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Rokugan 2000

Episode VII

Vengeance

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

mardi 22 septembre 2009, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode VII, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

"Il y a trois grands acheteurs officiels de microcircuits Shosuro, à Otosan Uchi," dit Oroki, "Kitsu Ikimura, Hoshi Jack, et bien sûr moi-même." Le Scorpion releva les yeux, les lumières de son écran d’ordinateur se reflétaient sur son masque pourpre.

"Ca ne représente rien," dit Hatsu en grimaçant, en faisant des va-et-vient dans la salle de contrôle. "Sachiko avait découvert cette information il y a plus d’une semaine. Les microcircuits en eux-même sont relativement sans danger, le plus souvent utilisés pour du contrôle à distance de satellites ou de systèmes électroniques. Donc, le Kitsu et le Hoshi peuvent tous les deux justifier leurs achats de microcircuits."

"Tout comme moi. Mais vous devriez écouter ce que je dis plus attentivement, détective," répondit Oroki, apparemment amusé.

"Acheteurs officiels," répéta Hatsu, s’asseyant près du Scorpion, "Vous voulez dire qu’il y a d’autres sortes d’acheteurs ?"

"Exactement," répondit Oroki, "Ce genre de microcircuits est utile non seulement à la réception, mais aussi pour la transmission. Je les utilise comme mouchards et comme petits appareils de transmission. Ces circuits sont très robustes et compacts, difficiles à endommager et excellents conducteurs. En théorie, ils feraient de très bons appareils pour les ondes électromagnétiques."

"Le Clan de la Sauterelle ?" Répondit Hatsu, "Ils utilisent des OEM dans leurs attaques, et la rumeur dit qu’ils sont en train de s’installer à Otosan Uchi."

"C’est ce que je pense aussi," dit Oroki, "Par ailleurs, vos informateurs sont lents, Kitsuki. Les Sauterelles sont déjà à Otosan Uchi, et on raconte qu’ils sont en train de se préparer pour quelque chose."

"Mais est-ce que ça a nécessairement quelque chose à voir avec les tetsukansen ?" Riposta Hatsu, "Les Sauterelles sont des voleurs. Ils n’ont jamais été impliqués dans une affaire de magie noire, auparavant. La plupart des Sauterelles ne sont même pas de la caste des samurai, et ne croient même pas en la magie elle-même, grâce à la propagande Scorpion."

"Nous faisons notre possible," dit Oroki, "Toutefois, le visage d’un groupe n’est pas forcément indicatif du groupe entier. Tous les Sauterelles ne sont pas fous, évidemment, tout particulièrement les échelons les plus hauts, et la preuve en est qu’ils évitent toujours de se faire capturer par vos associés Licornes. Peut-être ont-ils prévu que la conquête d’Otosan Uchi nécessiterait quelque chose de plus qu’à l’ordinaire, et ont basculé dans les arts maléfiques ?"

"Spéculation," répondit Hatsu.

"Toutes les solutions commencent par de la spéculation, Kitsuki", gloussa le Scorpion.

Une lumière rouge s’alluma sur un des panneaux de contrôle d’Oroki, en dessous d’un petit téléphone noir. Le Scorpion se tendit lorsqu’il la vit, puis décrocha.

"Oroki," dit-il.

"Oui," dit-il après un instant.

"Oui, bien sûr," continua-t-il, "Mes troupes sont à votre disposition, Shiriko-sama. Je vais les prévenir immédiatement." Il raccrocha le téléphone.

"Bayushi Shiriko ?" Demanda curieusement Hatsu.

"Oui," répondit Oroki d’un ton amer, "La nouvelle championne Scorpion, fraîchement couronnée. Les évènements prennent un tour curieux. Shiriko a demandé que j’envoie certains de mes hommes pour aider à la défense de la ville."

"Contre quoi ?" Demanda Hatsu.

"Qui sait ?" Dit Oroki, "Je ne suis apparemment pas assez important pour que l’on me confie de telles informations. Yoritomo a déclaré la guerre contre le monde. Ce genre de stupidité devait arriver. Par contre, nous sommes suffisamment en sécurité ici bas. Ca ne devrait pas trop affecter le Labyrinthe."

Hatsu jeta un regard au mur d’écrans, affichant différents endroits de la cité. "Rien ne semble différent," dit Hatsu, "Je ne vois aucun signe d’une attaque."

"Cela doit encore se produire," dit Oroki, "Ne soyez pas surpris, Kitsuki. Nous les Scorpions avons des oreilles partout. Et lorsque je dis partout, je n’exagère pas."

Oroki s’arrêta pendant un moment, ses yeux se rétrécirent derrière son masque. Les lumières de la pièce baissèrent, puis reprirent à nouveau leur intensité normale.

"Qu’est-ce que c’était ?" Demanda Hatsu.

"Quelqu’un coupe la puissance de mon Labyrinthe," dit Oroki, un ton irrité dans la voix.

"La créature ?" Demanda Hatsu.

"Non," dit Oroki, "Le parc a des systèmes internes redondants. Vous pourriez couper les circuits du parc toute la journée sans aucun problème. On dirait que c’est venu de l’extérieur."

"Je suppose que cette pièce a un générateur auxiliaire ?" Demanda le Dragon, se levant et observant les écrans.

"Bien sûr. Le parc entier a des générateurs auxiliaires," gloussa le Scorpion, "Personnellement, je préfère rester assis dans le noir à cet endroit, jusqu’à ce que d’éventuels prédateurs se montrent puis se fassent prendre au piège à l’intérieur de mon Labyrinthe. Mes systèmes de défense sont remarquables, Kitsuki."

"Là," dit Kitsuki, indiquant du doigt l’un des écrans. Une unité de Magistrats Impériaux lourdement armés marchait ensemble en direction de l’entrée du Labyrinthe Bayushi, menée par Tsuruchi Kyo en personne. "Bon sang," dit-il, "Il m’a trouvé."

"Très bien," répondit Oroki, "Mais je ne comprends pas pourquoi ils ont pensé à vous chercher ici. Pour vous dire la vérité, je suis déçu. J’avais toujours rêvé que la première personne à entrer dans le Labyrinthe serait l’un de mes ennemis, et pas l’un des votre."

"Ce n’est pas un jeu, Oroki," dit Hatsu, "Il y a vingt Gardes Impériaux, là-bas. Nous devons partir."

"Vous n’êtes pas encore mort, Dragon. Kyo n’a pas encore gagné." Oroki s’écarta et actionna un interrupteur. Le Labyrinthe revint à la vie.


Mirumoto Rojo attendait dans les ombres du parking. Vingt magistrats de la Guêpe lourdement armés, c’était trop pour que Hatsu puisse les battre tout seul, même avec l’aide de son allié Scorpion. Non, il avait besoin d’aide.

Les premiers magistrats étaient arrivés plus tôt dans la journée, en secret, alors que le parc était encore ouvert. Rojo les avait remarqués, il avait vu leurs cœurs sombres.

Un Scorpion brillant en néon dominait la fin du tunnel menant au Labyrinthe Bayushi. Un petit morceau de tissu vert et jaune claquait au vent, accroché à l’une de ses pattes. Pour la plupart des gens, c’était un morceau de tissu qui avait été emporté par le vent. Pour ceux qui le savait, c’était une Marque. Rojo l’avait mise là.

Beaucoup de gens auraient pu remarquer la Marque, mais seul un homme le fit et le nota. Son nom était Kemmei Ichiro, le propriétaire d’un magasin de crème glacée qui visitait le parc avec sa famille. C’était un homme calme, un homme paisible, un homme que peu de gens remarquaient. Il retourna à la maison immédiatement et téléphona à un homme qu’il connaissait seulement sous le nom de Gunjin, le sensei d’un petit dojo d’arts martiaux, quelque part en ville. Avant aujourd’hui, ils ne s’étaient rencontrés qu’une seule fois, et ne s’étaient pratiquement rien dit. L’homme prononça quelques mots avant qu’Ichiro ne raccroche ; il n’y avait presque rien à dire.

Gunjin appela à son tour une femme appelée Kyoko, une bibliothécaire à l’Académie des Beaux-Arts d’Otosan Uchi. Ils avaient été présentés lorsque Gunjin était arrivé à la cité, 6 ans plus tôt, mais ne s’étaient plus parlé depuis.

Kyoko quitta la bibliothèque immédiatement, s’arrêtant à un petit salon de tatouage, dans un quartier médiocre de la cité. Le salon de tatouage était tenu par trois frères, Asahi, Shougo et Mayonaka. Peu de monde visitait le salon de tatouage ; la plupart de gens étaient dérangés par le comportement étrange des frères. C’était un miracle si le magasin était capable de survivre financièrement. Ils accompagnèrent Kyoko après quelques mots d’explications.

Jakuchu était le propriétaire d’un important magasin d’électronique, et pompier volontaire. Alors qu’il essayait de vendre une télévision à un jeune couple, il remarqua Kyoko et les frères qui marchaient vers le magasin. Sans hésiter un seul instant, il ferma le magasin et les suivit.

Pendant le temps que Gunjin et les autres arrivent, Kemmei Ichiro avait envoyé sa femme et sa famille passer la nuit chez les voisins. Il avait endossé une brillante armure verte et récupéré son daisho derrière la chaudière du sous-sol.

"Mirumoto Ichiro," dit Gunjin, en entrant dans l’appartement et en retirant son manteau. Gunjin portait seulement un kilt armuré et des bottes. Sa poitrine imposante était couverte de tatouages, dépeignant des lames acérées.

"Togashi Gunjin," dit Ichiro en s’inclinant, "J’ai vu la Marque."

"Alors nous devons partir immédiatement," dit Kyoko. Elle s’était changée pour mettre une robe verte et rouge, et elle portait un sac à parchemins à la ceinture. Jakuchu inclina la tête pour signifier son accord, retirant son manteau pour révéler une armure similaire à celle d’Ichiro.

"La lune se lève," dit Mayonaka.

"La tempête sombre nous appelle," ajouta Shougo.

"Demain, il sera peut-être trop tard," termina Asahi.

Les sept marchèrent dans les rues jusqu’au Labyrinthe Bayushi, où Ichiro avait vu la Marque. Ils arrivèrent peu après que Tsuruchi Kyo et ses hommes n’entrent dans le Labyrinthe. Mirumoto Rojo les attendait. Son imperméable sombre claquait à cause du vent du tunnel, révélant l’ancienne armure qu’il portait en-dessous.

"Bienvenue," dit Rojo, en s’inclinant devant ses cousins Dragons, "Il est temps."


Shinjo Rakki était un bon flic. En fait aussi bon qu’un flic puisse être après avoir travaillé sur le port pendant trois ans. Jusqu’à présent, on lui avait tiré trois fois dessus alors qu’il était en service, et il avait été un jour obligé de sauter dans la baie pour se débarrasser d’un groupe de trafiquants qui étaient en train d’embarquer un petit peu trop d’armement par rapport à ce qui est normalement autorisé.

Rakki avait toujours été un sacré veinard, mais même la chance a ses limites. Pendant ses patrouilles de nuit sur le port, Rakki avait appris que la Tour Shinjo était vraiment loin, et que parfois la paix et la tranquillité étaient plus importantes que la justice. Il n’était pas un mauvais flic, mais il n’était pas non plus aussi innocent qu’il aurait du être.

"B’soir, officier," dit un petit homme robuste en pardessus. Rakki reconnut Mago, un marin du coin et contrebandier de peu d’importance. Il sourit nerveusement à Rakki et fourra ses mains dans ses poches.

"Bonsoir," répondit Rakki, faisant tournoyer sa matraque sans vraiment y faire attention, "Comment ça va, Mago ?"

"Bien. Très bien, officier," dit Mago qui s’appuyait contre un poteau en faisant un effort pour avoir l’air calme.

"Qu’est-ce que vous déchargez ?" Demanda Rakki, pointant sa matraque vers l’entassement de caisses au bout du Quai Shinjo.

"Oh, ça ?" Répondit Mago, "Rien, rien. Vraiment rien."

"Alors je vais y jeter un coup d’œil," répondit Rakki, attrapant un pied-de-biche qui traînait sur le dock et avançant lentement vers la caisse la plus proche. Il l’ouvrit facilement tandis que Mago semblait agité à côté de lui.

"Des pâtisseries ?" Dit Rakki, troublé, en attrapant un des paquets emballés. Les chargements de nuit de Mago étaient plutôt dans le genre drogues ou médicaments, ou encore des vidéos interdites. "Tu as décidé de tourner la page, Mago ?"

Mago haussa les épaules. "Des gâteaux Amijdal. Avec la guerre qui commence et tout ça, je parie que l’Empereur va interdire les importations un jour ou l’autre. Alors, je stocke."

"Tu es plus malin que je ne l’aurais dit, Mago," dit Rakki, jetant le gâteau dans la caisse. "Je suppose que tu as toute la paperasserie nécessaire pour cette cargaison ?"

"Ah… euh…" Mago fouillait dans ses poches en riant nerveusement, "A vrai dire, officier, je…" Mago sortit rapidement un petit pistolet, et son visage marqua sa surprise lorsqu’il vit que Rakki en avait lui aussi sortit un.

"Ne m’oblige pas à te tirer dessus pour des gâteaux, Mago," dit Rakki, la voix chargée de colère, "Il ne faut pas en arriver là."

Mago hésita, puis mit le doigt sur la gâchette. Le dock explosa en un rugissement assourdissant. Shinjo Rakki fut projeté sur la façade d’un entrepôt proche, des morceaux de bois et des gâteaux en train de brûler tombèrent tout autour de lui. Il tenta de reprendre sa respiration, se remettant sur ses pieds et regardant s’il n’avait pas de blessures. Il semblait sain et sauf, son armure corporelle avait absorbé l’impact. Que s’était-il passé ? Mago devait être un plus gros morceau qu’il ne pensait, pour avoir ce genre d’armement.

Une autre explosion secoua les docks, et Rakki vit un entrepôt un peu plus loin sur le quai se transformer en une énorme boule de feu.

Puis Rakki remarqua Mago. La moitié supérieure de son corps gisait près de lui, le visage figé par la peur. Rakki marcha vers lui et prit le pistolet de Mago, car il avait perdu le sien dans l’explosion. Il s’accroupit dans les débris de l’entrepôt et observa les docks pour voir un signe de ses attaquants.

Après un instant, un dôme de métal brillant s’éleva de la baie, près du bateau de Mago. De l’eau ruisselait sur la surface alors qu’il émergeait de la baie, grâce à quatre puissants moteurs. Une paire de projecteurs s’allumèrent sur l’avant de la machine, parcourant les docks méthodiquement. La machine vacilla soudain vers l’avant et grâce à ses six pattes insectoïdes, elle avança sur la terre ferme. Elle était gigantesque, assez grande que pour contenir un bus entier, et elle ressemblait à un énorme scarabée noir.

"Par le Souffle de Shinjo, qu’est-ce que c’est que ça ?" Marmonna Rakki pour lui-même.

Une grande rampe s’ouvrit sur le côté du véhicule, libérant une dizaine d’hommes en armures noire et or, avec des capuchons amples. Ils portaient des fusils automatiques, avec des sabres à leur ceintures. Le chef leur donna un ordre en une langue étrangère, et ils se déployèrent par paires pour sécuriser le dock. Derrière eux, un autre vaisseau en forme de dôme s’éleva des eaux, tirant des missiles sur un autre entrepôt.

"Le Senpet !" Dit Rakki incrédule, "à Otosan Uchi !" Il tâtonna, à la recherche de sa radio, en mettant le son le plus bas possible. "Officier Shinjo Rakki à la Tour Shinjo," murmura-t-il, "Répondez, situation d’urgence à la Baie du Soleil d’Or !"

"Je vous reçois, Officier Shinjo," répondit l’opérateur, "Quelle est votre situation ?"

Rakki hésita un instant. Ils n’avaient pas de code de détresse pour quelque chose comme ça dans le manuel des officiers. "Invasion !" Dit-il, "Otosan Uchi est en train de se faire envahir !"

"Je suis désolé, vous pouvez répéter ?" Demanda l’opérateur.

"PAR ICI !" Cria un des Senpet, tournant la lumière de son fusil pour l’amener en direction de Rakki. Au loin, des coups de feu et d’autres explosions éclatèrent.

Sans hésiter, Rakki tira trois fois avec son pistolet. Le Senpet tomba à terre au moment où son équipier arrivait au coin de l’allée. Rakki se mit à courir comme jamais. Alors que le soldat du Senpet ouvrait le feu derrière lui, il lança un dernier regard à la Baie du Soleil d’Or.

Une dizaine d’autres vaisseaux Senpet sortaient des eaux.


"Je devrais être mort," dit Rashid.

"Vous l’étiez," dit le docteur après s’être raclé la gorge nerveusement. Rashid pouvait se rendre compte qu’il était fraîchement sorti de ses études de médecine, et qu’il n’était pas tout à fait confiant en ce qu’il disait, ni tout à fait sûr de ce qu’il lui était arrivé. Quel imbécile.

"Oui, en fait," continua le docteur, ajustant sa cravate alors qu’il consultait son dossier, "Vos blessures étaient graves, Maître Rashid, et pendant tout un moment vos signes vitaux indiquaient que vous étiez, euh, mort. Toutefois, votre corps semble disposer d’une remarquable capacité de régénération. C’est un miracle si vous avez réussi finalement à reprendre conscience. Maîtres Kujimitsu et Sumi étaient très inquiets pour vous."

"Tu vas aller mieux maintenant, Oncle Rashid," dit Sumi avec un petit sourire, s’asseyant à côté du lit d’hôpital où reposait Zul Rashid.

"Mon cœur n’est plus," répondit Rashid, la voix triste et terne.

"Bien sûr qu’il n’est plus là," gloussa Kujimitsu, "Tu es un khadi. Tu nous l’avais toujours dit, mais je ne t’avais jamais réellement pris au sérieux, jusqu’à ce que je vois ce qu’il s’est passé dans le Temple."

"Non," répondit le sorcier, les yeux emplis de douleur, "Je veux dire qu’il a vraiment été détruit. Je ne le sens plus. Quelque chose s’est passé au Joyau du Désert."

Kujimitsu et Sumi se jetèrent mutuellement un regard nerveux. "Rashid," dit lentement Sumi, "Medinaat-al-Salaam a été détruite. Une tête nucléaire de Feu du Dragon a explosé dans la cité."

Rashid ferma les yeux, en posant une main sur sa poitrine.

"Certains ont réussi à évacuer," dit Sumi, "Peut-être que ta famille—"

"ASSEZ !" Cria Rashid, fouettant l’air d’une main et brisant le vase de fleurs qui se trouvait sur la commode. "J’en ai assez ! Assez de morts ! Assez de pertes ! Que tout ceci se termine !" Il se retourna vers le docteur, les yeux emplis de douleur. "Pourquoi est-ce que je ne MEURS PAS ?"

Le docteur hésita, mettant les bras derrière son dos. "Je… je vous demande pardon ?" Dit-il.

"Il y a quelque chose," dit Rashid, saisissant sa poitrine, "Il y a quelque chose à l’intérieur de moi. Je peux le sentir. C’est ça qui me retient ici."

"Euh, oui," dit le docteur, "En parlant de ça. A cause de vos capacités de régénération, nous n’avons pas été capables de retirer certaines parties de la lame métallique qui a percé votre sternum. Les os s’étaient déjà ressoudés avant que nous ne puissions le déloger. Il reste encore une écharde, bien enfoncée dans votre cage thoracique, mais elle ne semble nullement gêner vos organes vitaux, alors nous l’avons laissée jusqu’à ce que vous puissiez récupérer."

"Vous avez laissé un morceau du démon Kaze no Oni à l’intérieur de moi," siffla Rashid, "Un éclat de la Terreur Élémentaire de l’Air qui a élu domicile dans le Maître de l’Air sans cœur. Comme c’est ironique."

"Nous n’avions pas le choix," dit le docteur, "J’ai appelé Asako Nitobe, le plus grand chirurgien d’Otosan Uchi. Il doit arriver cette nuit et il se penchera sur la question."

"Aller à Jigoku accompagné par Asako Nitobe," gloussa Rashid, en s’allongeant sur son lit et en regardant le plafond, "Il ne peut plus rien faire, de toute façon. Nous irons tous ensemble à Jigoku."

Le docteur regarda ailleurs. "Bon, si vous voulez bien m’excuser," dit-il humblement, "J’ai d’autres patients à voir."

"Bien sûr, docteur," dit calmement Kujimitsu, "Je suis sûr que Maître Rashid sera bientôt rétabli. C’est juste une période difficile."

Le docteur sortit, tandis que Kujmitsu et Sumi restèrent à côté du lit de Zul Rashid.

"C’est extraordinaire le temps que nous, Phénix, passons dans des hôpitaux, n’est-ce pas ?" Dit Rashid à Kujimitsu.

"Je préfère l’hôpital à l’autre possibilité," répondit Kujimitsu, "Asako Ishikint, Shiba Mifune, et le Maître du Vide n’ont pas eu notre chance."

Rashid sourit amèrement. "Peut-être en viendrons-nous à les envier," répondit-il, "J’ai le sentiment que le pire reste à venir. Dans quelle sorte de monde de monde vivons-nous, où les Fortunes peuvent nous prévenir que le mal est proche, mais pour lequel nous ne pouvons rien faire ? Ce monde est une plaisanterie cruelle."

"Ne parle pas comme ça, Rashid," dit Sumi, "Il faut que tu gardes l’espoir."

Rashid sourit à la jeune Maître du Feu, ses yeux glissant jusqu’au katana qui reposait toujours sous sa ceinture. "Ofushikai," dit-il, "Tu portes l’Épée du Phénix, petite Sumi ?"

"Je ne savais pas à qui la donner," répondit Sumi en regardant en direction de l’ancienne lame, "Après ce qui est arrivé à Shiba Mifune."

"Mifune n’a pas d’héritier," ajouta Kujimitsu, "On dirait que la lignée de Shiba s’éteint aujourd’hui."

Rashid éclata de rire. Un rire rauque et brisé. "Après tant d’années, mon vieil ami," dit-il, en hochant la tête, "Qu’est-ce que tu dois penser de moi. Les Khadi sont peut-être maléfiques, mais ils sont mon peuple. Ma famille. Quand je repense à ma trahison, je me dis ce n’est pas à cause de mon sens du devoir et de mon honneur. Non, Kujimitsu. Ce genre de trahison demande une émotion bien plus forte pour être accomplie."

"Emotion ?" Demanda Kujimitsu.

"Peut-être me suis-je trompé à propos des Fortunes," répondit Rashid, en fixant la garde incrustée de perles d’Ofushikai, "Le Destin est plus malin que les humains et les démons ne s’en rendent compte, et son cours ne peut être changé."

"De quoi parles-tu, Oncle Rashid ?" Demanda Sumi, soucieuse. Elle posa une main sur la garde du katana. Il était chaud au toucher.

"Lors de la bataille, Sumi," dit Rashid, se tournant vers la fille tandis qu’elle s’asseyait sur le lit, "Est-ce que l’épée est apparue dans ta main quand tu en as eu besoin ? Etais-tu en danger ?"

Sumi regarda Kujimitsu. "Oui," dit-elle, "Oui, je suppose. Pourquoi ?"

Le sorcier grimaça, allongé dans le lit, et ferma ses yeux douloureux. "Demande à ta mère."

"Quoi ?" Dit Sumi.

Et soudain, les premières explosions se firent entendre, à travers la cité, au niveau de la baie.

"Par les Sept Tonnerres !" S’exclama Kujimitsu, courant à la fenêtre.

La porte de la chambre d’hôpital s’ouvrit brusquement, et une paire de samurai de la Licorne entra, les gardes de la police qui s’étaient postés devant la porte.

"Maître Kujimitsu, Maître Sumi, nous devons vous faire sortir d’ici," dit le premier d’un ton abrupt, "Maître Rashid, pouvez-vous marcher ?"

"Si c’est nécessaire," répondit Rashid d’un ton irrité, "Que se passe-t-il ?"

Le policier Licorne s’interrompit un instant. "Il semble que le Senpet nous attaque."


Daniri baillait, arquait son dos et étirait ses bras. "C’est trop tôt pour filmer," grogna-t-il, "Et nous le savons tous les deux."

"Pas trop le choix," dit Ayano, haussant les épaules alors qu’elle buvait une gorgée d’un gobelet en plastique rempli de café. "Si tu avais terminé cette scène hier comme prévu, nous ne serions pas ici."

"Et bien, tu n’es pas de bonne humeur," dit Daniri avec un petit sourire en coin, respirant à pleins poumons l’air de la mer.

"Ne commence pas, Daniri", dit-elle laconiquement, "Tu peux penser que tu es beau et charmant, mais tu ne l’es pas. Pas pour moi. Pas aujourd’hui, en tout cas. Ikimura s’est plaint toute la nuit au téléphone, et je n’ai pas besoin de tes bêtises." Elle le dépassa et marcha jusqu’au large entrepôt que l’équipe des Machines de Guerre Akodo avait récupéré pour stocker le matériel. Daniri la regarda s’en aller, perplexe.

"Que se passe-t-il ?" Demanda Daniri à Sheng, l’acteur qui partageait la vedette avec lui, tout en marchant dans sa direction. Sheng était un homme musclé, avec le crâne rasé et un visage tout à fait ordinaire. Il ressemblait au parfait gangster et il était aussi un excellent cascadeur, ce qui permettait aux spécialistes du maquillage de changer suffisamment facilement son apparence anodine pour le faire ressembler à quiconque, pour pouvoir jouer différents rôles, y compris dans le même épisode.

"J’ai entendu dire que les compagnies d’assurances s’agitaient à propos d’Akodo," dit Sheng, "Ils sont toujours en train de faire un tas d’histoires à propos de lui."

"Et pourquoi est-ce que ça les tracasse ?" Répondit Daniri, embêté, "Je suis le seul à me mettre en danger. Il n’existe aucune compagnie d’assurance qui me donnera un contrat pour les risques ridicules que je prends dans cette série."

"Je ne crois pas que c’est de toi qu’il s’agit," rit Sheng, "Je pense qu’ils sont plus inquiets que tu n’écrases cette satanée Machine de Guerre dans un orphelinat et que tu n’exploses un paquet de nonnes."

"Et bien, c’est certainement possible," admit Daniri, "mais si je faisais quelque chose comme ça, je suis sûr que je me sentirais vraiment désolé."

Daniri avança jusqu’à l’entrepôt. Ça allait être une longue journée de tournage, et il pouvait déjà s’y préparer. Le plus tôt il pourrait en avoir terminé ici, le plus tôt il pourrait retourner à la chasse aux Sauterelles. L’intérieur de l’entrepôt était rempli de techniciens occupés et de membres de l’équipe de tournage. Un grand rideau était tiré sur un coin de l’entrepôt et Daniri se dirigea vers lui.

"Comment ça se passe ?" Demanda Daniri, en jetant un coup d’œil derrière.

Un nain très âgé se retourna pour fixer Daniri à travers ses épaisses lunettes. Il se gratta la moustache et se retourna à nouveau vers son ordinateur, sur lequel il se mit à taper à nouveau. "Bien, bien, tout va pour le mieux," dit-il.

Daniri s’avança vers le vieil homme, levant un regard empli de fierté vers l’énorme machine qui se trouvait appuyée contre le mur. Elle ressemblait à un samurai doré de quatre mètres de haut, entièrement sculpté en acier. Un cercle de lames métalliques entourait sa tête, tirées en arrière à la manière d’une crinière. D’énormes crocs sortaient du haut de sa poitrine et de sa taille, donnant l’impression que c’était une gigantesque tête de lion. Dans sa main gauche, il portait une énorme épée, large de cinquante centimètres et longue de deux mètres cinquante.

"Il semble en parfait état," dit Daniri, en se tournant vers Ikimura.

"Il le faut," répondit le vieil homme, s’écartant du bureau et sautant à terre, "Il m’a presque fallu cinq heures de travail, pour enlever toutes les bosses que vous avez faites hier."

"Vous êtes un maître, Ikimura-sama," dit Daniri, en regardant à nouveau vers Akodo.

"Non, je suis un servant," gloussa le vieil homme, "Et cette grande bête de métal est le maître. On dirait que j’ai dépensé la moitié de ma vie à prendre soin de lui et l’autre moitié à lui trouver des excuses."

La Machine de Guerre Akodo était le secret le mieux gardé de la Compagnie de Production du Clan du Lion. La série avait deux atouts pour garantir son succès. Le premier était Daniri, la vedette la plus charismatique et la plus athlétique que l’école Akodo avait jamais créée. Le second était la Machine de Guerre elle-même. Elle était réelle.

Kitsu Ikimura, un homme qui a dédié sa vie à créer les effets spéciaux les plus fantastiques et les plus réalistes de l’industrie du cinéma, a reçu la demande d’Ayano de créer les effets spéciaux des Machines de Guerres, des effets spéciaux d’un genre qui n’avait jamais été demandé pour un film ou la télévision. A l’époque, Ikimura avait engagé un groupe d’ingénieurs Kaiu et d’artisans tetsukami Isawa, pour assister son équipe dans la construction de ce qui était devenu le chef-d’œuvre d’Ikimura : Akodo.
Akodo était un juggernaut mécanique, unique en son genre, une armure tetsukami gigantesque capable de se déplacer avec la vitesse et la rapidité de quiconque la porte. Comme tous les tetsukami, les esprits de l’armure étaient versatiles et instables, mais le kami d’Akodo semblait particulièrement aimer Daniri. Lorsque le jeune acteur endossait la Machine de Guerre, les prouesses acrobatiques et martiales qu’il pouvait réaliser furent tout simplement incroyables. La série fut un succès intégral, et les critiques faisaient l’éloge de l’incroyable illusion qu’Ikimura avait créée.

"Illusion, en effet," rit Daniri en lui-même, en parcourant de la main la délicate surface dorée de l’armure.

"Daniri, sortez d’ici !" S’irrita Ikimura, en écartant sa main d’une claque, "J’ai encore trois diagnostics à exécuter avant qu’on ne puisse commencer. Je ne laisserai pas cette chose sortir de l’entrepôt avant qu’elle ne soit prête."

"D’accord, d’accord, Ikimura-sama," dit Daniri d’un ton apaisant, tout en écartant le rideau. Il le franchit puis le replaça derrière lui, puis il quitta l’entrepôt pour voir le lever de soleil.

Lorsque Daniri atteint la porte de l’entrepôt, il y eu soudain une explosion retentissante, et le sol fut secoué par des secousses.

"Que se passe-t-il ?" Cria Ayano de son siège, où elle était en train de relire le script. "Ces crétins de la baie ne sont pas en train de faire exploser les charges trop tôt, au moins ?"

Daniri ouvrit la porte et courut vers les docks. Un entrepôt factice avait été construit pour qu’il explose aujourd’hui lors du tournage, mais ça venait de la direction opposée.

Daniri faillit perdre l’équilibre en s’arrêtant au bord du quai, sa mâchoire grande ouverte. Plus d’une dizaine de vaisseaux en forme de dôme émergeaient des profondeurs. L’un d’eux était déjà en train d’avancer sur la terre ferme, le long de la baie, en direction d’un entrepôt qui était dévoré par les flammes. Un autre vaisseau longeait les docks dans la direction opposée, tirant plusieurs missiles sur un autre entrepôt, qui prit feu immédiatement.

"Regarde-ça !" Dit Sheng, en riant et en grattant son crâne chauve, "On dirait qu’on a de la concurrence, Daniri !"

"Ce n’est pas un film, Sheng, c’est une invasion !" Cria Daniri, "Va prévenir les autres et sortez d’ici ! Ils sont en train de faire exploser tous les entrepôts pour assurer la sécurité des docks. Le nôtre pourrait être le prochain !"

Sheng ne parvint pas à sortir le moindre son de sa bouche. Daniri soupira. Sheng était un bon acteur et solide en combat, mais ce n’était pas l’homme le plus intelligent qu’il ait pu rencontrer. Daniri se retourna et courut vers leur entrepôt.

"Ayano ! Ikimura !" Cria-t-il, "Evacuez l’entrepôt ! La cité est envahie !"

Ayano se leva, ses traits se figèrent immédiatement en une expression de sévère autorité. "Alors, vous l’avez entendu ?" Ordonna-t-elle tout en faisant des gestes à son équipe, "Attrapez tout ce que vous pouvez et courez vers l’intérieur de la ville ! Vous !" Elle pointait du doigt un jeune scéniste, "Contactez immédiatement les studios KTSU. Je suis sûr qu’ils voudraient avoir le scoop pour ceci. Et que quelqu’un contacte les Matsu. S’ils ne sont pas déjà en route, ils seraient désolés de rater une chance de se battre."

Elle plia son script sous son bras, et fonça en direction de l’entrée de derrière alors que l’équipe jouait des pieds et des mains autour d’elle, démontant les coûteuses caméras et lumières aussi vite qu’ils pouvaient, et les emmenant avec eux. D’autres explosions violentes ébranlèrent le bâtiment, semblant peu à peu se rapprocher.

"Ikimura !" Dit Daniri, en écartant le rideau, "Nous devons partir !"

"Je ne vais nulle part," dit le vieil homme, se retournant, avec une expression amère sur le visage, "Je n’ai pas encore terminé."

"On n’a pas le temps de finir les diagnostics !" Dit Daniri, en attrapant Ikimura par les épaules et en l’écartant de la table, "Cet endroit va être détruit complètement !"

"Alors je reste !" Dit impétueusement le vieil homme, "Je n’abandonnerai pas Akodo. S’il est détruit, je pourrais l’être, moi aussi."

Daniri décocha son fameux sourire de star. "Qu’est-ce qui vous fait penser que j’allais le laisser derrière nous ?" Demanda-t-il.

Ikimura se retourna et sourit. "Tu as toujours fait le bon choix, mon garçon," rit-il.


Le Scarabée avançait vers le quai, déversant du feu et de la fumée par ses moteurs. Le pilote tenait fermement les commandes, pendant que l’artilleur verrouillait son prochain tir de missiles sur le grand entrepôt devant eux.

"Préparez-vous à tirer," dit le capitaine.

Soudain, l’avant de l’entrepôt s’ouvrit brusquement, et un géant chargea vers les quais. Le soleil levant se reflétait sur son armure dorée et l’épée large qu’il tenait dans sa main. Il inclina sa tête en arrière et rugit.

"Argh !" Grogna l’artilleur, protégeant ses yeux de l’éclat lumineux qui se reflétait sur le géant.

"C’est quoi ça ?" Demanda le pilote.

"Feu," dit le capitaine.

Les lance-missiles s’ébranlèrent, et quatre missiles taillés en forme d’aiguille fonçaient en direction des docks.

"Bon, le show, c’est fini maintenant, Daniri," marmonna l’acteur pour lui-même, "en avant !" Il sauta sur un côté, l’armure bougeant plus rapidement et plus souplement que Daniri ne le pouvait lui-même. Les missiles poursuivirent leur route derrière lui, frappant violemment les docks. La Machine de Guerre Akodo roula souplement sur le côté et se redressa.

"Ça alors," dit le pilote, "Ce truc est rapide."

"Arrête de l’admirer," dit brusquement le capitaine, "et détruisons-le avant qu’il n’attaque."

L’artilleur acquiesça, tirant plusieurs autres missiles sur le guerrier d’or.

"Oh, pour l’amour de—" jura Daniri, en se mettant à distance. Malheureusement, la Machine de Guerre Akodo, aussi puissante soit-elle, n’était qu’un accessoire de film. Aucune des armes sur elle n’était vraiment mortelle, sauf l’épée. Il devait continuer à courir.

"Il est trop rapide," dit l’artilleur, "Les missiles à tête chercheuse ne parviennent pas à se fixer sur lui pour une raison que je ne comprends pas."

Le capitaine acquiesça. "Sahir," dit-il à haute voix.

"Oui capitaine," la réponse arriva de l’intercom.

"Envoie le Djinn," ordonna-t-il.

Daniri lança un regard vers le vaisseau. Ils avaient cessé de lui tirer dessus. Ils devaient être à cours de missiles. Et juste à ce moment, il entendit une série de petits bruits, comme des pièces qui tombent sur le sol. En se retournant, il vit quatre hommes en armures noires et or, qui tiraient au fusil automatique sur lui.

"Arrêtez ça," dit Daniri d’un ton laconique, sa voix accentuée par le rugissement d’Akodo.

Les hommes reculèrent, intimidés par l’invulnérabilité de la Machine de Guerre, mais ils continuèrent de tirer.

"J’ai dit STOP !" Cria Daniri, frappant le quai de son épée géante. Une onde de choc ondula sur le sol, fendant les planches épaisses et projetant les tireurs à terre.

Le vent se mit à tourner derrière lui, et Daniri se retourna pour voir une grande silhouette avec des jambes vaporeuses et immatérielles qui flottaient sous lui. Sa peau était aussi noire que l’obsidienne, et de longs cheveux blancs tournoyaient à cause du vent, alors qu’il descendait vers Daniri.

"Rends-toi, fils de Rokugan !" Exigea la créature, "Je suis prêt à faire preuve de clémence !" Il pointa un doigt en direction de Daniri, tirant un éclair d’électricité en direction de la poitrine de la Machine de Guerre. Daniri trébucha et mit un genou à terre, désorienté par le choc.

"Fou !" Rit le Djinn, croisant les bras sur sa poitrine, "Tu ne peux rien contre le Djinn de la Tour Silencieuse !" Il frappa les mains l’une contre l’autre, créant un autre éclair. Daniri se jeta sur le sol, l’évitant ainsi de quelques centimètres.

Daniri orienta son bras droit dans sa direction, tirant les quatre petits missiles de son avant-bras. Bien sûr, ce n’était que des missiles fumigènes, mais le Djinn ne pouvait pas le savoir. Il les esquiva, et Daniri eut assez de temps pour se remettre sur ses pieds.

"Tu es rapide !" Dit le Djinn, "Mais tu ne peux vaincre le—" Daniri lança l’épée de la Machine de Guerre, l’empalant dans le torse du Djinn et le coupant dans sa phrase. Le Djinn se dispersa en un nuage de fumée noire et l’épée tomba sur le dock en faisant un bruit sourd.

Le Scarabée arriva en flottant devant lui, tirant avec une paire de mitrailleuses lourdes. Daniri se retourna rapidement et courut.

"Je n’aurais pas du lancer cette épée," marmonna-t-il alors que le Scarabée le poursuivait, en parsemant le quai derrière lui de rafales de balles.

Daniri regarda tout autour de lui. L’entrepôt derrière lui et sur la gauche était toujours intact. Il reconnut le grand poisson qui était peint sur les portes d’entrée, et sourit. Daniri accéléra encore la cadence, sauta et passa en travers des portes de l’entrepôt.

"Il est rentré dans cet entrepôt, monsieur," dit le pilote, en se tournant vers le capitaine.

"Suivez-le," ordonna le capitaine, "Il a tué un Djinn d’un seul coup. On ne peut laisser s’échapper une chose de cette puissance."

"Oui, monsieur," répondit le pilote. Le Scarabée entra avec fracas en pulvérisant les minces portes de bois de l’entrepôt. Le pilote s’arrêta, observant avec confusion l’écran devant lui.

La Machine de Guerre était partie.

"Où est-il ?" Demanda le capitaine, se penchant au-dessus de l’épaule du pilote et regardant l’écran d’un air courroucé, "Où a-t-il bien pu aller ?"

"Là !" Dit l’artilleur en le désignant du doigt.

A travers la vitre arrière, il purent voir la tête du guerrier d’or. Il tenait un détonateur dans une main, fit un signe de l’autre, et déclencha le détonateur.

Daniri tomba à terre, alors que l’entrepôt factice explosait tout autour de lui. Comme c’était une explosion d’Ikimura, elle avait été conçue pour être spectaculaire. La terre trembla, des éclats volèrent partout, et un pilier de feu s’éleva dans les airs. Il fallut presque deux minutes pour que la conflagration s’estompe suffisamment pour que Daniri risque de relever les yeux. Il soupira de soulagement lorsqu’il aperçut la carcasse déchiquetée du Scarabée qui vacillait maladroitement au milieu des décombres.

Deux autres Scarabées arrivèrent en vue, mettant en joue Daniri avec leurs lance-missiles. "Oh, Amaterasu, non," gémit Daniri. Il était toujours couché, parmi les débris de l’explosion. Ça avait été un beau combat, mais il était terminé.

Et soudain, le ciel se déchira, et une paire d’avions à réaction noir et pourpre passèrent au-dessus du port, tirant des missiles sur les deux vaisseaux Senpet. Les Scarabées décrochèrent et s’enfuirent à toute allure vers les docks. La Machine de Guerre se releva des décombres et courut jusqu’à la limite des docks, attrapant son épée perdue et saluant les avions qui s’éloignaient.

"Magnifique !" Cria une voix derrière lui, "C’était tout simplement magnifique !"

Daniri tournoya sur lui-même pour voir Kitsu Ayano qui se tenait debout d’une manière provocante sur les docks en ruine. Un grand samurai se tenait à ses côtés, pointant une caméra sur Daniri.

"Ayano !" S’exclama Daniri, "Qu’est-ce que tu fais ici ?"

"Haruki enregistrait ton héroïsme," répondit Ayano, "KTSU va se régaler, avec cette prise. J’ai même l’intention de les faire payer pour ça. Daniri, ce tour avec ton épée était vraiment incroyable. Je n’aurais pas pu chorégraphier ça d’une meilleure façon. Et l’explosion de l’entrepôt ? Génial !"

Vers le port, d’autres hélicoptères et avions Scorpion luttaient contre le Senpet. A l’extérieur de la baie, les navires de guerre de la Mante commençaient à revenir, et recevaient un accueil plutôt rude de la part de la barricade Senpet.

"Ok, ok, je suis un génie," dit Daniri, "Maintenant, partons d’ici avant que mon génie ne soit récompensé de façon posthume."


"De la résistance ?" Dit le commandant dans son intercom.

"Négligeable, monsieur," lui répondit-on, "Un peu de résistance sur les docks. Quelques Mantes. Un des Scarabées était trop près d’un entrepôt lorsqu’il a explosé, mais nous n’avons pas perdu beaucoup d’autres choses. Ils n’ont pas laissé beaucoup de troupes pour garder la cité elle-même."

"C’est noté," dit le commandant, "Continuez de sécuriser les postes de débarquement pour le reste des Scarabées. Les patrouilles de la Mante éloignées ne sont pas encore au courant de notre passage, et je veux une position défensive stable, en cas d’attaque aérienne."

"Tout de suite, monsieur," répondit le soldat.

"Que la chance d’Adnan soit avec vous," termina le commandant.

Le Commandant Athmose était un homme logique, un homme méthodique. Ce n’était pas le genre de personne à se fier au hasard. Selon son avis, cet assaut entier avait une chance ridicule d’aboutir, avec presque rien à gagner. Il avait déjà fait ses prières pour les Dieux des morts, mais il n’avait pas l’intention de laisser les Rokugani le tuer aussi facilement. Ils auraient du travail pour y arriver.

"Vous avez des doutes, commandant ?" Dit un homme mince à la tête chauve, qui apparut sur un écran d’ordinateur.

"Massad !" Grogna Athmose, se penchant en avant sur sa chaise, "Je vous avais dit de ne pas me contacter !"

Le Chacal lui montra un petit crâne qu’il tenait dans sa main, un crâne d’enfant. Il sourit d’un air diabolique tout en le regardant dans les orbites. "Je ne suis pas à vos ordres, Athmose," gloussa-t-il, "Nous sommes alliés, maintenant, vous vous en rappelez ? Je vais où je veux."

"Si nous sommes alliés, alors retournez au travail," gronda le commandant. "Avez-vous accompli votre mission ?"

"Presque," dit Massad, "La fameuse Tour Shinjo n’est pas aussi imprenable qu’elle ne semble. A Medinaat-al-Salaam, les Gardes de la Cité m’aurait tué, rien qu’en me voyant. Me faire arrêter ici était vraiment trop facile. J’ai simulé un malaise dans ma cellule, puis j’ai étranglé le garde qui est venu à mon aide. Il fut le premier à nourrir le Tueur. Maintenant, j’ai trouvé plein de nouveaux amis pour jouer avec moi."

"Épargnez-moi les détails," grogna Athmose, "Contentez-vous de neutraliser la Licorne comme la Pharaon vous l’a demandé. Si vous vous jouez de nous, votre vie sera brève, Chacal."

"Je ferai comme nous l’avons prévu," dit Massad calmement, souriant et fixant toujours les orbites vides du crâne, "mais je ne commettrai pas de faute. Je ne vous crains pas, ni vous, ni vos armées, Commandant Athmose. Je suis Omar Massad, le Roi des Goules, l’homme le plus dangereux dans ce monde. La mort me sert. Même votre Pharaon vit parce que je l’y autorise. Vous avez de la chance que je déteste plus Yoritomo que je ne la déteste. Maintenant, soyez un bon petit Senpet et envoyez-moi le reste de ma bande. Je suis si seul, avec seulement les voix de la mort pour me tenir compagnie."

Athmose acquiesça, l’air maussade. "Je les enverrai. Je serai tellement heureux de m’en débarrasser. Athmose, terminé." Il coupa l’écran.

"Chien indigne," dit le Lieutenant Seforete, d’un ton méprisant, tout en crachant sur le sol de la passerelle.

"En effet," dit Athmose d’une voix rauque, "mais notre Pharaon pense que sa magie noire peut encore être utile. Avec un peu de chance, les Licornes vont le tuer. De toute façon, je n’ai pas l’intention de le ramener avec nous lorsque nous repartirons."

"La Pharaon a perdu la tête," répondit Seforete, "C’est une mission suicide, une ridicule démonstration de mépris, avant que Yoritomo ne nous écrase à jamais. Nous allier avec les factions les plus faibles, c’est de la folie pure et simple !"

"Si vous vous autorisez à penser de cette manière, Lieutenant, alors c’est comme si vous aviez déjà perdu. Notre ennemi commun nous apporte une cause commune," dit calmement Athmose. Il appuya sur le bouton d’intercom sur le panneau devant lui. "Sergent Akhent, quel est le statut de votre petit travail ?"

La voix faible du sergent surgit de l’intercom. "Commandant ?" Dit le sergent d’une voix tremblante, "Je pense que l’on m’a assommé. Fatima… elle est partie."

"Bien," répondit Athmose. Elle était donc déjà dans la cité. Mais pourquoi était-elle partie plus tôt que prévu ? Pour un esprit militaire tel qu’Athmose, les surprises n’étaient pas les bienvenues. Il appuya sur un bouton de son panneau de contrôle, plaçant son Scarabée en état d’alerte.


Dans les ombres de la Baie du Soleil d’Or, une silhouette solitaire rôdait, la meilleure élève du Vieil Homme de la Montagne. Fatima sourit légèrement lorsque les bruyants Scarabées du Senpet écrasèrent les docks tout autour d’elle. Un tel spectacle lui était d’un grand bénéfice. L’attaque Senpet était une vraie démonstration de mépris, mais dont on n’attendait pas qu’elle parvienne à percer réellement les défenses d’Otosan Uchi. C’était également une diversion. Une diversion orchestrée pour tromper l’Empereur Mante, pour qu’il pense que la Pharaon tente une attaque frontale, une diversion dont le but est de semer le chaos, pour que Fatima profite de la confusion pour accomplir sa vraie mission.

Vraiment, cette diversion était importante. Le Senpet y parvenait tellement bien que si elle attendait encore un peu, les Rokugani n’auraient aucune chance. Fatima appuya sur un petit bouton à sa ceinture. Une minute plus tard, elle sourit de satisfaction tandis qu’une escadre d’avions à réaction rouges et noirs surgirent au-dessus du port et commencèrent à tirer sur les troupes du Senpet.

"Une malédiction éternelle mérite une vengeance éternelle," murmura-t-elle, puis elle disparut.


Yasu ignora les toutes premières explosions. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on parvient à trouver des places assises pour assister à une finale. Quel que soit le problème, la police pouvait s’en occuper. Les places avaient été un cadeau spécial de Doji Meda pour Kaiu Toshimo. Les scores des Steelboys et des Berserkers étaient très serrés à la fin du septième tour, et l’équipe qui gagnerait le suivant serait qualifiée pour les Séries de Diamant.

Des sirènes commencèrent à hurler à travers la ville. D’autres explosions se firent entendre, plus proches. Ensuite, ils perçurent le souffle d’un avion à réaction, étrangement proche du stade. Une vague de nervosité courut à travers la foule, et certains des joueurs sur le terrain regardaient autour d’eux avec anxiété. Toshimo et Yasu échangèrent un regard.

"C’est toujours lors des mes congés que ça arrive," grogna Toshimo, se levant de son siège. "Attends-moi, Yasu, je vais aller aux nouvelles." Le vieux Crabe se tourna vers la sortie.

"Je pense que la situation s’explique d’elle-même," dit Yasu, en indiquant quelque chose du doigt.

Une paire de grandes formes sombres apparurent au-dessus du dôme du Stade de Diamant. L’une d’elle était un hélicoptère qui portait le mon du Scorpion, l’autre était un grand vaisseau large qui ressemblait à un scarabée géant. Les deux vaisseaux tournaient l’un autour de l’autre, échangeant des tirs de mitrailleuses en rafales soutenues. La foule se mit à paniquer, hurlant et courant dans les tribunes. Les Berserkers et les Steelboys quittèrent le terrain.

"Par Amaterasu !" S’exclama Toshimo, "C’est un Scarabée du Senpet !"

"Cet hélicoptère est grillé," remarqua Yasu, observant le vaisseau Senpet bien plus maniable qui tournait autour de ce dernier.

Et comme le prédit Yasu, le Scarabée descendit un peu et tira une paire de petits missiles à partir d’une rampe qu’il avait entre ses pattes antérieures. L’un d’eux toucha l’appareil Scorpion au rotor arrière, le faisant partir en vrille. L’autre missile, comme devenu fou, frappa le dôme du Stade et explosa, libérant une pluie de décombres. L’hélicoptère Scorpion tournait maladroitement sur lui-même, descendant rapidement vers le sol et atterrissant brutalement au centre du terrain de base-ball.

"Bon pilote," remarqua Yasu, en regardant à travers les jumelles des Hida Berserkers qu’il avait achetées au stand de souvenirs, "Il s’en est bien sorti."

"Il n’avait aucune chance contre ce Scarabée," répondit Toshimo, "C’est leur machine de guerre la plus moderne ! Qu’est-ce que je ne ferais pas pour pouvoir mettre les mains sur l’une d’entre elles !"

"Peut-être qu’ils me le donneraient, si je leur demandais gentiment ?" Demanda Yasu.

Tournant et descendant vers le Stade, le Scarabée s’approchait de l’hélicoptère endommagé pour lui porter le coup final. Le pilote Scorpion et son équipage en sortirent, courant pour se mettre à couvert.

"Ne me dis plus jamais que je ne t’ai jamais rien offert," répondit Yasu. Il tourna sa casquette de base-ball à l’envers, et sauta au-dessus de la barrière sur le terrain.

"Non, Yasu !" Dit Toshimo, mais il savait déjà qu’il était trop tard. Il courut hors des tribunes, en direction du garage.

Le jeune Crabe, sans armes ni armure, sprinta à travers le terrain de base-ball, vers la carcasse de l’engin Scorpion. Le Scarabée tournait sur lui-même, dans les airs, arrosant le terrain avec des tirs aléatoires. Yasu plongea, roula, et se remit sur ses pieds pour courir.

"Tirez-vous de là, crétin !" Cria un samurai en armure rouge et noire à Yasu, alors qu’il courait dans le sens opposé.

Yasu l’ignora. Le Scarabée commença à tirer avec ses mitrailleuses en direction des Scorpions qui fuyaient. Quatre des six Scorpions se firent descendre, en hurlant, et Yasu se mit à courir encore plus vite. Il plongea dans la carcasse de l’appareil, juste à temps pour éviter une rafale, roulant entre les sièges des pilotes.

"Par pitié, dites-moi que les systèmes d’armement de l’appareil fonctionnent toujours," marmonna-t-il, en activant des interrupteurs sur le panneau de contrôle, "S’il vous plaît, dites-le-moi."

Le Scarabée se plaça en face du cockpit, préparant ses lance-missiles pour tirer à nouveau.

"Marrant," dit Yasu en grimaçant, "J’ai exactement eu la même idée."

Un hélicoptère Scorpion est équipé avec une réserve de huit missiles Tangen, qui font partie des missiles air-air les plus puissants et plus mortels. Généralement, seuls deux ou trois de ces missiles sont tirés par l’artilleur en même temps, car le recul a tendance à dévier l’angle des tirs suivants, et peut aussi diminuer le contrôle qu’a le pilote sur l’appareil.

Yasu tira tous les missiles d’un coup, sans même prendre le temps de les verrouiller sur la cible.

Six des missiles heurtèrent le Scarabée, explosant dans une grande sphère de feu. Deux autres sortirent du dôme ; Yasu pria pour qu’ils touchent les immeubles de la Grue. Le Scarabée se mit à piquer du nez, plongeant en direction de l’hélicoptère qu’il avait abattu. Yasu sauta hors de l’appareil avant que le Scarabée ne s’écrase avec un bruit de tonnerre. Il roula sur le terrain pour éteindre les flammes qui avaient commencé à brûler sa vareuse des Berserkers, puis il se remit debout.

Le Scarabée gisait sur un flanc, le trou enflammé dans sa coque avait la taille d’un éléphant.

Une rampe s’ouvrit à l’arrière du Scarabée, libérant un groupe de douze soldats en armures noir et or. Le sourire de Yasu s’estompa. "Merde," dit Yasu, "Ce truc est vraiment solide s’ils sont capables de survivre à ça !"

Yasu était encore proche des deux appareils détruits, et les soldats ne l’avaient pas encore remarqué. Il pouvait courir ; ils ne sauraient jamais qu’il était là. Ils ne sauraient jamais qu’il s’est échappé. Les quatre Scorpions étaient toujours étendus sur le sol, morts ou blessés, et faisaient des cibles faciles pour les Senpet. Les gens de la foule paniquaient, des centaines d’entre eux se ruaient vers les sorties mais ne pouvaient pas s’échapper à cause des débris et du chaos en général.

"Nom d’un chien, Yasu," ajouta-t-il, "Il faut toujours que tu choisisses les moments les plus stupides pour devenir un héros." Il regarda autour de lui pour trouver une arme, et il remarqua qu’il se trouvait sur une base du terrain. Une solide batte de base-ball en chêne gisait à ses pieds. Il la soupesa d’une main, comparant sa taille et son poids à ceux d’un tetsubo.

Yasu chargea, hurlant et faisant tournoyer la batte. Les Senpet se retournèrent, effrayés. "Bienvenue à Otosan Uchi !" Hurla-t-il, faisant tomber le premier d’entre eux avec un coup rapide à la base du crâne. Yasu attrapa le fusil de l’homme à terre et se jeta à couvert derrière l’un des moteurs du Scarabée, puis il commença à arroser les autres.

"Tuez-le !" Cria le commandant Senpet, qui tomba immédiatement en se tenant la gorge. Yasu regarda sur le côté et vit que les deux Scorpions survivants étaient accroupis dans un trou, en train de tirer à leur tour pour l’aider. Ils étaient vraiment bons tireurs, eux aussi. Bien plus qu’il ne s’y attendait, venant de Scorpions. Par contre, ce n’est pas ça qui allait les aider ; les Senpet étaient toujours largement supérieurs en nombre.

"Bienvenue à Otosan Uchi !" Cria-t-il à nouveau, "Patrie des Berserkers !" Il continua à tirer, descendant deux autres Senpet et vidant son arme. Une balle l’atteint à l’épaule, le projetant sur le sol. "Je n’aurais jamais dû laisser mon armure dans la voiture," grogna-t-il alors que le Senpet le mettait en joue à nouveau.

Le bruit du klaxon d’un camion résonna à l’autre bout du stade, et le mur explosa. Un monstrueux camion noir et gris s’extirpa des débris, une tête démoniaque en pierre grimaçant au sommet du bélier monté à l’avant du camion. Une paire d’énormes mitrailleuses Gatling surgirent sur les côtés de la cabine, tirant des rafales de métal fondu dans la coque du Scarabée, où les Senpet venaient de plonger pour se mettre à couvert, éparpillant plusieurs d’entre eux sur le gazon. Les cinq soldats restants tirèrent quelques coups de feu sur le juggernaut, puis se mirent à fuir à travers le terrain de base-ball, et les Scorpions les descendirent sans pitié, en leur tirant dessus par derrière.

Le camion crissa des pneus pour s’arrêter à côté des épaves des deux engins, en donnant un coup de klaxon final. Yasu tituba jusqu’à la portière du conducteur, juste au moment où Toshimo l’ouvrit, une grimace de satisfaction sur le visage.

"Oncle Toshimo !" Dit Yasu, "Comment as-tu pu sortir aussi vite du parking ?"

"J’étais déterminé," dit Toshimo, hochant la tête tout en observant la destruction que le véhicule avait semée, "Les gens avaient vraiment envie de ne pas se trouver sur mon chemin. Tu as vraiment été stupide, sur ce coup-là, Yasu."

"Ouais, mais c’était marrant," dit-il.

"Tu as été touché ?" Demanda Toshimo, en regardant l’épaule de Yasu.

"Ouais," répondit-il, "Maintenant, sors de mon camion. Mon armure est dedans."

L’un des deux Scorpions restant marcha jusqu’au camion, de façon calme et majestueuse. "Merci à vous, Crabes," dit-il avec un salut plein de fioritures, "Je suis Bayushi Taigo du Clan du Scorpion. Shosuro Hanzo et moi-même avons une dette envers vous, pour ce sauvetage opportun et… mémorable."

"Pas de problèmes," dit Yasu, jetant la batte de base-ball à l’arrière de son camion et sortant son tetsubo escamotable en titane, "Je suis Hida Yasu et voici Kaiu Toshimo. Je suppose que ce n’était pas un incident isolé ?"

"Pas vraiment," dit Taigo, en jetant un regard de l’autre côté du terrain, en direction de son camarade, qui inspectait les corps des Senpet pour trouver des survivants, "La cité est envahie par le Senpet."

"Génial," dit Toshimo, hochant la tête alors qu’il testait l’équilibre d’un grand pistolet que Yasu venait de lui tendre, "Vraiment magnifique. C’est tout ce dont la cité a besoin pour l’instant. Vers où vont-ils ?"

"Le Palais de Diamant," dit Hanzo, en rengainant son pistolet fumant dans son holster, tandis qu’il courait pour les rejoindre.

"Alors je suppose que nous ferions mieux de les arrêter," répondit Yasu, en mettant son jingasa d’acier. "Je vous dépose quelque part, vous deux ?"


"Folie !" Cria Doji Meda, écrasant son poing sur son bureau en cristal bleu, "De la démence pure ! Qu’ont-ils à gagner ?".

Asahina Munashi se tenait debout derrière le Champion d’Émeraude, calme et maître de soi. L’enfant qui l’accompagnait se tenait debout non loin, jouant avec une petite poupée. "Le Senpet est encerclé, blessé, sans aide," dit le prêtre avec un sourire triste, "Qui peut prédire ce que des gens dans une telle situation feront ?"

Meda s’avança jusqu’à la fenêtre. De la haute tour Dojicorp, il pouvait voir les feux se répandre inexorablement à travers la cité, depuis la Baie du Soleil d’Or et en direction du Palais.

"Je n’aurais jamais cru voir un jour un tel spectacle dans la Cité Impériale," dit Meda, croisant les bras derrière son dos et hochant la tête.

"Jaloux ?" Demanda Munashi.

"Je vous demande pardon ?" Répondit Meda, se retournant rapidement.

"Ce n’est rien de plus que ce que vous aviez prévu vous-même, mon ami," dit calmement Munashi, faisant courir ses doigts flétris le long de l’Épée Ancestrale du Clan de la Grue, montée sur un présentoir d’acier et de cristal, sur le bureau, "Ils cherchent simplement à faire cesser la folie de Yoritomo."

"Mais je—" Meda se figea, son visage rongé par le doute, "Je n’avais jamais prévu quelque chose comme ça…" il indiqua la fenêtre avec un mouvement de la main.

"Vraiment ?" Demanda doucement Munashi, "La route vers Jigoku est pavée de bonnes intentions, Meda." Le prêtre sourit à l’enfant, tandis qu’il jetait sa poupée en l’air. "On ne fait pas changer les choses sans sacrifices."

"Que suggérez-vous, Munashi ?" Demanda froidement Meda.

"Tsuruchi Kyo a disparu. En tant que Champion d’Émeraude, vous commandez à présent les forces armées Impériales d’Otosan Uchi ainsi que vos Grues," répondit Munashi, "Je suggère simplement que vous reconnaissiez une opportunité lorsqu’elle se présente."

Meda regarda à travers la fenêtre pendant un long moment, le visage déchiré par son indécision. Munashi contempla calmement la fresque que Kakita Inoue avait peinte sur le mur, tandis que l’enfant gloussait tout bas. Prenant sa décision, Meda retourna à son bureau et s’empara du téléphone.

"Hai, Meda-sama," répondit Daidoji Eien, le nouveau capitaine de la Garde de la Maison Doji. Des coups de feu pouvaient être entendus à l’arrière plan.

"Retirez-vous," dit Meda, "Je veux que la Garde se déploie en un rideau défensif autour de Dojicorp et des alentours. Nous sommes en position vulnérable, ici."

"Mais monsieur," dit Eien, la voix incertaine, "Le Senpet semble se diriger vers le palais. Si nous faisons maintenant un assaut de concert avec les Scorpions et les Mantes, nous serons supérieurs en nombre. Tout particulièrement avec les Licornes et les Lions qui arrivent."

"Les Scorpions et les Mantes pourront s’en charger eux-même," répondit Meda, "Votre maison n’est pas défendue. Revenez immédiatement."

"Oui, Meda-sama," dit Eien à contrecœur, "Eien terminé."

"Vous voyez ?" Dit Munashi lorsque Meda reposa le téléphone, "Ce n’est pas si difficile. Aucun mal n’a été fait. Aucun mauvais coup. Si le Senpet parvient à frapper notre Empereur fou, ce n’est pas notre faute."

"Alors pourquoi est-ce que je me sens comme un traître ?" Demanda Meda d’une voix enrouée.

"Ce sentiment passera, mon ami," répondit Munashi, "Lorsque Rokugan sera à nouveau sain et sauf."

"Nous verrons," répondit Meda, "Munashi, s’il vous plaît, laissez-moi. Je préfère rester seul avec ma couardise."

"Pas couardise," répondit Munashi, "L’héroïsme est défini par ses résultats. Viens, Pekkle. Meda-sama est un homme important. Il a encore beaucoup de choses à penser." Le vieux shugenja croisa ses bras dans ses manches et avança jusqu’aux portes du bureau, sortant dans un bruissement de soie bleue, alors que Pekkle passait juste derrière lui.

Meda resta debout à la fenêtre pendant un long moment, regardant l’avancée des puissants vaisseaux Scarabées du Senpet, et leurs légions de Djinns. Les Scorpions reculaient lentement devant eux, battus par la magie et leur puissance de feu brute. Les Mantes luttaient pour conserver un accès dans la baie, mais étaient sans cesse repoussés. Les Senpet avaient déjà fait les trois-quarts du chemin pour arriver au Palais de Diamant, et se trouvaient maintenant juste à côté du Musée d’Histoire Naturelle.

Une poigne froide étreint le cœur de Meda.

Il retourna à son bureau, prenant le téléphone.

"Oui, Seigneur Meda ?" Dit la voix de son secrétaire.

"Où est ma fille ?" Demanda-t-il, la voix pleine de crainte, "Où est Kamiko ?"

Il connaissait déjà la réponse.


Kamiko était debout sur les marches du musée, regardant fixement dans la rue alors que le vent nocturne fouettait son kimono. Le tonnerre grondait dans les rues.

"Les explosions se font plus proches," dit-elle.

"Peut-être devrions-nous retourner à l’intérieur," répondit Maseto, "Quoi que ce soit qui se passe pour l’instant, ça ne concerne probablement pas le musée."

"J’espère que Kameru a pu rejoindre sa maison sans problèmes," dit-elle, tracassée.

"Il nous a quittés, il y a déjà des heures," répondit son yojimbo, "tout comme nous aurions dû le faire." Les rues tremblèrent alors qu’un autre missile Senpet tomba. "Maintenant, allons nous mettre à couvert, Kamiko-chan."

Un grand Scarabée apparut rapidement dans le ciel, crachant du feu et de la fumée. Il s’écrasa brutalement sur la rue, juste à une centaine de mètres du musée, s’arrêtant avec un son de métal torturé, écrasant trois voitures garées et la vitrine d’un magasin.

"Peut-être avez-vous raison," dit Kamiko, se retournant et remontant les marches. Elle poussa les portes du musée et courut à l’intérieur. Maseto la rejoint quelques instants plus tard.

"Par les Larmes de Dame Doji !" Jura Maseto, en regardant à travers les fenêtres de la porte en direction de la carcasse, "Les troupes à l’intérieur de ce vaisseau ont survécu au crash !"

"Qu’est-ce que les Senpet font à Rokugan ?" Demanda Kamiko, en regardant au-dessus de l’épaule de Maseto et observant les soldats en armures noires et or qui se traînaient hors du vaisseau détruit.

"Une mission de vengeance, sans aucun doute," répondit Maseto, "Rokugan a beaucoup de sang sur les mains, aujourd’hui."

"Bien, nous devrions être en sécurité ici," dit Kamiko, "Qu’est-ce qu’ils voudraient faire d’un musée ?"

Maseto se renfrogna. "Regardez," dit-il en indiquant du doigt l’un d’entre eux. "Cet homme, le petit avec un bâton court. C’est un sahir, l’équivalent Senpet de nos shugenja."

"Et ?" Demanda Kamiko.

"Vous oubliez, Kamiko," répondit le yojimbo, "que l’histoire de Rokugan est riche en magie. Pour celui qui possède la connaissance appropriée, ce soi-disant musée est un véritable arsenal. Il a déjà senti la puissance dans cet endroit, sans aucun doute."

Et comme il l’avait prédit, le sahir s’était déjà tourné vers le musée et l’indiquait du doigt, et les soldats s’avançaient dans la rue, dans leur direction.

"Nous devrions partir," dit Maseto, se retournant, "Il devrait y avoir des sorties de secours—"

"Vous partez déjà, petits mortels ?" Rit une voix derrière eux, et haut-dessus. Kamiko et Maseto se retournèrent, mais ne virent personne.

"Une présence hostile," dit Maseto.

"Exactement," répondit la voix. Une brise soudaine se mit à tourner au centre du vestibule d’entrée, et une brume se leva et prit la forme d’un géant. Il portait un pantalon ample et une veste, ainsi qu’une paire de grandes cornes sur les côtés de sa large tête.

Maseto sortit son pistolet, tirant plusieurs coups sur la poitrine du géant. Ce dernier se mit à rire, un rire tonitruant et arrogant.

"Fous !" Cria-t-il, "Je suis le Djinn de la Nouvelle Lune ! Il est temps pour vous de souffrir comme mes frères et mes sœurs de la Cité des Contes ont souffert. Votre chapitre dans l’histoire est terminé, Rokugani !"

Le djinn frappa les mains l’une contre l’autre, créant un éclair de lumière et une onde de force qui déchira le vestibule, faisant tomber les meubles et les statues. Maseto fut projeté contre le mur, son épée tombant sur le sol. Kamiko fut jetée au sol, se cachant derrière l’un des divans du musée lorsque l’onde passa sur elle.

"Maseto !" Cria-t-elle, "Vous allez bien ?"

"Arghhh…" gémit Maseto, s’appuyant le dos au mur, le sang s’écoulant par une entaille qu’il avait au front. "Je crois que ma jambe est cassée, Kamiko," dit-il, attrapant quelque chose qu’il portait à la ceinture, "Sortez d’ici !"

"Oui, cours petite Kamiko," rit le djinn, flottant vers eux à travers le vestibule et donnant négligemment un coup de pied dans une statue renversée d’Hantei III, "Nous, les Djinn, adorons la chasse."

Kamiko se remit sur pied, fixant l’esprit du regard.

"Kamiko, PARTEZ !" Hurla Maseto. Kamiko l’ignora.

"Tu as beaucoup d’ardeur, petite fille," dit le Djinn, souriant, "Mais est-ce suffisant ?"

"Devine," dit Kamiko.

Le djinn se mit à rire et frappa le sol d’un coup de pied, créant une autre vague dans sa direction, qui déchira le sol et envoya virevolter les dalles. Kamiko sauta sur le côté, au moment où le divan fut coupé en deux, puis elle s’engouffra dans les escaliers et se mit à courir jusqu’à l’étage suivant.

"Reviens, petite fille !" Demanda le djinn, "Nous n’avons pas encore terminé !"

Kamiko put entendre le rire du Djinn de la Nouvelle Lune gagner en puissance et se rapprocher, et elle courut de plus belle pour monter au prochain étage. Il devait y avoir quelque chose. Maseto avait dit que le musée était un arsenal. Il devait y avoir quelque chose qui pourrait tuer un djinn. Elle ne parvenait pas à se souvenir d’une chose au second étage qui pouvait coller à cette description. Elle continua de grimper les escaliers en courant, évitant une statue grandeur nature de Kakita Toshimoko et la faisant tomber dans les escaliers.

"GRAAGGHH !" Rugit le djinn au milieu d’un bruit de pierre brisée. "Un tour astucieux, ma petite, mais pas encore assez astucieux pour m’avoir !"

Kamiko courut jusqu’au troisième étage. Il était complètement vide, avec nul endroit pour se cacher et seulement des présentoirs de verre pour exposer des armes célèbres.

Au centre de la pièce, Yashin brillait.

Le Djinn de la Nouvelle Lune surgit en riant au troisième étage, le corps entouré d’éclairs bleus crépitants. "Ta course touche à sa fin, petite fille !" Cria-t-il, "Il n’y a plus d’escaliers, maintenant !"

Kamiko se retourna, étreignant Yashin des deux mains.

Le djinn releva un sourcil et sourit. "Une épée," dit-il, "Le pistolet de ton ami n’a pas fonctionné alors tu utilises une épée. Je devrais te prévenir, mortelle, que la magie Rokugani ne peut hélas pas blesser ceux de mon espèce."

Kamiko ne répondit rien. Le katana semblait luire d’une lueur blanche.

"Qu’il en soit ainsi, alors," dit le djinn. Il frappa les mains l’une contre l’autre, créant une autre vague de force.

Kamiko resta debout au centre de la pièce, alors que les présentoirs de verre et les meubles éclatèrent tout autour d’elle. Le djinn s’arrêta, confus. Kamiko le chargea, sa lame fendant les airs.

"Mortelle, ta lame pathétique—"

Le djinn tomba à genoux, une entaille profonde en travers de son estomac. Du sang blanc étincelant coula de la blessure. "Comment ?" Demanda-t-il, le visage en proie à la terreur et à la stupéfaction.

Kamiko frappa à nouveau, ouvrant la gorge du djinn. Le Djinn de la Nouvelle Lune se dissipa en un nuage brillant, ressemblant à un tapis d’étoiles, et disparut. Kamiko resta debout à côté du djinn tandis qu’il se dématérialisait, se délectant de la mort et de sa victoire.

Et puis, prise d’un hoquet, elle redevint elle-même, se libérant de l’influence d’Ambition, et réalisant la situation. "Maseto !" S’exclama-t-elle, comprenant qu’il était toujours au rez-de-chaussée. Peut-être que les soldats du Senpet étaient déjà en bas.


"Par ici, Capitaine Rathma !" Cria l’un des soldats, "J’ai trouvé quelqu’un !"

"Excellent," répondit Rathma, traversant le vestibule en faisant cliqueter le bout de son bâton sur les dalles. "On dirait une Grue," remarqua le magicien. "Ce sont ceux qui sont cultivés. Peut-être qu’il pourrait nous aider, non ? Tu peux être notre guide personnel dans cette petite cache aux trésors ? Je suis prêt à faire preuve de clémence si tu obéis, Grue. Une bien meilleure offre que celle que votre Empereur a faite à notre peuple."

Le garde du corps de la Grue était affalé sur le sol, les mains agrippées à sa poitrine. Les autres soldats se réunirent autour de lui, pointant leurs armes sur lui.

"Qu’est-ce qu’il fait ?" Demanda Rathma d’un air méfiant, "Il est blessé ?"

"Non," dit Maseto, relevant les yeux avec un sourire diabolique sur le visage. Il étreignait une petite boite noire dans ses mains.

Rathma fit un pas en arrière, fixant le guerrier Grue d’un air craintif. "Que-" balbutia Rathma, "Qu’est-ce que vous allez faire ?"

"Ce que je dois faire," dit Maseto. La boite explosa, et le vestibule se remplit d’un feu intense.


"Par Jigoku, qu’est-ce qu’il se passe dans cette cité ?" Demanda Otaku Kojiro, en ouvrant la porte de son bureau à la volée et en évitant de justesse d’assommer un des agents qui passait devant elle.

"On dirait que c’est une sorte d’émeute au niveau du port," dit Shinjo Chikafusa, en se dépêchant de venir vers le capitaine, "Nous avons reçu un message étrange de l’officier Shinjo Rakki qui est sur place."

"Qu’est-ce qu’il a dit ?" Demanda le capitaine.

"Et bien," gloussa Chikafusa, "Vous n’allez pas le croire."

"Qu’est-ce qu’il a dit ?" Demanda Kojiro en élevant la voix. Tout le monde dans le bureau se tourna vers lui.

"Hum…" répondit Chikafusa nerveusement, "Il dit que le Senpet nous envahit."

Otaku Sachiko se redressa, alors qu’elle était en train de remplir des papiers à son bureau, s’invitant dans la conversation. "Le Senpet ?" Demanda-t-elle, "Comment ont-ils pu franchir les patrouilles de la Mante sans que personne ne les remarque ?"

"Je n’en sais rien, Sachiko-san," répondit Chikafusa, "La communication a été coupée brutalement. Nous avons envoyé plusieurs officiers la-bas."

L’ascenseur au bout du bureau s’ouvrit, et trois Vierges de Bataille en armures en sortirent. Celle qui les dirigeait était une grande femme d’âge moyen avec des cheveux poivre et sel et un visage de marbre. Elle s’avança vers Kojiro, le visage sombre.

"Daimyo Otaku Shoda," dit Kojiro, en s’inclinant devant la femme, "Qu’est-ce qui vous amène à la Tour Shinjo ?"

"La cité est attaquée," dit-elle sans préambule, "Les Scorpions se sont déjà joints à la bataille. Je vais avoir besoin de toutes les Vierges de Bataille que vous pouvez mettre à ma disposition. Nous partons immédiatement."

"C’est sérieux à ce point-là ?" Demanda Kojiro.

"Serais-je ici si ça ne l’était pas, Otaku ?" Demanda-t-elle, ses yeux se rétrécissant. Otaku Shoda était la Vierge de Bataille la plus importante de la cité, et bien que les Vierges travaillent en général avec la police, elles faisaient encore techniquement partie de la branche militaire du Clan de la Licorne. Les ordres de Shoda étaient plus importants que ceux de Kojiro ou de tout autre agent de police, bien que cela n’arrive pas fréquemment.

"Je suppose que non," répondit Kojiro, "Sachiko ici présente va vous guider aux autres. Le reste de mes hommes et moi-même sommes à votre disposition, si vous avez besoin de nous."

"Si vous jugez que ce sera nécessaire," dit Shoda, en cachant à peine son mépris connu pour les magistrats Shinjo.

Les lumières du bureau se mirent à clignoter subitement, puis s’éteignirent. Un murmure confus parcourut la pièce.

"Coupure de courant ?" Demanda Sachiko, en cherchant les lumières.

"Trop belle coïncidence," dit Shoda. Elle dégaina un grand pistolet qu’elle portait au flanc, elle appuya sur un bouton sur le côté de celui-ci, ce qui le transforma instantanément en une lance longue d’un mètre quatre-vingt. Sachiko et les trois autres Vierges de Bataille firent la même chose.

"Les générateurs auxiliaires auraient dû reprendre le relais, maintenant," dit Chikafusa, aveuglé par les ténèbres.

"Officier Otaku Sachiko à la Tour Shinjo," dit Sachiko dans sa radio portable, "Quelle est la situation ?"

Il n’y eut pas de réponse.

"Qu’est-ce qui se passe ?" Demanda Kojiro, "Où est l’opérateur ?" Il lui prit la radio des mains. "Opérateur, c’est le capitaine Otaku Kojiro du trente-neuvième étage. Répondez."

Un sifflement fut le seul son à sortir de la radio.

"Rien que des parasites," dit Chikafusa.

"Ce ne sont pas des parasites…" dit Kojiro.

"Heh…" dit la radio, "Heh heh… heh heh… heh…"

L’ascenseur fit soudain un "ding !".

"A terre !" Dit Sachiko, réalisant que l’ascenseur aurait lui aussi dû être sans courant comme toutes les autres choses ici. Elle sauta derrière un bureau proche juste au moment où deux hommes en vestes de cuir et bandanas surgirent de l’ascenseur et inondèrent le bureau avec des rafales.

Chikafusa hurla et fut projeté en arrière, à travers la porte du bureau d’Otaku Kojiro, éparpillant du verre brisé tout autour de lui. Une des Vierges tomba, elle aussi, son naginata claqua sur le sol. Shoda et les autres Vierges trouvèrent un couvert, et Kojiro bougea avec une agilité surprenante, plongeant derrière une énorme plante en pot. Le reste de la demi-douzaine d’officiers dans le bureau tombèrent sous les balles, blessés ou pire.

Sachiko attendit que le feu cessa, puis roula sur le côté pour se mettre en position avec un genou à terre et visant de la pointe de son naginata, au-dessus d’un bureau. Les deux hommes étaient partis, mais l’ascenseur était resté ouvert. Elle continua de viser en direction de la porte ouverte. L’autre ascenseur sonna, et s’ouvrit lentement. Un homme en émergea un moment plus tard et elle tira, le touchant directement au visage.

L’homme trébucha, la moitié de son visage arraché par la puissance du fusil, puis se redressa. Il grimaçait, malgré le fait qu’il ne lui restait que la moitié de la bouche. C’était un homme très pâle, qui ne portait qu’une simple chemise blanche. "Heh heh heh…" gloussa-t-il, quittant l’ascenseur et s’avançant vers les Licornes. "A moi ?" Bafouilla-t-il.

"Une goule !" Dit Shoda, jetant un regard au-dessus du bureau derrière lequel elle s’était accroupie, "Des nécromants !"

"Qu’est-ce qu’on fait ?" Cria l’une des autres Vierges.

Sachiko se releva et tira quatre autres coups de feu sur la goule, la touchant deux fois à la poitrine et éclatant le reste de sa tête avec les deux derniers coups. Elle tomba sur le sol, prise de convulsions. Sachiko se laissa retomber derrière son bureau.

"A moi !" Cria une autre goule, titubant hors de l’ascenseur et tournant lentement sa tête sur un cou rigide. Deux autres sortirent derrière la première, avançant d’une démarche maladroite avec leurs bras tendus.

Une autre Vierge se releva, pointant son naginata le mieux possible, malgré ses mains qui tremblaient. Les deux hommes émergèrent du premier ascenseur, se tenant à couvert derrière les goules et lui tirèrent dessus.

"Nakao ! Non !" Hurla Shoda alors que la fille tombait sur le sol.

"A MOIII !" Hurla l’une des goules, avançant rapidement et sautant sur le corps.

"Non !" Cria Shoda, pointant son fusil au-dessus du bureau. Les deux hommes ouvrirent le feu à nouveau, en riant. Shoda se laissa retomber à couvert, en jurant.

"A moiii !" Caquetèrent les goules d’un ton diabolique, parmi les sons de mastication et d’armure qu’on déchire.

"Par l’enfer, que se passe-t-il ?" Se lamenta Kojiro, "Qu’est-ce qui est arrivé aux autres étages ?"

"Les Chacals sont là !" Hurla l’un des hommes. "Au nom de Massad, je vous souhaite la bienvenue dans la Cité des Os, Licornes !" Il rit tout en tirant partout dans le bureau, brisant le distributeur d’eau et l’énorme vitre qui dominait l’un des murs.

Shoda s’assit par terre, bouillonnante de colère. Se relever les mèneraient à une mort certaine, mais attendre reviendrait au même résultat. Sachiko jeta un coup d’œil sur le côté de son bureau et rencontra son regard. Les Vierges de Bataille se firent l’une et l’autre un signe de tête.

Elles se redressèrent toutes les trois, leurs naginatas s’embrasèrent. Une des goules tomba immédiatement, sous les coups de feu combinés, ainsi que le tireur qui était caché derrière elle. Une autre goule surgit de derrière les bureaux, la mâchoire dégoulinante de sang et de tendons. Elle sauta sur Shoda, les griffes déployées. Celle-ci tomba en arrière et fit tournoyer le bout de son bâton, frappant au menton et expédiant la créature au sol. Elle prit le manche du naginata d’une seule main et frappa à la poitrine, plongeant la large lame dans la cage thoracique de la créature.

L’autre tireur ouvrit le feu sauvagement et se mit à courir, plusieurs balles frappèrent le dos de la goule restante. Elle regarda derrière elle avec curiosité, puis se mit à avancer en direction de Sachiko alors qu’elle tentait de recharger son naginata. La goule saisit une armoire à dossiers des deux mains, et la souleva au-dessus de sa tête. Le monstre émit un petit rire saccadé et grimaça, prêt à lancer son projectile improvisé.

"A moi !" Siffla-t-elle.

"Si tu le dis," dit Sachiko. Elle visa et toucha la goule au poignet, brisant les os. La créature regarda en l’air, les yeux écarquillés au moment où elle lâcha l’armoire qui s’écrasa sur sa propre tête. La goule fut écrasée sous le poids du métal.

L’ascenseur se referma lentement. Shoda tira trois coups de feu sur les portes, trop tard. Elle gronda de fureur, faisant rétrécir son naginata et le rangeant à sa ceinture.

"Kojiro !" Hurla-t-elle, "Comment avez-vous pu laisser quelque chose comme ceci arriver ? C’est une faille inexcusable dans la sécurité !"

"Je ne sais pas comment ces créatures ont pu rentrer dans la Tour !" Dit le capitaine, émergeant de sa cachette et courant vers Chikafusa, "Notre sécurité est la meilleure après celle du Palais lui-même !"

"Seulement pour les gens qui essayent de rentrer," dit Sachiko, s’agenouillant et examinant le corps d’une des goules.

"Qu’est-ce que tu veux dire ?" Demanda Kojiro.

"Regardez ici," dit Sachiko, en indiquant le corps, "Regardez ses vêtements. Et cette cicatrice sur sa poitrine. C’est une cicatrice d’autopsie. Ces choses proviennent de notre propre morgue. Il ne faut qu’un seul nécromant à l’intérieur, et ils ont une armée, prête à ouvrir nos portes pour les autres."

Les lumières de la pièce vacillèrent, et recommencèrent à fonctionner normalement. Sachiko et Shoda avancèrent jusqu’à la fenêtre, regardant dans les rues, tout en bas. Des escouades de voitures de police Shinjo se trouvaient en-dessous, et des samurai en armures pourpres tiraient sur des goules dans la rue.

"Des renforts," dit Shoda d’un ton inerte, "Quelque chose ou quelqu’un a du donner un appel de détresse."

"Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une coïncidence," dit Sachiko en hochant la tête.

"Que veux-tu dire ?" Demanda Shoda, en se tournant vers la jeune femme.

"Celui qui a créé toutes ces créatures a une intention : nous contenir à l’intérieur de la Tour Shinjo. Si les Licornes se battent ici, alors que se passe-t-il dans le reste d’Otosan Uchi ?"

Un gémissement profond émergea de la cage d’escalier et une autre goule surgit dans le couloir, vêtue de l’uniforme des officiers Licorne. Shoda et Sachiko se retournèrent toutes les deux, incapables de dire un mot, et ouvrirent le feu avec leur naginata à plusieurs reprises, mettant le mort-vivant en pièces.

"On dirait que la nuit va être longue," dit Sachiko en soupirant.


"C’est toi le nouveau, pas vrai ?" Demanda la fille.

"Oui," répondit Jinwa, en relevant les yeux de son livre.

"Celui qu’ils appellent Ginawa ?" Demanda-t-elle. Elle semblait avoir dix-huit ans, elle était pâle et relativement mignonne.

"Je suppose que c’est bien moi," répondit-il.

"Je suis Shima," dit-elle, "mais ils m’appellent Akiyoshi."

"La geisha qui a aidé Hoturi à s’échapper des Scorpions," dit Jinwa avec un petit sourire.

"Tu la connais ?" Répondit la fille, impressionnée, "Ouah. Il y a très peu de gens qui s’en souviennent. Lorsque je suis venue ici, par exemple, j’étais la seule. Ma maman avait l’habitude de me raconter des histoires."

"Et elle représente ton totem ?" Demanda Jinwa, replongeant dans son livre.

"Et bien, oui, nous avons beaucoup de choses en commun," répondit la fille, tirant une chaise de sous une table proche et s’asseyant.

Le restaurant n’était pas fort peuplé à cette heure de la journée ; il ne l’était jamais, de toute façon. C’était le pire quartier de la ville, et il y avait fort peu de clients, bien que ceux-ci aient toujours empêché qu’une émeute puisse se produire. Son propriétaire était l’un des membres de cette soi-disant Nouvelle Armée de Toturi, un vieux et gros soldat à la retraite qui se faisait appeler Shotai. L’Armée utilisait le restaurant comme quartier général, et plusieurs membres vivaient en réalité dans les chambres à l’étage. Jinwa était l’un d’entre eux, dernièrement. Mais il n’avait pas beaucoup d’autre choix.

"Qu’est-ce que tu lis ?" Demanda la fille.

"De la poésie," répondit Jinwa, pliant le coin d’une page et fermant le livre, "Écrite par un de mes bons amis."

"C’est comme ces trucs de la Grue ?" Demanda-t-elle.

"Pardon ?" Dit-il.

"Oui, j’ai entendu dire que tu étais une Grue, avant. Ils lisent de la poésie et tous ces trucs-là, non ?"

"Oui, je suppose, mais la culture n’est pas le domaine exclusif des Doji, ma chère. Tout le monde peut et devrait élargir son horizon culturel lorsque c’est possible, c’est un simple-"

"Je déteste interrompre les gens," dit un homme grisonnant en long manteau noir, en posant ses poings sur la table, "mais on a du boulot."

"Tokei," dit Jinwa, "Tu as bu."

"Ça m’aide, crois-moi," dit Tokei, "La magie est plus facile lorsque je n’entends pas les esprits qui me répondent. Je suis sérieux, par contre. On doit y aller."

"Que se passe-t-il ?" Demanda Akiyoshi.

"Rien pour toi, mon p’tit sucre," répondit Tokei, "Tu es encore trop nouvelle, ici."

"Mais lui aussi il est nouveau !" Elle pointa le doigt vers Jinwa.

"Lui," dit Tokei, en imitant son geste, "C’est un ancien soldat, yojimbo, et instructeur de iaijutsu. Toi, tu n’es qu-"

"Ne dis rien, Tokei," dit-elle, se relevant soudain avec un air dangereux dans son regard. "N’en dis pas plus."

Elle se retourna et se rua vers les escaliers. Tokei la regarda partir en souriant.

"Tu as été dur, avec elle, Tokei," dit Jinwa.

"C’est comme ça. Je suis très abrupt. On laisse ça pour plus tard, Ginawa. La cité est attaquée."

"Par les Sauterelles ?" Demanda Jinwa.

"Non, il ne parlait pas au sens figuré," dit Dairya, en poussant les portes de la cuisine, et en ressortant de là avec une bouteille en main, "La cité est attaquée. Le Senpet nous envahit."

Jinwa hocha la tête. "Qu’est-ce qu’on peut faire ?" Demanda-t-il, "Nous ne sommes qu’une douzaine, à peine. Nous ne serons pas assez nombreux. Et en plus, ils ont de vraies armes."

Dairya s’arrêta un instant. "On ne se bat pas parce qu’on peut gagner," dit-il, "Mais parce qu’il y a des gens qui meurent. Maintenant, on y va."


Shinjo Rakki était épuisé. Il ne savait pas depuis combien de temps il essayait d’échapper au Senpet, ni comment il avait réussi à rester vivant. Il trébucha quelque part, mais c’était prévisible, vu son état. Il s’écroula, tête la première, dans les immondices de l’allée. Sa chance venait finalement de s’envoler.

Il se rassit le plus vite possible, pointant faiblement son pistolet vers l’autre issue de l’allée. Il était à cours de balles et les cinq Senpet qui avançaient vers lui le savaient. Il avait tué quatre autres membres de leur escouade, déjà, et ils n’étaient particulièrement pas heureux de le voir. "Reculez !" Cria-t-il, "Ne m’obligez pas à me servir de ceci !"

Le meneur ricana, rangea son fusil à son épaule, et sortit son sabre. Les autres firent pareil. "Je vais te découper le cœur, Licorne," dit le Senpet avec un accent prononcé, "mais ce ne sera pas très agréable pour toi."

"Je vous préviens !" Cria Rakki, en armant le chien de son pistolet.

Les Senpet s’arrêtèrent, leur visage pâle de frayeur. Ils se retournèrent et s’enfuirent en courant.

"Ça alors," dit Rakki, "Je ne savais pas que j’étais aussi impressionnant."

"Cesse de te vanter," dit une voix métallique derrière lui.

Rakki se retourna. "Oh, Amaterasu," murmura-t-il, "J’hallucine."

Debout derrière lui dans l’allée se trouvait un énorme robot doré. Il ressemblait fort à celui qu’on voyait à la TV, dans les Machines de Guerre Akodo, mais il était plein de bosses et criblé d’impacts de balles. Son épée géante était éraflée et un peu roussie.

"Ouais, c’est moi," dit Daniri, "Pas d’autographes."

"Comment ?" Demanda Rakki, stupéfait.

"J’ai pensé que je pouvais te donner un coup de main," répondit Daniri, "Ce costume semble être plus efficace contre leurs djinns que contre tout ce qui n’est pas magique. Tu peux marcher ?"

"Oui," dit Rakki, chancelant pour se remettre sur ses pieds.

"Bien," répondit Daniri, "Tu peux venir avec moi, alors. Je me rends au Palais."


"Je souhaite voir l’Empereur," dit Kameru, en marchant dans le couloir, en direction de la porte du bureau de son père.

"Je suis désolée," répondit la samurai-ko, barrant la route de Kameru avec son nagamaki, "Il ne veut voir personne."

Le visage de Kameru s’empourpra. Il serra les poings. "Peut-être m’avez-vous mal compris," dit-il, "Je suis venu voir mon père. Maintenant, hors de mon chemin."

La garde hésita, et puis rencontra le regard de Kameru. Elle se mit rapidement sur le côté. Kameru ouvrit en grand les doubles portes et entra dans la grande chambre devant lui, courageusement préparé à dénoncer la bêtise de son père. Il s’arrêta subitement.

L’Empereur était assis à son bureau, affalé dans sa chaise, en train de regarder fixement ses mains croisées devant lui. Il portait son armure de cérémonie, dont le métal vert brillait doucement dans la lumière tamisée de la pièce. Son heaume insectoïde était posé sur le bureau à côté de lui.

"Père," dit Kameru.

Les yeux de Yoritomo se fixèrent sur son fils. "Kameru," dit-il. Des explosions et des bruits de rafales étaient audibles, au loin. Des sirènes retentirent.

"Père, le Senpet avance vers le Palais," dit-il.

Yoritomo acquiesça.

"Père, nous devons partir," ajouta Kameru, en faisant des aller-retour sur le sol de marbre, "Nous devons battre en retraite jusqu’à ce que les armées des Clans puissent se rallier et qu’elles rejettent leurs Scarabées à la mer !"

"Partir ?" Répéta Yoritomo, "Et laisser les autres se battre pour une guerre que j’ai provoquée ? Je ne pense pas. Le Senpet ne recherche que la vengeance. Ils veulent mon sang et seulement le mien. Peut-être devrions-nous voir s’ils peuvent le prendre. Leur cause est juste, après tout."

"Qu’est-ce que vous racontez, père ?" Demanda Kameru, s’arrêtant subitement de marcher.

"Seulement qu’Ichiro Chiodo aurait peut-être dû être meilleur tireur," dit l’Empereur d’un ton amer, "Le rapport des victimes vient d’arriver, Kameru. Trois millions sept cent mille morts. Presque deux millions de plus qui ont été blessés par l’impact et les radiations. Pas loin de quatre-vingt pour cents de Medinaat-al-Salaam a été complètement détruit et le reste est complètement inhabitable."

"Vous avez fait ce que vous pensiez devoir faire, père," dit Kameru, la voix chancelante.

"Oui," répondit Yoritomo, "mais je dois toujours vivre avec la culpabilité. Combien d’innocents vont-ils encore devoir mourir, mon fils ? Combien d’entre eux vais-je devoir tuer avant que tout ceci ne se termine ?"

"Vous avez commencé cette guerre, père," répondit Kameru, la voix glaciale, "Comment suis-je sensé vous aider à outrepasser vos craintes si vous ne dites même pas à votre fils pourquoi vous avez fait ça ?"

Yoritomo éclata de rire, un rire friable et sans humour. "Tu te mettrais à croire que j’étais fou, si je te le disais."

"Et croyez-vous que ça changerait quelque chose ?" Railla Kameru.

"Tu portes les lames ancestrales," dit Yoritomo, indiquant de la main les deux cimeterres jumeaux qui étaient rengainés aux côtés de Kameru, "Tu cherches la bataille."

"N’essayez pas de changer de sujet, père," cria Kameru.

"Je ne change pas de sujet," répondit Yoritomo calmement, les yeux brillants d’un éclat malsain. "Tu es venu ici pour me sauver, pour chercher une situation de paix. Et tu portes toujours les lames. Pourquoi ?"

Kameru détourna le regard pendant un instant, puis revint à nouveau se plonger dans celui de son père. "Parce que je savais que ça se terminerait par un combat," dit Kameru, "Tout se termine toujours par un combat."

"Exactement," dit Yoritomo, se relevant et saisissant son heaume d’une main, "Un fait inévitable. Alors pourquoi vouloir l’éviter ? Si le sang doit être versé, choisis la date et le lieu, et commence la bataille avant que ton ennemi ne le fasse pour toi. Telle est la voie de Yoritomo, la voie de la Mante." Yoritomo plaça le heaume terrifiant sur sa tête, et traversa la chambre, ses bottes à semelles métalliques cliquetèrent lourdement sur le sol.

"Père, je ne comprends pas ce que vous dites," dit Kameru.

"Tu comprends," dit Yoritomo, "Tu comprends bien mieux que tu ne l’admets. Maintenant, laisse-moi partir, mon fils. Nos ennemis nous attendent."

Yoritomo quitta ses quartiers. Kameru suivit son père, après avoir hésité un instant.


Kenzo s’assit sur les marches et tapota sur son front avec un mouchoir. Il soufflait et inspirait pour retrouver son souffle, alors qu’il regardait avec étonnement toutes les marches qu’il avait déjà grimpées. Il soupira en réalisant qu’il n’avait pas encore fait la moitié du chemin. Pourtant, derrière lui, la montagne se découpait en un plateau, duquel surgissaient les créneaux noirs et immenses d’un ancien château.

"Venez, Maître Kenzo," dit Meiji, sautant souplement sur ses pieds et se retournant vers le vieux moine enrobé, "Le monastère est en vue. Nous n’avons plus beaucoup de chemin à faire, maintenant. Essayons d’y arriver avant le dîner, je suis affamé !"

"Plus beaucoup de chemin ?" Dit Kenzo en grimaçant, "Nous avons encore la plus grande partie du chemin à parcourir."

"Que voulez-vous dire ?" Répondit Meiji, en indiquant le monastère de la main, "Nous n’avons plus qu’à marcher un peu et à frapper à leur porte. Nous y sommes !"

"Tous les obstacles ne sont pas visibles, et toutes les distances ne peuvent être mesurées," répondit Kenzo, "Tu n’es jamais allé à la Griffe de l’Aigle auparavant, n’est-ce pas, jeune homme ? Tu n’as jamais eu affaire avec l’Ordre des Washi."

"Je n’ai même jamais rencontré de Washi auparavant," admit Meiji, "Mais j’ai étudié des choses sur eux. Ils sont comme nous, Maître. Des étudiants de Shinsei. Pourraient-ils être si différents ?"

Kenzo éclata de rire, en redressant sa lourde carcasse avec un petit gémissement. "Un corbeau et un aigle sont tous deux des oiseaux, mais aux yeux d’un lapin, ils ne sont pas la même chose," dit-il, "En effet, ils sont nos cousins, mais des liens familiaux ne garantissent pas toujours une confrérie. Pas même dans la Confrérie de Shinsei."

Meiji observait le vieux moine, d’un air confus.

"Disons simplement que les Frères de l’Aigle sont un groupe suffisamment petit pour qu’on puisse les oublier, mais ils ne doivent jamais être pris à la légère," dit Kenzo, "Ils sont militants, mais ils sont solitaires. Ils restent entre eux, mais ils ne doivent pas être ignorés. Ils sont simples, mais ils ne sont pas simples à comprendre."

"Simples à comprendre. Voulez-vous parler de leur vœu de silence ?" Demanda Meiji, qui reprit sa marche.

"En partie," admit Kenzo, se remettant à marcher lentement derrière le jeune moine, "Bien que l’on ne doive pas juger son prochain sur la base de l’expression de leur foi. Tu découvriras que la Voie de l’Aigle est vraiment différente de la nôtre, Meiji. Leur devoir les a consumés. Les mots ne sont qu’une distraction pour de tels hommes et femmes."

"J’ai entendu dire qu’ils étaient de grands guerriers," dit Meiji, avec un air aventureux dans son regard.

"Inexact," dit Kenzo, "La guerre est une sorte de concours, presque un jeu. Les Washi sont des gardiens, des protecteurs, et non pas des samurai. Les jeux ne les intéressent pas."

"Des gardiens ?" Demanda Meiji, s’arrêtant devant les massives portes de fer du Monastère de la Griffe de l’Aigle, "Gardiens de quoi ?"

Le regard de Kenzo se fit distant, perdu dans ses pensées. Il soupira profondément. "Prie pour ne pas le découvrir, petit Meiji," dit-il. Un grand rocher sculpté en forme d’aigle hurlant décorait le centre des énormes portes de fer, étreignant un grand anneau dans ses serres. Kenzo saisit l’anneau dans une main et le laissa tomber, créant un écho qui se répercuta dans le monastère et dans les montagnes.

Les deux moines attendirent plusieurs minutes. Pas un son n’émana du sombre bâtiment. Le soleil commençait à se coucher, à l’ouest, et une légère brume se levait de la terre.

"Il ne ressemble à aucun autre monastère que j’ai pu voir," dit calmement Meiji, en fixant les murs criblés de pointes et les tours de garde, "Il ressemble à un château. Ou a une prison."

"Tu es observateur," dit Kenzo avec un sourire nerveux, "La Griffe de l’Aigle a un passé coloré."

"Est-ce qu’ils savent que nous sommes ici ?" Demanda Meiji, avec un léger frémissement dans sa voix.

Kenzo acquiesça, regardant simplement derrière Meiji.

Meiji se retourna et découvrit six hommes qui se tenaient silencieusement en demi-cercle derrière eux. Chaque homme portait un simple pantalon de cuir, et portait un grand bâton en bambou. Ils étaient tous minces, avec des muscles bien définis et des aigles marqués au fer sur leur poitrine. Leurs yeux froids et aiguisés regardaient les deux visiteurs avec calme.

"Je suis Hoshi Kenzo de l’Ordre du Dragon," dit Kenzo, croisant les mains et s’inclinant profondément devant les hommes, "Voici Karasu Meiji de l’Ordre du Corbeau. Nous sommes venus ici sur l’ordre de Washi Takao lui-même." Kenzo mit la main dans sa robe, et les six hommes se tendirent, prêt à bondir. Kenzo sortit lentement un morceau de papier plié de sa poche et le posa sur le sol, puis se recula.

Le plus proche des six s’avança et saisit le papier sur le sol, lui jetant un regard rapide. Il se tourna vers les autres et acquiesça, une seule fois. Alors, les six hommes s’inclinèrent en même temps. Celui qui tenait le papier se mit à faire de gestes compliqués avec sa main.

"Ils disent que nous sommes les bienvenus au Monastère de la Griffe de l’Aigle," traduisit Kenzo à Meiji, "Ces six personnes vont s’occuper de nous en permanence. Nous ne devons pas nous égarer hors des chemins qu’ils nous indiquent ou nous aventurer dans des endroits qu’ils ne nous ont pas autorisés à visiter."

"Pourquoi ?" Demanda Meiji, une pointe de défi dans sa voix.

"Nous mourrons," dit simplement Kenzo.

"Quoi ?" S’exclama Meiji, "Ils nous menacent ?"

"Non," dit sérieusement le vieux moine, "C’est nous qui les menaçons. Leurs tâches sont très importantes et rien que notre présence interfère avec leur sécurité. Ne fais pas d’erreur, jeune homme, les vénérés frères de l’Aigle sont prêts à disposer de nous au moment où nous les irriterons."

Les gigantesques portes de fer s’ouvrirent avec un grincement torturé. Meiji avala bruyamment sa salive.

Le moine Washi fit encore quelques gestes à Kenzo. "Nous avons une heure," dit Kenzo, "Puis nous devrons nous en aller."

"Est-ce que nous aurons assez de temps ?" Dit Meiji.

"Plus qu’assez," répondit Kenzo, "Je connais Washi Takao. Ce n’est pas un homme qui a l’habitude des conversations futiles."

Hoshi Kenzo s’avança dans les couloirs du monastère, suivi par deux des moines. Karasu Meiji le suivit à regret, les quatre autres moines observant ses moindres faits et gestes derrière lui. Les portes grincèrent pour se refermer, faisant un bruit sourd et laissant l’intérieur du monastère dans un état proche des ténèbres. Une simple ampoule pendait au plafond, ça et là, donnant aux Washi toute la lumière dont ils avaient besoin, et laissant Kenzo et Meiji trébucher pour continuer leur chemin, avec leurs guides à la marche sûre. Le monastère était silencieux, mis à part un étrange gémissement dont l’écho se répercutait très loin dans les entrailles du bâtiment.

"Qu’est-ce qui fait ce bruit ?" Demanda Meiji, effrayé. L’un des moines lui décocha un regard irrité.

"Un monstre," dit Kenzo, sans même se donner la peine de regarder Meiji.

Les moines Washi conduisirent les deux visiteurs plus avant dans le monastère, à travers de sombres et tortueux corridors et au-delà d’escaliers en spirale. Il n’y avait pas de fenêtres dans le monastère, et toutes les portes étaient en bois épais, fermées par de lourds cadenas de fer. Finalement, ils arrivèrent à une porte marquée du symbole de l’aigle.

Cinq des moines se postèrent en position de gardes autour de la porte, et le meneur l’ouvrit, indiquant d’un signe de tête que Kenzo et Meiji pouvaient entrer. L’odeur familière d’encens envahit les deux moines lorsqu’ils entrèrent dans un petit sanctuaire de prières. Un grand moine était agenouillé devant l’autel, entouré par des dizaines de petites bougies. Ses yeux étaient clos, il était plongé dans une intense méditation et il chantait doucement. Il portait un aigle marqué au fer sur sa poitrine. Un moine plus jeune en robe noire était assis en position du lotus dans un coin. Il regardait le sol avec attention, et il releva brièvement les yeux pour dévisager les deux visiteurs.

"Voici Takao, dirigeant de l’Ordre," expliqua Kenzo, "Il serait malvenu de l’interrompre." Kenzo s’agenouilla aux côtés du grand moine, tombant lui aussi en méditation. Meiji regarda le jeune homme dans le coin, qui les ignorait toujours. Dans les profondeurs du monastère, la chose que Meiji avait déjà entendue continuait de gémir, comme prise d’une agonie éternelle.

"Cet endroit me donne la chair de poule," pensa Meiji au moment où il s’agenouilla à côté de Kenzo.

Takao se retourna soudain et se redressa d’un mouvement fluide et silencieux. Il faisait face aux deux visiteurs et il ouvrit les yeux, tellement bleus qu’ils étaient presque blancs, d’une intensité incroyable. Son visage et sa poitrine étaient couverts de cicatrices, et son corps était fait de muscles noueux. Comme les autres moines, il ne portait qu’un simple pantalon de cuir. Il les observa silencieusement.

"Salutations, Maître Takao," dit Kenzo, se redressant et inclinant la tête, "Je suis venu à vous selon votre requête."

Takao commença à faire des gestes avec ses mains, le langage des signes secret des Washi. Meiji ne le comprenait pas, mais Kenzo le regardait avec attention, acquiesçant de temps en temps pour indiquer qu’il comprenait.

"Voici Karasu Meiji," dit Kenzo, "C’est un jeune novice de l’Ordre du Corbeau. Ses maîtres ont jugé qu’il avait besoin de l’expérience du vrai monde avant qu’il ne soit assigné à un temple pour le reste de ses jours, et pour une raison étrange, ils me l’ont assigné."

Takao lança un regard à Meiji, grimaçant un peu, puis fit encore quelques gestes. Meiji trouva que la grimace de Takao était encore plus effrayante que son air menaçant.

"J’ai peur que non, mon ami," dit Kenzo, "Malheureusement, ces jours sont passés depuis bien longtemps. J’aimerais pouvoir le faire, mais je suis trop vieux pour une autre aventure."

Takao plissa le front, puis poursuivit ses gestes. Le visage de Kenzo changea brutalement, il avait l’air bouleversé. "Non," dit Kenzo, "Non, c’est impossible. Nous avons été minutieux, discrets. Qui a pu le savoir ? Qui a pu briser-"

Takao fit un geste pour imposer le silence, puis continua, le visage attentif et quelque peu contrarié, alors qu’il expliquait d’autres choses importantes à Kenzo. Meiji, pour la première fois, souhaita ne pas connaître la chose dont ils parlaient. A plusieurs reprises pendant la conversation, Takao indiqua du doigt le jeune homme assit dans le coin, qui ne relevait pas les yeux.

Kenzo observa le jeune homme, puis à nouveau Washi Takao. Kenzo acquiesça, puis se remit sur ses pieds au moment où Takao s’agenouilla pour méditer à nouveau. Sans autre mot, Kenzo se tourna pour s’en aller. Le jeune homme du coin suivit Kenzo et Meiji dans le couloir. Les gardes se placèrent immédiatement autour d’eux lorsqu’ils furent sortis du sanctuaire, et les conduisirent jusqu’à la sortie. Ensuite, ils fermèrent les portes de fer du monastère. Le jeune homme du sanctuaire était toujours avec eux, lorsqu’ils se retrouvèrent à l’extérieur, et les suivait calmement à quelque distance.

"Nous devrions trouver un endroit pour nous reposer, avant d’entamer la descente," dit Kenzo. Le vieux moine semblait fatigué, comme si on avait drainé son habituelle vigueur.

"Si cela ne vous dérange pas, j’aimerais savoir," dit calmement Meiji tout en marchant "Que se passe-t-il ?"

Kenzo soupira, hochant la tête et lissant sa robe sur son ventre rebondi. "Je suis désolé, mais je ne peux pas t’en dire plus," dit-il, "J’étais un peu filou dans mon jeune temps, vois-tu, et dans une de mes plus mémorables escapades, j’ai réussi à en apprendre un peu plus sur la foi de Washi Takao. Ce genre de savoir n’est pas facile à assimiler, toutefois, et je me refuse à le trahir."

"Bien, alors dites-moi ce que vous pensez pouvoir partager, Maître," dit Meiji, "Qui est-il, par exemple ?" D’un signe de tête, il indiqua le jeune homme qui les suivait toujours.

Kenzo réfléchit à sa réponse pendant un long moment. "Son nom est Washi Naizen. Nous avons été appelés ici pour être ses guides," dit finalement Kenzo, "Quelque chose de très dangereux et qui a une grande valeur a été dérobé à la Griffe de l’Aigle. C’est le devoir des Washi de le retrouver. Toutefois, le monde extérieur n’est pas un endroit pour un Frère de l’Aigle, et Takao le sait très bien. Nous devons aider ce jeune moine à survivre suffisamment longtemps pour qu’il trouve ce qu’il recherche."

Meiji observa le jeune moine. Il semblait plus jeune encore que Meiji, à peine plus de quinze ans. Ses cheveux étaient longs et noués en queue de cheval, et son visage ne semblait pas avoir la dureté et la grave intensité des autres Frères de l’Aigle.

"Pourquoi lui ?" Demanda Meiji, "Il semble si jeune. Pourquoi pas l’un des autres ?"

"Parce que," dit Naizen avec un sourire en coin, "je suis un échec. Lorsque je mourrai, personne ne prendra le deuil."

"Quoi ?" Demanda Meiji, surpris que le jeune moine ait pris la parole, "Lorsque tu mourras ?"

"Lorsqu’ils nous tueront," corrigea Naizen, "Pourquoi crois-tu que ton Maître Kenzo a soudain l’air si découragé ? Washi Takao nous a donné une mission impossible. Nous allons tous mourir."

A suivre...



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