’il était sous-estimé, et il ne se rappelait pas du moindre instant où il l’avait regretté. Tandis que sa famille se chamaillait et discutait de la manière de gérer leurs affaires sous cet imprévisible nouvel Empereur, il travailla simplement pour monter la plus profitable organisation secrète et criminelle de ces dernières années.

En fait, c’était sa seconde tentative. Son premier coup sur le marché avait malencontreusement attiré l’attention des autorités. Dans son esprit, ce ne fut pas un revers, et en plus, il avait écarté du chemin un concurrent potentiel.

Oroki pencha la chaise de cuir épais en arrière, plaçant ses mains derrière sa tête, et mettant ses bottes noires de style gaijin sur le bureau. Il contempla son reflet au plafond. Ça avait été une journée animée, et c’est seulement maintenant qu’il avait un peu de temps à se consacrer. Oroki était un homme petit et mince, mais c’était trompeur, car il était solidement musclé. Aujourd’hui, il portait un costume d’affaires soigné avec une cravate à rayures rouge qui s’harmonisait agréablement avec le ruban de soie qui maintenait son épaisse chevelure noire, tressée. Son visage était joli, mais comme tous les Scorpions, il le dissimulait. Son masque était en porcelaine fine, peint en rouge, avec un scorpion noir enroulé autour de sa bouche, la queue se tordant entre ses yeux.

Oroki jeta un coup d’œil en direction de la porte, un instant avant qu’elle ne s’ouvre. Un homme extrêmement musclé en costume noir, avec un masque d’éléphant en caoutchouc, entra et s’inclina.

"Oui, Zou ?" Interrogea poliment Oroki.

"Oroki-sama," répondit le garde du corps de façon bourrue, "Il y a deux magistrats ici qui veulent vous voir. La Vierge de Bataille est une inconnue mais le Kitsuki est celui qui a arrêté votre frère, Kenburo. Ils n’ont pas de mandat. Dois-je les envoyer ailleurs ?"

"Qu’est-ce qu’ils veulent ?" Demanda Oroki, se redressant sur sa chaise, intéressé.

"Parler, disent-ils," répondit Zou.

Oroki éclata de rire. Zou bougea à peine, apparemment mal à l’aise. Oroki n’avait jamais compris pourquoi ses associés et son yojimbo craignaient tellement les magistrats. Ils rendaient les choses tellement intéressantes. Sans adversaire, il est difficile de jouer !

"Laisse-les entrer," dit-il.

Zou sortit, retournant rapidement vers les deux personnes qui attendaient. La Vierge de Bataille était jeune, belle et affichait le même air arrogant que toutes les Vierges de Bataille qu’Oroki avait pu rencontrer. Il l’apprécia immédiatement. Le Kitsuki d’autre part, le fit grimacer derrière son masque. De nombreux mois s’étaient écoulés depuis l’exécution de Kenburo. Depuis lors, Oroki avait travaillé sans relâche pour découvrir de quoi exercer un chantage sur le jeune dragon intelligent. Mais rien à faire, c’était un échec total. Zou prit place calmement devant la porte, la refermant derrière eux.

"Bienvenue, magistrats," dit aimablement Oroki, se relevant et s’inclinant profondément. Le Dragon rendit le salut mais la Licorne se contenta d’incliner la tête.

"Bayushi Oroki, propriétaire et modérateur du Labyrinthe Bayushi," présenta Hatsu.

Oroki inclina la tête pour la Vierge, à nouveau. "Puis-je vous offrir du saké ? Ou quelque chose de plus fort ?" Il fit pivoter un miroir, sur le mur derrière lui, révélant un petit bar pourvu de toutes les variétés de liqueurs rokugani et gaijin.

"Nous sommes de service," dit froidement la Vierge.

Oroki se versa une coupe et sourit. "Je peux garder un secret," dit-il.

"J’en suis certaine," répondit-elle, s’asseyant sur une des chaises et croisant les mains sur ses genoux.

Oroki fronça les sourcils derrière son masque, sans changer son attitude. Hatsu se tenait au centre du bureau, observant tout, remarquant les motifs étranges et les courbes des miroirs. Il était certain que le Dragon ne pourrait pas remarquer les portes menant aux passages secrets, mais il connaissait les talents d’observation légendaires des Kitsuki. Il devait le distraire.

"Vous ne m’avez pas dit vos noms," dit-il, dirigeant son commentaire vers le Dragon. "Mais vous êtes Kitsuki Hatsu, non ?"

"Oui," répondit Hatsu, accordant un regard rapide au Scorpion. "Et voici ma partenaire, Otaku Sachiko. Je suppose que vous me connaissez à cause de l’arrestation de votre frère."

Oroki s’interrompit. "Malheureusement," dit-il avec précaution. "Mon frère était… maladroit. Pour s’empêtrer d’une manière aussi flagrante dans le monde sordide du crime. Mais assez de mauvais souvenirs. Quelle est cette chose si importante dont vous voulez discuter avec moi ? Je suis très occupé."

"Les Scorpions sont les maîtres des secrets, et j’espère que vous pourrez en partager un avec moi," dit-il.

L’esprit d’Oroki fut balayé par des vagues d’anticipations et de soupçons, mais il garda sa voix inchangée. "Un secret ? Un secret ne peut être porté que par un seul homme, mais je suis toujours bien disposé à partager."

"On a attenté à la vie de l’Empereur, aujourd’hui," dit Hatsu, fixant soudainement les yeux du Scorpion. Oroki trouva que le regard du détective était troublant. "Les assassins faisaient un groupe très particulier, car aucun d’entre eux n’avait de raison de vouloir tuer l’Empereur, certains d’entre eux étaient même des membres de l’honorable Garde de la Maison Doji. Tous avaient des microcircuits Shosuro implantés dans leur tête."

"Pardon ?" Dit Oroki. Il avait rarement été confus, dans sa vie, mais il l’était, maintenant. Il ne savait pas exactement si le Kitsuki était en train de le menacer, de l’aiguillonner, de le prévenir ou s’il bavardait simplement. "C’est ridicule. Des microcircuits dans la tête ?"

"C’est étrange, mais c’est la vérité," dit Hatsu, "Qu’est-ce que cela signifie ?"

Oroki fit non de la tête, irrité. Il avait espéré trouver un moyen de manipuler ce détective, mais à la place, il avait seulement réussi à découvrir qu’il était complètement fou. "Les Scorpions sont fidèles à l’Empire. Serait-ce une tentative d’accusation perverse ?" Demanda-t-il.

"Nous ne vous accusons pas," dit Sachiko catégoriquement, ses yeux verts étincelants. "Si nous vous pensions coupable d’un crime, vous auriez trois secondes pour douter de mes intentions."

"C’est deux secondes de trop," gloussa Oroki. "Si je devais être déclaré coupable par les gens comme vous, jeune fille, Je préfèrerais encore me tuer de honte."

Hatsu gémit. Il s’élança en avant, juste à temps pour attraper Sachiko et l’interrompre dans son mouvement impulsif, alors qu’elle voulait passer au-dessus du bureau d’Oroki. Zou apparut soudain aux côtés d’Oroki, la main dans sa veste. Oroki s’assit et fixa à nouveau calmement la Vierge de Bataille. Il n’était même pas effrayé.

Elle lutta contre la prise d’Hatsu et frappa du poing le bureau du Scorpion. "Etes-vous en train de me traiter d’idiote ?"

"Je ne fais que clamer mon innocence," répondit calmement Oroki, "A moins que vous n’ayez une preuve d’un crime que j’aurais commis, la seule dans ce bureau qui démontre son idiotie, c’est vous."

"Oh, vous !" Gronda-t-elle, mais Hatsu tira un de ses bras derrière son dos et la maintint fermement. Les yeux du Kitsuki étaient rivés sur le yojimbo du Scorpion, dont la main n’avait toujours pas quitté sa veste.

"Excusez-moi," dit Oroki avec un accent irrité, "Mais je discutais d’une chose importante avec le Détective Hatsu. Je crois que vous nous avez distraits. Gardez votre calme, Vierge, mon yojimbo est un homme nerveux et je détesterais qu’une erreur de jugement se produise ici cette nuit."

"Sachiko, laissez tomber," dit doucement Hatsu à son oreille. "Vous ne faites que l’encourager."

Elle se décontracta, et se recula. Elle se tenait debout derrière sa chaise, toujours fixant le Scorpion.

"Où en étions-nous ?" Demanda Oroki d’un air guindé, remettant à nouveau ses pieds sur le bureau, "Oh oui, vous m’inondiez avec vos accusations mystérieuses. Des circuits cérébraux ? Pourriez-vous continuer avec des choses importantes dont nous pourrions discuter ? Si vous n’avez rien d’autre que des stupidités incompréhensibles de Dragon à partager avec moi, vous pourriez me faire gagner du temps et vous contenter de partir." Oroki but longuement à son verre. Il se félicita intérieurement. Le déchaînement de colère qu’il avait déclenché chez la Vierge de Bataille avait détourné l’attention d’Hatsu du bureau avant qu’il ne puisse découvrir la porte secrète du mur Ouest. Et il avait réussi à apparaître comme étant complètement intraitable et peu coopératif.

"Je suppose que nous devrions partir," dit Hatsu en fronçant un sourcil et jetant un coup d’œil au mur Ouest. "Mais avant, un petit conseil. C’est seulement le début, je vous le promets. Quiconque a tenté de tuer l’Empereur le tentera à nouveau, et peut-être que ça ne s’arrêtera pas là. Ils peuvent être partout, Oroki. N’importe qui. Les microcircuits Shosuro sont impliqués d’une manière ou d’une autre. Les yeux et les oreilles des Scorpions sont partout. Peut-être que vous pourriez utiliser cette connaissance pour une bonne cause, pour une fois, et trouver la source de tout ceci. Faites-le pour la survie de Rokugan, ou au moins la vôtre."

"Partez," dit simplement Oroki, toujours pensant à la porte Ouest. Il maudit les yeux du Kitsuki.

Sachiko grogna alors qu’elle se tournait vers la porte. Un millier de Sachiko la suivirent sur chaque mur. "Venez Kitsuki, allons dans un endroit où il y a moins de reflets."

Les deux magistrats firent demi-tour et partirent. Hatsu découvrit le chemin pour sortir infailliblement, ignorant les trompes l’œil des miroirs du petit labyrinthe qui menait à la sortie. Oroki fut déçu. Ça l’amusait toujours quand Zou devait montrer le chemin de la sortie à ses visiteurs. Le garde du corps se tenait toujours silencieusement derrière Oroki et attendait que son maître lui permette de s’en aller.

"Oh, Zou," ricana Oroki, "Mon superbe bureau ne convient pas aux goûts exigeants d’une de ces catins motorisées. Qu’est-ce que je pourrais bien faire ? Commande du papier peint mauve immédiatement !"

Zou gloussa. Il fit le tour du bureau et s’assit sur une chaise qui faisait face à Oroki. "Vous êtes d’une humeur peu habituelle, monsieur. Puis-je savoir pourquoi ?"

"Ah, les secrets, bien sûr !" Répondit Oroki, remplissant un verre pour son garde du corps. "Les secrets ! Un ennemi vient chez moi pour découvrir un de mes secrets et à la place, il repart en me laissant un des siens. Tu ne pourrais rêver d’une meilleure nuit."

"Le Kitsuki ?" Demanda Zou, prenant le verre et sirotant, "Je l’ai rien vu révéler, maître."

"Je sais, Zou, et je te pardonne. Mais c’est, bien sûr, la raison pour laquelle je suis le maître." Oroki rit de nouveau, levant son verre en l’air pour porter un toast au grand homme. Zou acquiesça et leva également son verre. "Les secrets de quelqu’un ne sont pas toujours les secrets que ce quelqu’un connaît, et même le Dragon ne connaît pas celui-ci."

Zou but à son verre et réfléchit silencieusement pendant quelques instants. "J’avoue que ceci me laisse confus, maître," dit-il. Il replaça précautionneusement son verre dans le bar, le rinçant dans l’évier juste avant.

"La Vierge de Bataille," dit Oroki, se relevant et marchant vers un mur pour observer son masque déformé, "J’ai vu la façon dont elle le regardait. Elle a un faible pour lui, mais elle ne le réalise pas encore. Avec le temps, leur attachement va grandir. En fait, nous devrions nous en assurer."

"Pourquoi, maître ?" Demanda Zou. "Qu’auriez-vous à gagner avec ça ?"

"J’ai toujours été incapable de trouver quoi que ce soit pour faire chanter Hatsu après ce qu’il a fait à Kenburo et à mon cartel. Son fichier est détestablement vierge. Un magistrat d’une famille de magistrats, tous honnêtes et vertueux. Sa mère tient bon, mais rien que parce qu’elle ne peut rien nous dire de détail intéressant. Inutilisable."

Oroki finit son saké et tendit le verre à Zou, qui le rangea et ferma le bar. "Mais cette Vierge," continua-t-il, "Elle est impulsive, tempétueuse. Quelqu’un comme elle… a beaucoup à démontrer, et quelque chose à cacher. Je découvrirai de quoi il s’agit. Et grâce à ça, nous détruirons Kitsuki Hatsu. Occupe-t-en, Zou, mon ami."

"Immédiatement, monsieur."


"Quelle perte de temps," grogna Sachiko, enlevant son casque de l’arrière de sa moto, "Nous n’avons rien découvert."

"Je ne crois pas," dit Hatsu, regardant ailleurs, "Je jurerais qu’il sait quelque chose, surtout après ma vision. Je n’en ai jamais eu une qui se soit révélée fausse, avant."

"C’est ok, Kitsuki," dit-elle, mettant une main sur son épaule, "Ça arrive aux meilleurs d’entre nous. Personne ne connaît toute la vérité."

"Je suppose que vous avez raison," dit-il, la regardant, "Alors que faisons-nous maintenant ?"

"Et bien, j’ai terminé mon service dans dix minutes," sourit-elle, "Et ça veut dire que vous aussi." Elle prit son casque et le mit sur sa tête.

"Hum," répondit Hatsu, "Je suppose que vous pouvez me déposer à mon appartement ?"

"Non," répondit-elle, la fermeture de son casque claqua alors qu’elle parlait.

"Quoi ?" Balbutia Hatsu.

"Café," dit-elle simplement, "le don le plus précieux des gaijins à Rokugan. Mon plaisir." Elle enjamba sa moto et fit rugir le moteur, avec une torsion aux poignées. "Après tout ce que vous avez fait aujourd’hui, vous le méritez, Kitsuki. Où est-ce que le café est trop technologique pour vous ?"

"Non, non," rit Hatsu, "Le café, c’est très bien. En fait, ça me semble même être une très bonne idée." Il coiffa son casque noir et monta sur la moto derrière elle.

"Du café, et peut-être quelque chose de plus fort," ajouta-t-elle. La moto rugit encore et disparut à toute vitesse dans le tunnel, en destination de la voie rapide.

Le parc était silencieux, à cette heure de la nuit, mais tout le monde n’était pas retourné chez soi. Certains, comme Oroki, travaillaient tard. Le Labyrinthe Bayushi n’était pas seulement un parc d’attractions, mais également un grand centre de divertissement. Il comprenait des restaurants, des théâtres, et même quelques maisons de saké. Un de ces maisons de saké, le Salon, était unanimement reconnu comme une des plus raffinées d’Otosan Uchi.

Alors que les rugissements de la moto Otaku disparaissaient dans le lointain, les grandes portes du Salon s’ouvrirent et une petite femme en émergea, portant un long manteau beige uni. Elle regarda à sa gauche et à sa droite, alors que les portes se refermaient derrière elle. Elle se tourna à sa droite et commença à marcher le long du trottoir d’un pas lent. Il était tard pour une femme pour se trouver dehors toute seule, mais ce n’était pas une femme ordinaire. C’était Hachami, une des geishas les plus délicates du Palais d’Oroki. Elle savait que son entraînement lui permettait de se protéger toute seule, tout comme les yeux invisibles des serviteurs de Bayushi Oroki la protégeaient.

Le Scorpion qui se trouvait sur les rails des montagnes russes, Soshi Zanjin, gardait en effet un œil attentif sur l’investissement de son maître, entièrement préparé à tout ce qui serait nécessaire de faire pour la protéger. Zanjin ajusta la focalisation de ses jumelles et quitta les rails pour rejoindre le toit d’un bâtiment proche, effleurant d’une main le pistolet à sa hanche. Ces patrouilles étaient une perte de temps. Personne n’était assez fou pour attaquer un Scorpion sur son propre territoire. Zanjin priait souvent pour que quelque chose d’intéressant se passe.

Soudain, ses prières furent entendues. Soshi Zanjin n’eut pas le temps de crier. Une paire de jumelles brisées chutèrent dans l’allée, plus bas, atterrissant dans un container à ordures.

Hachami continua à marcher, pensant aux jours qui allaient venir, absolument pas inquiète pour le moment présent. Elle devrait peut-être en parler à son père. Lui avouer qu’elle avait rêvé que Bayushi Kogeiru pouvait parler d’elle à la Cour de l’Empereur. Non, c’était stupide. Ses pensées dérivèrent à nouveau vers un de ses nombreux clients. Elle pensa au joli Phénix qui lui avait offert un si beau bracelet. Le Crabe qui avait chanté pour elle — qui pourrait imaginer qu’une telle voix pouvait appartenir à un Crabe ? Le vieux Lion qui avait été si triste. Elle espérait qu’il allait encore lui rendre visite bientôt. Elle était si désolée pour lui. Elle pensa aussi au magnifiquement bouquet de fleurs que Zou lui avait envoyé aujourd’hui et elle espérait qu’il allait lui rendre visite bientôt, à nouveau. Il était venu la voir pendant quelques temps, et elle espérait que quelque chose d’intéressant se produirait bientôt.

Elle passa le coin de la rue et quelque chose se produisit.

Au contraire de Zanjin, Hachami eut le temps de crier. Une seule fois.


Daidoji Tamami marchait rapidement dans les couloirs du cinquantième étage de l’immeuble Dojicorp. Elle redressa sa cravate et elle hochait de la tête à ses collègues cadres, alors qu’elle marchait, un sourire forcé aux lèvres. Tamami avait été promue tout récemment au niveau de cadre - elle ne connaissait pas encore les noms de tout le monde et elle manquait de confiance pour qu’elle puisse endosser à la perfection ses nouvelles responsabilités de Coordinatrice du Marketing. Mais il y avait une dont elle était certaine. Une partie de sa nouvelle position valait la peine de tout ce travail. Elle tira une carte de plastique blanche de sa poche et la glissa devant un senseur sur le mur.

Des portes jumelles de couleur blanche s’ouvrirent silencieusement devant elle ; l’odeur de verdure l’inonda, accompagnée par le chant reposant d’un ruisseau s’écoulant. Tamami ferma les yeux, respira profondément, et s’avança dans les Jardins Fantastiques.

Les Jardins avaient été une dépense incalculable pour la Corporation. L’idée même de construire un gigantesque jardin botanique à l’intérieur d’un immeuble de bureaux en a fait rire beaucoup, mais pour le Clan de la Grue, c’était une question d’honneur. Les relations de la Grue avec la paix et la sérénité de la nature étaient importantes, et aucune dépense n’était trop grande pour maintenir cette relation avec leur passé.

Les Jardins étaient, comme disait leur nom, Fantastiques. Exposés à l’air libre, arrangés sur plusieurs étages, ils remplissaient plus d’espace dans l’immeuble Dojicorp que beaucoup de petits immeubles pourraient occuper avec leurs bureaux. De la flore et de la faune rare de tout Rokugan et du monde entier avaient été achetées pour les Jardins, arrangées avec précaution par les fameux maîtres ikebana de la famille Kakita, et surveillée par les hommes saints des Asahina.

Tamami fit une pause et regarda autour d’elle. Même à cette heure de la nuit, les Jardins étaient à vous couper le souffle. Des feuilles vertes et souples, aussi grandes que des soucoupes volantes luisaient d’une lueur argentée sous la lumière de la lune. Un chœur de criquets tenait le rythme d’une chanson mélancolique, chantée par un prêtre dissimulé par la végétation. Un chevreuil regarda Tamami, curieux mais pas effrayé.

Elle repensa à elle-même. Sa pause serait bientôt terminée ; elle ne pouvait pas se permettre de traîner. Elle marcha jusqu’au chemin de galets blancs et le suivit jusqu’à ce qu’elle atteigne une clairière. Le chemin était recouvert d’arches torii, bordé d’un côté par une série de petites chambres de prières et de l’autre par un ruisseau bouillonnant.

Tamami s’agenouilla sous la première arche de prière et inclina la tête. Elle remercia les Fortunes pour sa promotion. Elle pria pour sa sœur, lui souhaitant d’avoir de la chance dans ses fiançailles. Elle pria pour son chien, qui lui avait semblé malade, ce matin. Elle pria pour sa mère et son père, espérant qu’elle les rendrait fiers. Elle pria pour qu’elle n’échoue pas dans ses devoirs envers le clan et la corporation. Elle était sur le point de commencer à prier pour elle-même, quand elle sentit un contact léger sur son épaule.

La tête de Tamami se redressa, et elle vit le visage d’un vieil homme souriant. Il portait les volumineuses robes bleues d’un prêtre Asahina, ponctuées de l’éclat des rayons du soleil d’Amaterasu, sur sa poitrine. Une moustache blanche comme la neige se balançait depuis sa lèvre supérieure, s’assortissant avec la pièce de tissu qui couvrait son oeil gauche.

"Haut Prêtre Munashi !" S’exclama Tamami, s’inclinant profondément, alors qu’elle était toujours agenouillée.

"Je vous offre mes vœux, cette nuit, jeune Daidoji Tamami," dit-il calmement, saisissant délicatement son menton et relevant son visage.

"Vous connaissez mon nom ?" Elle se mit à sourire.

"Toutes les Grues sont mes enfants," répondit-il, "Qu’est-ce qui vous amène dans les Jardins si tard, belle enfant ?"

"C’est le seul moment où je peux prier," répondit-elle, "Je travaille de longues heures, j’ai récemment été promue, et j’ai été très occupée en aidant ma sœur.

Munashi rassembla ses mains dans ses manches et sourit plus largement. "Une telle dévotion et piété chez quelqu’un si jeune. C’est agréable à voir. Vous honorez vos ancêtres, Tamami-chan."

Tamami s’inclina à nouveau, son visage rougissant devant les compliments du Haut Prêtre.

"Malheureusement," continue Munashi, s’écartant lentement de Tamami et levant une main pour observer une cerise en fleur sur un arbre proche, "Je dois vous demander de partir maintenant."

Tamami lui jeta un regard soudain, le visage suppliant.

Munashi sourit à nouveau, un sourire apaisant. "Je suis désolé, Tamami. Mais le festival de Bon approche et je dois être certain que je suis prêt à honorer les esprits ainsi qu’ils l’attendent. Mes rituels de méditation sont secrets. Vous comprenez ?"

"Bien sûr. Je comprends, Munashi-sama," dit Tamami, se relevant rapidement et s’inclinant à nouveau.

"Ne craignez rien, jeune Tamami-chan," dit Munashi, respirant la fleur, "Vous ferez partie de mes prières."

"Arigato, Munashi-sama," Tamami sourit largement. Elle se redressa, s’inclina une dernière fois et quitta les Jardins Fantastiques.

"Il est rare de découvrir autant d’idéalisme chez quelqu’un d’aussi jeune," soupira Munashi.

"Peut-être pourrais-je distiller ça et le mettre en bouteille," rit une voix venant d’une des chambres de prières, "Notre avenir serait assuré."

Munashi acquiesça. "Gardez une dose pour vous, quand vous le ferez, Doji Meda."

Les portes de la chambre s’ouvrirent, et Meda s’avança dans la clairière. Il avait remplacé l’encombrante et volumineuse Armure d’Emeraude par un kimono de soie tout aussi ancien. "Je n’ai pas de temps pour l’idéalisme, mon vieil ami," rit-il tout bas, "J’ai un Empire à sauver."

Les sourcils de Munashi se plissèrent, l’air concerné. "J’ai entendu dire que la visite de l’Empereur s’est mal passée," dit-il.

"On entend beaucoup de choses, dans ces jardins," dit Meda d’un ton moqueur, en croisant les bras.

"Vous pouvez tout entendre, ici, Meda," répondit Munashi, tout en observant les arbres élégants et les massifs d’arbustes, "mais vous devez d’abord apprendre à écouter." Il s’assit sur un petit banc.

"Quatre assassins," dit Meda, prenant un air maussade alors qu’il s’asseyait lourdement aux côtés du prêtre, "Vingt membres de la Garde morts et déshonorés au-delà de tout pardon."

"Je sais tout ça," répondit Munashi, suivant le vol d’un petit moineau de son oeil valide. "Je pense que ce ne sont pas les assassins qui vous causent des soucis réellement, mais bien ce qui s’est produit auparavant."

Meda resta silencieux. Il saisit un caillou sur le sol et le lança dans le ruisseau. Il se tourna vers Munashi, le visage grave et révélateur de son âge. "L’Empereur a déclaré la guerre au monde entier."

Munashi haussa à peine les épaules. "Il est en droit de le faire," dit-il sans opinion, "Qui sommes-nous pour juger de la volonté de notre Empereur ?"

"Folie !" Se fâcha Meda. Munashi s’assombrit et Meda ramena ses émotions sous contrôle. "L’Empire n’a jamais réellement récupéré de la Guerre des Ombres. Les Dragons ne sont plus. Les Lions sont détruits. Les Scorpions se putréfient dans leur propre corruption. Les Mantes sont décadentes, ne vivant que pour la gloire de Yoritomo. Même nous, les Grues, n’avons plus aucun but, notre lien avec l’Empereur a été rompu par sa propre main. L’Empire n’a plus d’unité. Le monde a faim de nos ressources, notre technologie et notre magie. Yoritomo leur a donné l’excuse qu’ils attendaient pour venir et nous prendre tout."

"C’est triste," répondit Munashi, "Mais que devons-nous faire ? Il obéira sûrement à la raison."

"Yoritomo nous pense faibles," répondit Meda, passant une main dans sa longue chevelure blanche et regardant le ruisseau d’un air maussade. "Notre voie est la paix, et je suis le seul conseiller de la Grue."

"Peut-être que si un autre Grue se trouvait à ses côtés pour le conseiller…" dit Munashi.

"Vous auriez dû être le Champion de Jade à mes côtés," dit Meda.

"Tel n’était pas ma destinée," répondit Munashi d’un ton dur, "Je l’ai accepté, aujourd’hui."

"Regardez autour de vous, Munashi," dit Meda, se levant subitement et levant les bras à la gloire du Jardin, "Nous avons construit un monde de grâce. Un monde de beauté et d’honneur. Un monde d’une valeur inestimable ; que notre opulence soit damnée si nous avons été un jour plus riche que nous ne sommes aujourd’hui. Je vais laisser un monde pareil à ma fille, mais mon Empereur voudrait le détruire…"

"Peut-être qu’un tel monde peut encore être possible," dit calmement Munashi.

Meda se tourna vers le vieux prêtre. Il ne regardait rien, avec son seul oeil bleu. Il se tourna à son tour vers Meda et les deux hommes se fixèrent un instant.

"Je suppose qu’il y en a d’autres, à part le Clan de la Mante, qui désirent cette guerre," dit Munashi, "C’est exact ?"

Meda s’assit à nouveau. Il inclina la tête, considérant sa réponse avec précaution. Trois grues blanches se pavanaient dans la clairière, agitant leurs têtes. Elles s’avancèrent jusqu’au ruisseau, plongeant la tête jusqu’à l’eau chacune à leur tour et buvant.

"Oui," dit Meda, "Quelques flagorneurs, quelques hommes belliqueux, quelques fous peut-être, sont d’accord. Les autres, comme moi-même, suivent le mouvement car ils ne peuvent pas trahir l’Empereur. Mais au départ, l’idée ne vient que de Yoritomo."

Munashi se releva et marcha vers le ruisseau. Les grues relevèrent la tête vers lui, mais ne s’enfuirent pas. Le vieux prêtre prit une poignée de céréale qu’il portait dans une poche de sa robe et l’offrit à la plus proche. Le grand oiseau courba son cou élégamment et prit des graines dans sa paume.

"N’y a-t-il personne qu’il pourrait écouter ?" Demanda Munashi.

"Seulement sa fille, Ryosei," dit Meda, "Je crois qu’elle essayera de le dissuader. Mais je doute qu’il l’écoute. Ils sont devenus plus distants, depuis la mort de sa mère."

Munashi caressa le coup délicat des grues. Il dispersa le reste des céréales dans l’herbe et les grues se ressemblèrent autour de lui pour les manger. Le prêtre replia les bras dans ses manches et se retourna, son unique oeil soudainement empli de glace et de venin. "Je crois alors," dit-il, "que notre chemin est clair."

Meda ne pouvait pas dire le contraire.


Yasu fonçait dans les rues d’Otosan Uchi, la chaîne stéréo de son camion beuglant la musique gaijin la plus lourde et plus récente qu’il avait pu trouver. Son visage était fendu par un sourire ; un sourire effrayant, mais un sourire tout de même. Il se dirigeait vers le secret le mieux gardé des Crabes. Il se rendait au Bas-Quartier.

Yasu était loin sous la ville, sous les routes principales, même sous le Quartier Scorpion. Finalement, il arriva à la sortie portant la mention "ENTREE INTERDITE", et il s’avança jusqu’à une barricade métallique. Une clôture épaisse, recouverte de fil barbelé et d’électrodes entourait la barricade de chaque côté. La rue était sombre, les ténèbres étaient percées par le projecteur qui se trouvait au sommet du poste de garde, par les phares puissants du camion de Yasu, et par les petites lumières montées sur les armures des deux gardes qui s’approchaient. Ils portaient d’énormes fusils et les pointèrent vers Yasu, s’arrêtant à cinq mètres de lui.

"SORTEZ DE CE VÉHICULE," claqua un haut-parleur. Le garde qui se trouvait encore dans le poste de garde était vraiment sérieux, comme le prouvait le grand canon automatique monté sur le sommet du poste, qui pivota et visa le camion.

Yasu coupa sa chaîne hi-fi et bondit hors du camion, les mains levées en l’air. Les gardes le dévisagèrent quelques instants.

"YASU, ESPECE DE CRÉTIN !" Dit le haut-parleur, "J’AVAIS ENTENDU DIRE QUE TU ÉTAIS REVENU EN VILLE. POURQUOI AS-TU MIS SI LONGTEMPS ?"

"DÉSOLÉ. J’AI DU SAUVER L’EMPEREUR," répondit Yasu, sa voix amplifiée par les haut-parleurs de son armure.

Les gardes se mirent à rire, baissant leurs armes et s’avançant pour donner une claque sur l’épaule de Yasu. Ils jetèrent un regard impressionné vers son camion. Le poste de garde s’ouvrit et le troisième garde émergea, un homme mince en combinaison grise et rouge.

"Hayato !" Tonna Yasu, donnant un coup de poing à l’épaule de l’homme.

Hayato se contracta et sourit, donnant un coup de poing rapide à l’épaule armurée de Yasu. Yasu plissa le front. "J’ai senti quelque chose."

"Je me suis entraîné," répondit Hayato, souriant. "Tu rentres ?"

Yasu acquiesça. "Ce fut une journée joliment frustrante. Un peu de violence me ferait le plus grand bien."

Hayato acquiesça à son tour. "Je connais ce sentiment. Pour te dire la vérité, Yasu, je suis heureux que tu sois passé par ici."

Yasu plissa le front et grogna.

"Tu sais, nous envoyons des patrouilles là-dedans pendant toute la nuit. La dernière que nous avons envoyée a déjà une heure de retard. Nous n’avons plus assez d’hommes de l’équipe de nuit pour aller à l’intérieur et voir où ils sont passés."

Yasu regarda en direction des portes du Bas-Quartier. Il gratta sa barbe. "Combien ?"

"Vingt," répondit Hayato, "Une unité complète. Plus de nouvelles d’eux. J’étais en train de songer à aller voir la-dedans moi-même, mais maintenant que tu es là…"

"Grimpe dans le camion," dit Yasu.

Hayato acquiesça. Il courut jusqu’au poste de garde, attrapa un katana, un fusil à pompe, et une ceinture de munitions. Il retourna jusqu’au camion et grimpa du côté du passager.

"C’est dangereux, là-dedans, Hiruma-san," dit un des gardes à Hayato, "Etes-vous sûr de ne pas vouloir prendre une armure ?"

Hayato lui rendit un sourire impertinent. "Yasu a suffisamment d’armure pour nous deux. De toute manière, elle me ralentirait." Il disparut à l’intérieur.

Yasu grimpa dans le camion de l’autre côté. L’énorme moteur toussa et rugit à nouveau. Les deux gardes se mirent de côté, désactivant le champ électrique de la clôture et ouvrirent les portes pour que le camion puisse entrer.

Personne ne connaissait l’existence du Bas-Quartier. Personne, à part le Crabe, le Phénix et peut-être l’Empereur. Son existence même était officiellement démentie. La Souillure de l’Outremonde avait cessé d’exister, et c’était assez pour tout le monde. Il valait mieux que les gens pensent qu’Akuma avait été battu pour de bon, et que Jigoku avait été détruit à jamais.

Mais même avant la Guerre des Ombres, l’Outremonde ne s’était pas limité au sud de Rokugan. De temps à autre, la Souillure surgissait ailleurs. De temps à autre, des monstres apparaissaient sans raison ou avertissement. Cinquante ans plus tôt, ça se produisit à Otosan Uchi elle-même. Les Crabes s’occupèrent de ça rapidement et discrètement. Ils forcèrent les monstres à se réfugier dans une partie abandonnée de la cité, et quand ils se rendirent compte qu’ils ne pourraient pas les détruire tous sans endommager l’architecture délicate de la cité, les Phénix élevèrent les portes avec leur magie et les enfermèrent. C’était un compromis, mais les Crabes pourraient vivre avec lui. Après tout, le Bas-Quartier semblait être seulement hanté par des gobelins, des ogres, des kumo et quelques occasionnels zombies ou fantômes. Les Oni, ces horreurs démoniaques de Jigoku, n’étaient pas revenus.

Régulièrement, des groupes de guerriers armés du Crabe se rendaient dans le Bas-Quartier, tuant tout ce qui bouge, essayant de détruire à jamais le mal qui rodait dans la capitale. Le mal procréa le mal, toutefois, et tous les efforts des Crabes ne semblaient rien pouvoir faire de plus que d’empêcher le problème de s’aggraver. Le Bas-Quartier était devenu un terrain d’entraînement ultrasecret pour le Crabe, la leçon ultime, la seule leçon dans leur guerre contre les forces des ténèbres. Un jour, vous deviez vous rendre là-dedans tout seul, et ne pas revenir avant trois jours. Si vous surviviez, c’est que vous étiez digne.

Le camion gronda et grogna alors qu’il se frayait un chemin à travers les rues inégales. Il n’allait pas vite, mais une fois qu’il était lancé, il était difficile à arrêter. Des bâtiments assombris et noircis gisaient de chaque côté de la route, les vitres des fenêtres depuis longtemps détruites par les créatures qui vivaient dans ceux-ci. Des toiles d’araignées géantes s’étendaient entre les ruines, plus grandes que celles que n’importe quelle araignée normale aurait pu tisser. Le Bas-Quartier était anormalement calme, aussi calme qu’un tombeau. Yasu savait qu’il ne valait mieux pas ralentir ou s’arrêter. C’était exactement ce qu’ils attendaient que vous fassiez.

"Quelle direction ?" Demanda-t-il à Hayato.

Hayato prit un petit appareil de balayage dans sa poche, qui avait à peu près la taille d’une télécommande. "Par-là," montra-t-il, indiquant une direction légèrement à droite, "Mais je ne pense pas qu’il y ait de routes par-là."

"Il y en a une, maintenant," répondit Yasu.

Le camion mugit, ses roues sifflant alors qu’il grimpa sur le trottoir. Yasu enfonça à fond l’accélérateur. Des flammes surgirent des tuyaux d’évacuation du camion et le monstrueux véhicule gagna de la vitesse, fonçant droit vers un vieux magasin abandonné.

"Yasu," dit Hayato, empoignant sa ceinture de sécurité, "es-tu sûr—"

"La ferme," dit Yasu, alors que le camion heurta violemment le bâtiment.

Le bâtiment explosa dans un nuage de poussière. Des années d’abandon et de délabrement l’avaient laissé dans un état fragile. Il s’effondra en morceaux alors que le camion de Yasu sortit de l’autre côté, le moteur grondant de triomphe alors qu’il bondissait sur le trottoir et qu’il toucha la route à nouveau, les roues crissant.

Hayato se mit à respirer à nouveau. "Joli camion," dit-il.

"Je l’aime beaucoup," répondit Yasu. "On est encore loin ?"

"Pas très loin," dit Hayato, regardant encore son récepteur, "Seulement un bloc ou deux, maintenant."

"Hé, regarde, Hayato," Yasu indiqua un point devant eux, sur la route, "C’est ici qu’on va s’amuser."

Hayato leva les yeux. Une rangée de petites créatures déformées s’étirait en travers de la route, chacune portant une arme à feu différente. Des gobelins. Yasu appuya sur un bouton de son tableau de bord, et des plaques de métal jumelles couvrirent le pare-brise alors que les gobelins ouvrirent le feu.

"On ne voit plus rien !" S’exclama Hayato. Le pare-brise tinta alors que les balles et les projectiles étaient déviés sans problèmes sur le côté.

"Oh oh," répondit Yasu, "J’espère que nous n’avons pas touché accidentellement les gobelins." Le camion se secoua légèrement, comme si une série de petits objets avaient touché le radiateur ou passaient sous les roues.

Un cri emplit la cabine alors qu’un gobelin sautait sur la portière côté conducteur. Son visage était vert et flétri ; sa bouche était pleine de petites dents pointues. Il tenait un couteau bien affûté à la main et brisa la fenêtre, s’agrippant à Yasu. Yasu prit calmement quelque chose sur le sol, Hayato présuma qu’il s’agissait d’un thermos, mais il reconnut bien vite un pistolet avec un canon très large. Yasu enfonça le canon dans la bouche du gobelin et fit feu. Un bruit sourd et un cri très bref emplirent la cabine et Yasu projeta le corps décapité du gobelin vers la rue, avec son autre main.

Yasu jeta un coup d’œil au rétroviseur. "Je pense que c’est fini pour eux," dit Yasu, "ou du moins, que c’est assez pour eux pour que les autres comprennent et se mettent à courir."

"Arrête-toi ici," dit Hayato, "et attends. Je vais aller voir plus loin, pour savoir ce qui nous attend."

Yasu acquiesça, et rétrograda. Le moteur grogna en protestation, alors que Yasu martelait le frein avec son pied. La machine obéit et s’arrêta petit à petit. "Que les fortunes te gardent," dit Yasu, hochant la tête vers son ami.

"Toujours," sourit Hayato, prenant son fusil à pompe et sautant hors du camion.

Yasu entendit le fusil de Hayato faire feu, un instant plus tard, et il jeta un coup d’œil par la fenêtre pour voir que ce dernier avait achevé un gobelin retardataire. Puis il se tourna, fit un signe de tête à Yasu et disparut.

Tel était la voie des éclaireurs Hiruma, le secret qui avait permis aux Crabes de combattre l’Outremonde si efficacement, ces deux cent dernières années. La famille Hida, des guerriers comme Yasu, connaissait la gloire en utilisant des armes à feu, en écrasant des têtes et en faisant régner la terreur. La famille Hiruma se déplaçait en coulisse, agissant toujours avec discrétion et subtilité. Ils s’informaient des forces et faiblesses de l’ennemi avant que la bataille ne commence, pour que les Hida puissent savoir précisément où et comment frapper.

Au fond de lui, Yasu savait tout ceci. Il avait eu du mal à l’accepter, par contre. Il était impatient et impulsif de nature. Il aimait se battre, pas rester assis. Par chance, il connaissait ses limites. Il parcourut sa collection de CD dans la boite à gants, alors qu’il attendait. Il s’arrêta sur un disque en particulier, réfléchissant un moment. Puis, pris d’un coup de tête, il le tira hors de sa pochette et le glissa dans le lecteur qu’il avait fait construire dans son armure.

Au loin, il entendit le fusil de Hayato faire feu. Une fois. Deux fois. Yasu prit son pistolet et son tetsubo rétractable, sortant du camion et écoutant d’où venaient les coups de feu. A peu près à un demi-bloc d’où il se trouvait, la vitrine d’une boutique vola en éclats, suite à une explosion. Hayato vola hors des débris, s’écrasant sur un mur de l’autre côté de la route, et glissa sur un tas de décombres. Yasu courut aussi vite qu’il le put, malgré son armure lourde et ses armes. Il jeta un coup d’œil au bâtiment en flammes, et comme il ne voyait aucune menace, il se retourna vers son ami. Hayato était toujours vivant, luttant péniblement pour s’asseoir. Sa jambe gauche était méchamment touchée.

"Que s’est-il passé ?" Demanda Yasu, aidant son ami à s’asseoir plus confortablement et l’inspectant pour voir s’il n’avait pas d’autres blessures plus graves.

"Morts," haleta Hayato, "Tous morts, Tous ! Tous les vingt ! Nous devons partir d’ici, Yasu ! J’ai tiré sur l’arrivée de gaz du bâtiment, mais je ne pense pas que ça va le retenir trop longtemps ! Il faut courir ! Dis-le aux autres !"

Les décombres du magasin en flammes se firent projeter soudainement, et un cri monstrueux secoua la rue.

Yasu passa son bras autour de l’épaule de Hayato, soulevant le petit homme facilement, alors qu’il observait le magasin. Son pistolet en main, il visait en direction du feu. "Qu’est-ce que c’est ?" Demanda Yasu, "ça a l’air gros pour un ogre !"

"C’est—" Hayato grimaça de douleur, sa jambe cassée se tordit alors que Yasu le soulevait, "C’est un oni, Yasu ! Une saleté d’oni !"

Yasu se figea, la bouche grande ouverte. Les gravats dévalèrent sur la route, et deux points lumineux apparurent, plus brillants que le feu. Il aurait pu s’agir d’une paire d’œil, mais ils étaient trop gros, trop éloignés l’un de l’autre.

"Ce n’est pas possible," dit Yasu, retournant en direction du camion, mais ne quittant pas le feu des yeux, "Il n’y a plus d’oni, maintenant !"

"Je sais ce que j’ai vu !" Hurla Hayato.

Le bâtiment en ruines explosa à nouveau, projetant partout des débris enflammés. Yasu trébucha et tomba à cause de la secousse, faisant un écart pour empêcher Hayato de se blesser plus encore. Il bondit sur ses pieds à nouveau, pistolet et tetsubo en main. Une forme sombre et gigantesque s’éleva des décombres, des flammes et de la fumée masquaient les détails. C’était une imitation d’homme, avec de longs bras musclés, une tête pointue, et quelque chose de bizarre qui bougeait sur le torse que Yasu ne pouvait pas voir, à cause du feu. Il faisait presque six mètres de haut. Il se tourna en direction des deux crabes, les yeux brûlants.

"YAMA GORKESHU FLAIGNAIN JIGOKU, CRAAABE !!!" Rugit-il.

Yasu secoua la tête, l’étrange langue démoniaque faisait souffrir son cerveau. Il tendit la main vers Hayato à nouveau.

"C’est trop tard !" Hurla l’éclaireur, repoussant sa main, "Tu ne pourras jamais me ramener au camion ! Tu dois partir, Yasu ! Ils doivent savoir ! Quelqu’un doit savoir !!!"

Le démon tituba, projetant une jambe hors des décombres. Yasu vit que ses jambes épaisses étaient recouvertes d’une matière métallique étrange. "ZENGA YORKAPPU ZIL MAK CRAAAAAABE !!!" Hurla-t-il, jetant sa tête en arrière, et toussant une fumée verte.

Hayato fixait Yasu, l’air suppliant. Yasu savait que l’éclaireur avait raison. Blessé comme il l’était, Hayato l’aurait ralentit lors de sa course, et Yasu ne pourrait jamais le ramener jusqu’au camion.

"Ok," dit Yasu, "Je m’en vais, alors, Hayato."

"Bien," soupira Hayato, se couchant sur la route, "Emmène les Fortunes avec toi, Yasu."

"Je ne peux pas," répondit Yasu, "Je transporte déjà trop de choses." Le visage de Hayato se tordit de confusion. Yasu recula le poing et frappa son ami, le faisant tomber inconscient.

L’oni tira une seconde jambe du feu, faisant claquer le métal qui recouvrait son pied sur la route, expédiant partout des petits morceaux de béton. "AMBRA NIKAGU JAGU SIMBARU !!! EK CRAAAAABE !!!"

"Jabba wabba jingo à toi aussi, bâtard !" Hurla Yasu alors qu’il fit feu de son pistolet. La balle toucha l’oni au front, et il se plia en deux, hurlant et étreignant son visage.

Yasu saisit rapidement Hayato par sa ceinture et projeta son corps amorphe sur son épaule. Il se retourna vers le camion et courut, l’oni rugit derrière lui alors qu’il arrachait ses deux autres jambes des décombres du bâtiment. Les pointes métalliques de ses pieds martelaient les pavés alors qu’il s’avançait en titubant en direction des Crabes.

Yasu comprit que ses chances de survie venaient de s’envoler.

Yasu savait qu’il n’aurait pas dû s’arrêter pour sauver son ami.

Et tirer sur un oni, surtout au visage, était probablement une mauvaise idée.

Mais pour la première fois ce soir, il s’amusait vraiment.

A suivre...



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