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Rokugan 2000

Episode I

Avant la tempête

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

lundi 13 juillet 2009, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode I, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

La Tour Shinjo faisait partie des immeubles les plus hauts d’Otosan Uchi. C’était un immeuble relativement récent, tout d’acier et de pierre au milieu des minces gratte-ciel de verre et de cristal, un géant sinistre et menaçant parmi les nuages. La tour était dénuée de l’élégance habituelle et du luxe de la plupart des immeubles Licornes, mais cet édifice singulier avait un but bien précis : dispenser la justice. La pluie tombait par averses sur la cité ; une personne grande et mince se tenait à la plus haute fenêtre de la Tour et elle semblait perdue dans ses pensées.

Kitsuki Hatsu était un homme calme, qui n’était pas du genre à tout prendre pour acquis et qui ne laissait jamais rien quitter son attention un seul instant. Il était très jeune, mais ses yeux sombres reflétaient une sagesse, une largeur d’esprit, qui tenaient les autres à distance. Il se tenait debout à la fenêtre et fixait sous lui les lumières de la ville, ainsi que le ciel. Le ciel était sombre ; certains disaient que les étoiles se cachaient elles-même de honte, en comparaison avec le spectacle lumineux d’Otosan Uchi. Mais la Lune était là, grande et pleine, brillant avec éclat de sa gloire sinistre.

Un petit homme corpulent portant un uniforme violet émergea du bureau derrière Hatsu, s’arrêtant juste dans son dos et jetant presque l’épais tas de feuilles qu’il transportait.

"Bonsoir Capitaine," dit calmement Hatsu, se retournant et s’inclinant légèrement.

"Hatsu, vous m’avez fait peur !" Le visage de Kojiro se fendit d’un sourire soulagé, "Je n’avais pas réalisé que vous étiez encore ici ! Je pensais que vous étiez en patrouille."

"Je suis revenu pour remplir de la paperasse," répondit le jeune homme, "J’en ai profité pour regarder la cité". Hatsu se retourna pour fixer la fenêtre à nouveau.

"Regarder la cité ?" Demanda Kojiro distraitement.

"Parfois, j’essaie d’imaginer comment elle était avant", dit Hatsu, "Je me demande si les choses étaient meilleures à l’époque."

Kojiro gloussa. "Vous voulez dire si elles étaient pires !"

Hatsu se retourna, son visage exprimant une profonde émotion. "Je suis de ceux qui préfèreraient les choses telles qu’elles étaient auparavant. Vous savez où vous en êtes, avec une épée."

Kojiro passait d’un pied à l’autre nerveusement. Secrètement, il détestait quand Hatsu commençait ainsi. Le jeune détective se mettait d’habitude dans une humeur détestable et il sortait chercher les ennuis. Kojiro était un magistrat de bureau au plus profond de son cœur, et la plupart du temps était complètement indifférent au genre d’ennuis qu’Hatsu apportait. S’il ne pouvait pas être sauvé par de la paperasserie à faire ou en passant un coup de téléphone, il commençait à transpirer. Il laissa Hatsu à ses pensées et se déplaça vers son bureau pour regarder son courrier, avalant une gorgée d’une tasse de thé.

Son cœur cessa de battre.

Du moins, il aurait dû cesser de battre.

Sur la première lettre était écrit PRIORITE MAXIMUM en grosses lettres rouges, et elle portait un sceau vert unique en son genre.

L’Empereur.


La chambre d’hôtel était petite, fort peu pratique et sale des déchets de son locataire actuel. Il n’était pas là depuis très longtemps, mais était expert en l’art de marquer son territoire. Des cannettes de bière vides et même quelques bouteilles de saké gisaient sur le sol ça et là. La tunique bleu-gris d’une armure de combat était affaissée sur une des chaises. La fenêtre qui était normalement scellée avait été cassée et entr’ouverte pour laisser entrer un peu d’air. Un soutien-gorge d’origine inconnue pendait à la barre du rideau, balançant doucement sous l’effet du vent.

Le sifflement du jet d’eau de la douche s’interrompit et Yasu sortit en trébuchant de la salle de bain, nu et dégoulinant, les yeux assombris et ternes, suite aux festivités de la nuit passée. Il tenait son front douloureux d’une main, alors qu’il cherchait la télécommande de la télévision de l’autre.

Il laissa une traînée de gouttelettes là où il marchait. Il aurait pu se sécher auparavant, mais à quoi bon ? La chambre était payée suffisamment cher pour ça et l’eau fraîche sur sa peau apaisait son mal de tête. Il s’assit lourdement sur le lit, sa forme massive créant un grand creux et un couinement exagéré des ressorts torturés. C’était un homme large, vivant dans une nation de petites personnes. Il n’était pas si rare qu’il doive ajouter des ressorts endommagés à son exorbitante note de frais, lors de ses voyages.

Il fixa un instant le soutien-gorge du rideau, se rappelant en souriant comment il était arrivé là. "Au travail", se dit-il. Il était en ville, maintenant, il était temps de se familiariser avec les évènements actuels. Il jeta un coup d’œil aux déchets de la chambre.

"Où est cette damnée télécommande ?" Maudit-il à voix haute.

La télévision s’alluma subitement, affichant l’image d’une grue tenant dans son bec un flocon de neige à huit branches. "Bienvenue sur Dojicorp Inn", dit une voix de femme agréable, "Veuillez exprimer votre choix de chaîne à visionner."

Yasu fixa la TV, momentanément surpris. Il n’était plus venu à Otosan Uchi depuis un moment et l’avancement technologique dont ils faisaient étalage n’avait jamais cessé de l’étonner. "Chaîne Matsu", dit-il.

"ILS VIENNENT DES PROFONDEURS DE JIGOKU" hurla une voix en stéréo alors que l’écran affichait des démons tentaculaires faisant irruption des profondeurs de la terre. "CE SONT LES ONIS DE L’OUTREMONDE ET ILS SONT VENUS POUR VOS ÂMES !!!!"

Yasu regarda l’écran curieusement puis jeta un coup d’œil à travers la chambre pour voir s’il ne restait pas des bières qui n’étaient pas encore ouvertes.

"LES GENS DE ROKUGAN SONT SANS DÉFENSE !" Des citoyens fuyaient terrorisés alors que les onis déferlaient dans les rues d’une grande cité, projetant les véhicules sur leur chemin et crachant du feu.

"LA POLICE NE PEUT RIEN FAIRE" Des magistrats montés du Clan de la Licorne fuyaient, impuissants, devant l’assaut démoniaque.

"C’est pas nouveau." Marmonna Yasu, enlevant quelques détritus du dessus d’une cannette à moitié bue et la vidant d’un coup.

"LE PUISSANT CLAN DU CRABE EST INCAPABLE DE LES ARRÊTER." Des guerriers Crabes se faisaient aplatir et projeter sur le côté par les démons géants.

"Hm." Dit Yasu, faisant soudainement attention.

"VERS QUI SE TOURNERA ROKUGAN, DANS CES MOMENTS DE DETRESSE ?"

Yasu rétrécit les yeux. La cannette commençait à grincer dans son poing.

Un robot géant doré descendit soudainement du ciel devant les oni, sa crinière dorée flottant dans l’éclat du soleil. Il dégaina une épée massive du fourreau à ses côtés, faisant miroiter un rayon de soleil sur la lame.

"Et pourquoi pas un tetsubo ?" Remarqua Yasu, secouant sa cannette et se demandant ce qui faisait du bruit à l’intérieur.

"LA MACHINE DE GUERRE AKODO ! LE DERNIER ESPOIR DE L’HUMANITE !" Le robot découpa facilement les oni en lambeaux. "CHAQUE JOUR, LE CRABE, AU MOMENT DE—"

"Chaîne Crabe," grogna Yasu en jetant sa cannette sur l’écran.

Une large peinture de l’Empereur apparut à l’écran. Il était habillé de son armure ancestrale verte, avec à ses côtés le Champion d’Emeraude, Doji Meda, déposant la couronne sur sa tête.

"Alors commandez maintenant !" Dit une voix aiguë, "Cette assiette commémorative est limitée à seulement 2000 exemplaires et il est quasiment certain que sa valeur augmentera fortement !" L’assiette laquée apparut soudain dans les mains d’un petit homme souriant. "Yasuki Garou ne vous ment pas ! Le Show de Vente à Domicile Yasuki n’a pas l’intention de vous tromper ! C’est une véritable pièce de collection ! Etonnez vos amis ! Impressionnez vos proches ! Rendez vos voisins jaloux, avec notre édition numérotée du ’Couronnement de Yorit—’"

"Chaîne Shinsei," dit Yasu.

Un moine tatoué et rasé souriait alors que des nuages étaient emportés par le vent, à l’arrière plan. Il était très heureux et c’était très clairement un gaijin qui avait décidé de venir à Rokugan pour trouver la foi. "Salutations et bienvenue à l’Heure du Tao, mes enfants. Je suis le frère Hoshi Jack, en direct de la Montagne Togashi. Considérons le rossignol..."

"Voila assez de religion pour une semaine," dit Yasu, "Chaîne Kitsu."

Un présentateur portant un complet brun d’un goût exquis s’assit calmement derrière un large bureau blanc. Le Mon Impérial flottait au-dessus de son épaule gauche. "Nous vous emmenons maintenant auprès d’Ikoma Keijura en direct du Palais Impérial pour plus d’informations à propos de cette saisissante déclaration."

L’écran passa à un jeune présentateur à l’air excité, un micro à la main et tenant quelque chose contre son oreille de l’autre main. Il portait le traditionnel kimono doré d’un correspondant de la cour. Dans le fond de l’image, on voyait les gestes d’hommes et de femmes, délicatement habillés aux couleurs des sept Clans Majeurs se démenant parmi les colonnes de marbre vert de la Cour Impériale.

"Merci à vous, Foruku-san," dit Keijura à bout de souffle, "Je suis ici dans le Palais Impérial de notre Seigneur l’Empereur Yoritomo Six, où a été annoncé que l’Héritier Impérial allait se fiancer. Je répète, allait se fiancer !"

"Des nouvelles de la veinarde ?" S’enquit la voix de Foruku avec le ton doucereux d’un journaliste.

"Pas encore, non," répondit Keijura, regardant la foule derrière lui avec un large sourire, "Mais ce sera divulgué à la cour de Doji Meda demain après-midi à l’Heure d’Onnotangu, et il est grandement murmuré que ce mariage sera avec le—"

"Ouais, je sais," grogna Yasu, "Coupez." L’écran de la télévision devint noir.

Un bourdonnement mécanique fit irruption de la combinaison de combat, tout près. Yasu soupira et se remit sur ses pieds non sans effort. "Hida Yasu", dit-il, appuyant sur le bouton du gantelet droit de son armure.

"C’est le Lieutenant Hiruma Rinjin," crépita une voix hors de son communicateur, "Quelle est l’heure estimée de votre arrivée à la capitale, Agent Yasu ?"

"La nuit passée," répondit Yasu.

"Passée ?" Rinjin s’interrompit, "Je ne pensais pas que votre voyage serait aussi rapide."

"Je voulais avoir du temps pour me familiariser avec la culture locale," dit-il, regardant vers le rideau.

"Oui, alors c’est très bien," répondit Rinjin, "en fait, c’est même parfait. Alors, vous pourrez vous présenter demain à l’Immeuble Dojicorp. L’Empereur sera présent, alors habillez-vous le mieux possible."

"L’Empereur ?" Gronda Yasu, jetant un coup d’œil à son armure, "Je n’étais pas venu ici pour une mission diplomatique ! Pourquoi moi ?"

"Il n’y a pas beaucoup de Crabes à Otosan Uchi," répondit Rinjin, "Le Champion lui-même réclame notre présence, espérons que vous ferez bonne impression".

"Alors, ne m’y envoyez pas," grogna Yasu, "Je suis sûr que le Fils des Orages a beaucoup d’affaires politiques à mener et je détesterais interférer. Je ne suis pas un courtisan."

"Yasu," répondit Rinjin, "Ça vient d’en haut."

"Ouais, ouais, je sais," céda-t-il, regardant le gantelet de travers. "Je vais faire de mon mieux."

"Je suis sûr que vous y arriverez. Hiruma Rinjin, terminé."

"Hida Yasu, terminé."

Yasu fit quelques gestes obscènes en direction du communicateur avant de le couper. Il retourna vers le lit et s’assit à nouveau.

"Chaîne Scorpion," grogna Yasu.

Une jeune femme voluptueuse en jupe courte et serrante apparut à l’écran, s’étirant au travers d’un lit. Deux autres femmes entrèrent dans la pièce, habillées de manière aussi légère.

"Je dois bien admettre que les Scorpions," remarqua Yasu avec intérêt, "ils savent faire de la bonne télévision."


La salle d’entraînement était grande et brillamment éclairée. Le mon de la Grue, éclatant de bleu et de gris, se trouvait sur un mur ; le soleil de l’aurore, naissant à l’horizon d’Otosan Uchi, apparut à travers la grande fenêtre de l’autre côté.

L’élève de la Grue mit le masque d’escrime argenté et prit le boken qui était à ses côtés, près de la porte. Jinwa, l’instructeur, attendait au centre de la pièce, tenant à deux mains son propre katana d’entraînement en bois, orienté vers le bas et sur le côté. Les étudiants rassemblés marmonnaient calmement entre eux, tirant les conclusions de leurs propres duels et se retournant pour regarder ce qui allait se passer avec intérêt.

"Prête ?" Demanda Jinwa.

"Hai," dit la Grue.

Jinwa rengaina son boken. La Grue fit pareil. Chacun s’approcha et évalua l’autre.

"J’espère que tu t’es exercée au iai," dit Jinwa d’une voix irritée, "ta vitesse pour dégainer laissait à désirer."

"Je pense que je m’en tirerai mieux, aujourd’hui", dit la Grue.

Le boken de Jinwa surgit de son fourreau. La Grue fit un saut périlleux arrière, se mettant facilement hors de la trajectoire la lame. Jinwa, surpris, fut déséquilibré et la Grue revint à la charge, donnant facilement un coup dans le dos de l’instructeur.

Jinwa émit un grognement et chuta.

"Comment avez-vous trouvé mon attaque ?" Plaisanta la Grue.

"EXTREMEMENT insatisfaisante," gronda Jinwa, se relevant et massant sa colonne vertébrale sous sa tunique protectrice. "Qu’est-ce que vous espériez, en faisant cela ?"

"Gagner."

"Ce n’était pas du iaijutsu," dit-il, irrité.

"Pourquoi cela aurait-il dû en être ?" Dit la Grue, d’un haussement d’épaules, "Quiconque entre dans une bataille avec l’épée au fourreau est un fou."

"On ne choisit pas toujours quand et où une bataille commence," gronda Jinwa.

"Je peux compenser," dit la Grue.

"Le iaijutsu est un art basé sur la pureté et l’honneur," rétorqua Jinwa.

"Vous vous trompez," répondit la Grue, soupesant le boken d’une main. "Tuer est toujours un meurtre. Tuer au nom du devoir ou en état de légitime défense est une chose, mais tuer au nom de l’honneur est une insulte au bushido."

"Vous ne m’entraînerez pas dans une autre de vos discussions philosophiques," dit Jinwa durement, "alors qu’il est clair pour moi que vous ne vous êtes même pas entraînée."

"Je suis désolée, je ne peux pas vous entendre," dit la Grue, "Vous êtes mort."

Jinwa ricana. "Bien," dit-il, "Nous allons faire selon votre méthode." Il dégaina son boken. "Je suis assez expérimenté dans l’art du Kenjutsu."

La Grue se tint prête.

Jinwa chargea en hurlant. La Grue fit en pas en arrière et glissa un pied sous la couture du tapis d’entraînement, projetant d’un coup de pied la partie décrochée du tapis dans les pieds de l’instructeur. Il trébucha, et l’épée de la Grue le frappa à la tête.

Jinwa toucha le sol et resta étendu.

Les différents camarades d’entraînements applaudirent calmement.

"KAMIKO !" Gronda une voix à la porte.

L’assistance entière se tourna vers la porte et s’inclina profondément, sauf la Grue, qui enleva son masque et libéra sa longue chevelure blanche. Un homme de grande taille, vêtu d’un magnifique kimono de soie bleue entra dans la salle. Il avait la même longue chevelure qu’elle, et le même regard bleu acier.

"Kamiko," dit l’homme, se tenant juste à ses côtés, les bras joints dans son dos, "regarde ton père quand il te parle."

Elle se retourna, souriant soudainement. "Tiens père," dit-elle gentiment, "Comment allez-vous ?"

"Pas très bien," il parlait énergiquement, mais avait à peine élevé la voix. "Nous attendons ta présence à la cour depuis presque une heure."

"Pourquoi ?" Demanda-t-elle, se contractant un peu.

"Tu sais pourquoi."

"Kameru," soupira-t-elle, les yeux vers le sol et les épaules s’affaissant.

"Tu es au courant de la déclaration," dit son père, se retournant et marchant droit vers la porte, "l’Assemblée Impériale arrive dans l’heure. Prie pour qu’ils ne prennent pas ton retard pour une insulte."

"Mais père, je ne veux pas—"

Il se retourna rapidement, un doigt levé, réduisant au silence sa protestation. "Ton opinion est sans importance. Nous devons tous placer les intérêts du clan au-delà de nos propres intérêts égoïstes."

Le regard de Kamiko baissa vers le sol. Le tonnerre se fit entendre au loin. Son père était le daimyo de la Grue, un des hommes les plus puissants de Rokugan et il avait l’habitude qu’on lui obéisse. Elle n’avait pas plus de chance de débattre avec lui qu’avec la pluie.

Il se retourna et partit.

Kamiko se tenait seule et impuissante, au milieu de la pièce. Les autres étudiants se retirèrent rapidement pour la laisser avec sa solitude. Deux d’entre eux se précipitèrent pour traîner dehors le corps de Jinwa, inconscient, auquel son père ne s’était même pas donné la peine de s’intéresser.

La clarté du jour commençait à décliner, et le tonnerre gronda, plus proche cette fois.


Daniri jura à voix basse. Il détestait la pluie. Il se réinstalla dans la Limousine et parcourut nerveusement l’édition d’aujourd’hui du Herald. Pour la septième fois. Les sondages concernant les Machines de Guerre Akodo étaient en hausse. Qu’il était bon d’être populaire ! Tout spécialement lorsqu’un an auparavant, vous étiez garçon dans un bar à sushi Ikoma. Et aujourd’hui, il allait rencontrer rien de moins que l’Empereur lui-même.

Quelle envolée !

Quelle vertigineuse et fantastique envolée !

Tout le monde lui disait que la célébrité était éphémère, tout spécialement ses critiques. Il s’attendait à ce que la façade entière de sa soudaine et brillante carrière s’effondre un jour, et chaque nuit il priait les fortunes pour que ça ne soit pas le lendemain.

Daniri se regarda dans le miroir pour la cinquième fois. Il se sourit à lui-même : des dents parfaitement blanches (les canines légèrement pointues), des cheveux blonds qui arrivent aux épaules, une mâchoire forte et carrée, et des yeux d’un brun profond scintillant d’espièglerie. Un visage de superstar. Daniri ne se considérait pas comme quelqu’un de vaniteux, mais les apparences étaient tellement importantes dans sa profession et peu étaient aussi beau que lui.

Si seulement Toyozo et Mari pouvaient le voir maintenant. Le tonnerre gronda au loin. Daniri espéra sincèrement qu’il n’allait pas pleuvoir. La pluie allait ruiner sa coiffure.

La Limousine s’arrêta subitement.

"Pourquoi nous sommes-nous arrêté ?" Demanda Daniri, confus.

"Nous sommes arrivés, Akodo-sama," répondit le chauffeur.

Daniri revint à la réalité, jetant un regard par la vitre au grand édifice à sa gauche. L’immeuble Dojicorp. C’était un gratte-ciel lisse et majestueux sans angle ni coin. Sur les fenêtres s’agitaient des bannières de clans et de familles. Les portes d’entrée étaient de verre et d’acier, le métal étant habilement travaillé pour porter des images de grues et de samurai. Une foule massive de spectateurs était rassemblée devant l’immeuble, tous impatients d’assister à l’arrivée de l’Empereur. Une rangée de samurai en armures du Clan de la Grue retenait la foule pour ne pas qu’on puisse s’avancer sur le tapis bleu qui menait à la porte, leur visage vide de toute expression ou émotion.

Daniri mit ses lunettes de soleil et sortit de la voiture.

"C’est LUI !" Hurla quelqu’un, et un grand nombre de flashes lui éclairèrent le visage.

Daniri sourit et fit un petit signe de la main à un des photographes, qu’il avait reconnu. Il fit un demi-tour sur lui-même, lançant ses cheveux d’un mouvement ample, figeant ainsi l’image qui allait faire la une des magazines à sensations de la semaine prochaine.

"Daniri ?" Appela une voix calme et claire d’un côté.

Daniri se tourna pour voir une jeune femme assez petite et vraiment belle, se tenant tranquillement les mains croisées devant elle. Elle était vêtue d’un kimono de soie rouge vif qui accentuait encore chacune de ses formes et mouvements, mais qui préservait sa modestie. Ses cheveux noirs tombaient par tresses autour de son visage rond et parfait. Ses lèvres étaient pleines et liées dans un sourire parfait.

"Akodo Daniri, la star du cinéma et de la télévision ?" Demanda-t-elle doucement.

"Ahem," répondit Daniri, reprenant rapidement ses esprits et s’inclinant d’un profond salut, "à votre service, mademoiselle."

"Je suis Kochiyo," répondit-elle, lui rendant son salut avec grâce, "J’ai été désignée pour vous accompagner ce soir."

Daniri remarqua alors les deux grands samurai en armures rouges qui se tenaient derrière elle, l’ignorant avec application. Une geisha Scorpion. "Êtes-vous sûre que ce soit une bonne idée ?" Demanda-t-il.

Le visage de Kochiyo se troubla de confusion. Ses gardes bougèrent et fixèrent Daniri.

Daniri sourit, l’expression espiègle, "Après tout. Avec vous à mes côtés, l’Empereur lui-même ne serait-il pas jaloux ?" Il tendit son bras à la Dame.

Elle sourit et prit son bras. Les deux gardes du corps Bayushi échangèrent un regard irrité en emboîtant le pas de la superstar et la geisha.


Hatsu sortit du taxi et fixa le ciel. Quelques gouttes de pluie tombèrent sur son visage, et il tira sur le col de son imperméable vert foncé pour se protéger du vent naissant. L’immeuble Dojicorp semblait s’étirer fort haut, jusque dans les nuages. Il avait toujours vécu dans la cité et elle l’avait toujours étonné. Tout autour de lui, le design de l’immeuble combinait l’immense richesse de la Grue à leurs origines traditionalistes. Hatsu pensa que c’était une des plus belles choses qui lui ait été donné de voir.

"Excusez-moi," dit un garde armuré et vêtu de bleu, "Mais puis-je vous aider ?"

"Oh !" Dit Hatsu, ramenant son attention au niveau du sol. "Je suis Kitsuki Hatsu, Détective." Il exhiba son insigne.

Le garde opina de la tête et laissa Hatsu emprunter l’entrée de derrière. Même d’ici, il pouvait entendre les rumeurs de la foule de l’autre côté. Des centaines de sujets impatients, présents pour voir l’Empereur. Et c’était le boulot d’Hatsu de faire en sorte qu’aucun ne soit blessé. Quelle journée…

A l’intérieur, Dojicorp était élégant et moderne. Le design intérieur en métal brillant était accentué par d’anciennes tapisseries, de complexes chandeliers de cristal et d’antiques armes et armures se trouvant dans des vitrines décoratives. L’endroit tout entier était d’une propreté immaculée, et une musique délicate d’instruments à cordes était diffusée par des haut-parleurs invisibles. La Garde de la Maison Doji était présente en équipement complet, des armures de samurai de style ancien, mais fabriquée à partir de pièces de kevlar et plastiques à l’épreuve des balles, portant le katana, wakizashi et un pistolet. Ils inclinèrent la tête pour Hatsu quand il entra. Certains jetèrent un regard intrigué aux deux épées qu’il portait à sa ceinture, mais il les ignora.

Il fut conduit au niveau d’un balcon surplombant une vaste chambre d’audience. A l’extrémité de la pièce se trouvait un grand trône de cristal, flanqué de deux répliques plus petites. De l’autre côté, se trouvait l’énorme entrée principale, faite de verre, de l’immeuble Dojicorp, pour le moment battue par la pluie. Les bannières de la Mante et de la Grue pendaient sur chaque mur. La pièce contenait une douzaine de personnes vêtues de diverses couleurs, les principaux représentants de leurs clans respectifs, du Lion au Scorpion. Tous les clans avaient leur ambassadeur présent. Il remarqua même que le petit daimyo enrobé du clan du Blaireau, Ichiro Chiodo, était là. Hatsu vit les portes s’ouvrir et remarqua un grand homme blond portant des lunettes de soleil et une petite femme en kimono rouge, encadrés par deux samurais. Hatsu eut soudain un mauvais pressentiment. Il décida de descendre au rez-de-chaussée et d’aller un coup d’œil de plus près.


S’il y avait quelque chose que Yasu détestait plus que les démons de Jigoku, c’était bien la politique. Il connaissait son devoir envers l’Empereur : vivre pour le servir comme un vrai samurai doit le faire et tout ça, mais il préférait simplement le servir à distance. D’un coup d’épaule, il fit tourner ses roues, guidant son camion massif et tournant le coin menant vers la Place Doji. L’immeuble Dojicorp se tenait là, immense, maigrelet et inutile. Exactement comme une Grue.

Yasu se gratta et tenta de trouver une place de stationnement. Il dévia rapidement vers l’allée circulaire et s’engagea à contre-sens, énervant ainsi quelques directeurs dans la Limousine qui lui faisait face. Le Crabe s’extirpa hors de la cabine et jeta un coup d’œil autour de lui. Yasu remit les clés au petit valet plutôt confus qui restait debout, ébahi devant son monstrueux camion qui portait la trace de violents combats.

"Tu remarqueras," dit Yasu, plaçant son bras sur les épaules du valet et montrant le camion du doigt, "Qu’il y a pas mal de bosses sur ce véhicule, pas vrai ?"

"Euh... oui monsieur," le valet avala sa salive nerveusement.

"Tu remarqueras également qu’il y a deux dates inscrites à côté de chacune d’entre elles," ajouta-t-il.

Le valet hocha la tête. Quelques gouttes de pluie éclaboussaient le sol autour d’eux.

"La première date," continua Yasu, "c’est le jour où j’ai eu la bosse. La seconde date, c’est le jour où j’ai tué celui qui l’avait faite. Je suis très méticuleux avec ce genre de choses."

Le valet commença à trembler légèrement quand il remarqua les petites dates qui étaient également gravées sur l’armure corporelle de Yasu.

"Fais attention à lui," averti Yasu d’un sourire, "Il représente énormément pour moi."

Le valet acquiesça avec vigueur, le visage extrêmement pâle. La pluie commença à tomber avec plus d’intensité et le tonnerre gronda.

Yasu laissa le valet s’en aller et marcha vers l’immeuble Dojicorp en riant tout bas. Les gardes de la Grue dans leur petit uniforme bleu l’observèrent avec nervosité. Le Crabe était engoncé dans une armure bleue cuivrée avec un jingasa métallique. Une série d’armes pendaient à sa ceinture et cliquetaient bruyamment alors qu’il marchait.

"Yasu !" Dit une voix derrière lui, "Cette odeur, ça ne pouvait être que la tienne !"

Yasu se retourna, son visage barbu habituellement porteur d’un sourire classique fut soudainement éclairé d’un immense sourire. Un vieil homme bien portant vêtu d’un uniforme gris acier avec des décorations rouges marchait vers lui pour l’accueillir, souriant affectueusement. Yasu prit aussitôt l’homme dans ses bras, dans une colossale étreinte, son armure résonnant alors que l’homme grogna de douleur.

"Oncle Toshimo !" S’exclama Yasu, le libérant. "Je n’avais pas entendu dire que tu serais ici !".

"Oui, et bien j’ai pensé qu’il valait mieux que quelqu’un soit là pour te modérer," répondit Toshimo, jetant un coup d’œil de côté. Le valet était toujours en train de contempler le camion, effrayé. "Toujours en train de terroriser les Grues, à ce que je vois."

"Je me comporterai bien si eux aussi le font," murmura Yasu d’un sourire en coin, jetant un coup d’œil à la poignée du tetsubo dépassant de derrière son épaule.

"Tu es toujours comme ta mère," dit Toshimo, secouant la tête avec mélancolie.

Les deux Crabes continuèrent de marcher vers la salle de conférence, s’arrêtant suffisamment longtemps que pour présenter leur invitation au samurai Doji, qui les accueillit avec un silence plein de dédain et de mépris. Yasu ronchonna ouvertement quand ils lui demandèrent d’abandonner ses armes, et la procédure de désarmement dura quelques minutes.

"Alors, quelle est la cause de tout ceci ?" Demanda Yasu d’une grimace, à présent entouré de décorations élaborées et de dignitaires habillés avec élégance, "Il y a tellement de paons ici ! Je pourrais ouvrir un zoo et faire payer l’entrée."

"La Grue fête l’honneur de l’Empereur," répondit Toshimo, prenant un verre du plateau d’un serveur de passage.

"Ah !? Il a acheté une nouvelle paire de pantalons aujourd’hui, ou quoi ?" Demanda Yasu, regardant les boissons minuscules et roulant des yeux.

Toshimo rit à voix basse. "Non, c’est vraiment relativement important. Yoritomo Kameru va se marier."

"Ouais, j’ai entendu parler de ça," dit Yasu, prenant quand même une boisson, "Quel âge a-t-il, ce gamin, maintenant ? 18 ?"

"Oui, le même âge que toi, Yasu," dit Toshimo, "et si j’étais toi, je veillerais à mes paroles, à propos du fils de l’Empereur, tout spécialement avec tous ces Lions dans la pièce."

"Hum," dit Yasu d’une grimace, "Faisons comme tu le dis. Tiens ? C’est moi ou il s’agit d’Akodo Daniri, là-bas ?" Le jeune Crabe désigna à l’autre bout de la pièce un jeune homme blond assez grand qui pavanait avec une geisha.

"Oui, je crois," répondit Toshimo, mais Yasu traversait déjà la pièce.

Le vieux Crabe soupira et but.


Daniri riait bruyamment. Son sourire et ses manières étaient infectes, et même les austères gardes du corps de Kochiyo souriaient. Il avait rassemblé autour de lui une série de dignitaires de différents clans, tous avides de rencontrer cette jeune star du cinéma, mais ce qui attirait l’attention de Daniri était la petite femme vêtue de rouge. Kochiyo. Il n’avait jamais rencontré une jeune fille plus charmante de toute sa vie.

"Excusez-moi," dit une voix.

Daniri se retourna pour un grand homme massif dans une armure épaisse. Un Quêteur Crabe.

"Salut," dit Daniri en s’inclinant, "Daniri. Ravi de vous rencontrer."

"Yasu," répondit Yasu de manière bourrue. "Vous êtes de la TV, pas vrai ?"

"Les Machines de Guerre Akodo, en effet." Répondit Daniri, "Vous êtes un fan ?"

"Non," dit durement Yasu. Il se tenait droit, bras croisés, et continuait à fixer Daniri.

"Hum," dit Daniri d’un sourire, "Y a-t-il autre chose que je puisse faire ?"

"Oh oui," répondit Yasu, "Mais j’imaginais que je pourrais avoir une chance de rencontrer une de vos doublures pour que nous puissions continuer cette discussion dehors."

"Mon ami," dit Daniri en grimaçant, "j’utilise des doublures moins souvent que vous utilisez de déodorant. En fait, je suis indiqué comme coordinateur des cascades dans le générique de la série. Peut-être que la prochaine fois que vous regarderez un épisode vous pourrez trouver un Lion pour vous le lire."

"Espèce-de-petit-arrogant," dit Yasu en accélérant la cadence de ses paroles. Daniri se recula légèrement, souriant.

Dans la confusion, un grand personnage s’interposa entre les deux. Il était mince avec des cheveux sombres tressés dans son dos. Il portait un imperméable vert foncé ainsi qu’un katana et un wakizashi à sa ceinture.

"Il y a un problème ?" Dit Hatsu calmement, les mains reposant sur les gardes de ses épées. Son regard fixait directement Daniri.

"Non, détective," répondit Daniri, "Pas de problème." Il se retourna vers sa geisha.

"Vous," dit Hatsu, détournant le regard vers Yasu, "Il y a un problème ?"

"Pas avec vous," répondit Yasu, affrontant son regard. "Pas encore." Yasu se tourna à son tour et retourna dans la foule, cherchant après Toshimo.

"Ce fut réglé de manière très efficace." Un petit homme tout de noir vêtu se tenait sur le côté, applaudissant poliment. Il portait des lunettes noires et une oreillette. Ses cheveux étaient coupés court et lissés vers l’arrière, et il portait une petite moustache et un bouc. "Vous êtes Kitsuki Hatsu, le prodige ?"

"Nous n’avons pas été présentés," répondit Hatsu, sans ôter les mains des gardes de ses épées.

"Tsuruchi Kyo," répondit l’homme, s’inclinant légèrement, "Champion du Clan de la Guêpe. Capitaine de la Garde Impériale."

Hatsu laissa immédiatement les gardes et s’inclina d’une profonde révérence. "Je suis ravi de vous rencontrer, Tsuruchi-sama," dit-il, "Votre réputation vous précède."

"Tout comme la vôtre. J’ai entendu parler de l’incident Kenburo," acquiesça Kyo, impressionné. "Vingt ans, c’est un jeune âge pour se faire l’ennemi des Scorpions."

"J’ai seulement accompli mon devoir," répondit Hatsu.

Kyo gloussa. "Peut-être. Au fait, qu’est-ce que vous en pensez ?" La Guêpe balaya la foule du regard. "Quelles sont les chances pour que mon Empereur quitte cet immeuble vivant ?"

Hatsu cligna des paupières, indécis. Le visage de Kyo ne montrait aucune trace d’humour.

"Vos estimations des mesures de sécurité," dit Kyo avec impatience, ses yeux fixant le jeune détective.

Hatsu réfléchit un moment, puis parla. "Les Grues ne font guère plus que vérifier les identités et prendre les armes. Je n’ai pas vu de rayons-X et détecté aucun shugenja. C’est comme la Garde de la Maison Doji, ils semblent pour la plupart non-entraînés en tant qu’officiers de la sécurité. Peu ont la prestance et le comportement d’un vrai samurai. Je pense que la meilleure protection de l’Empereur est la foule elle-même. La plupart des dignitaires présents sont des guerriers compétents. Mais ils sont sans armes."

"Ah ! Mon Empereur," dit Kyo calmement, "Aux frontières et au-delà, je te suivrai. Aux frontières de la folie."

Le tonnerre rugit à l’extérieur.

Les conversations dans la pièce redoublèrent d’intensité, puis s’apaisèrent pour enfin aboutir au silence. Kyo toucha son oreillette, et murmura quelque chose.

"Il arrive," dit Kyo à Hatsu.

Les portes de verre s’ouvrirent et le tonnerre frappa. Le hall vibra soudain de l’Hymne de Guerre Impérial. Deux rangées de gardes armés entrèrent dans la pièce, la Garde Impériale, vêtue des impressionnants uniformes verts de la Mante. Ils prirent position en deux colonnes au centre de la pièce et se mirent au garde-à-vous alors que trois personnes firent leur apparition sur le seuil. Au centre se tenait Doji Meda, le Champion d’Emeraude. Il portait l’ancienne armure de son rang, et entra le premier. Ses yeux froids fixaient le trône, devant lui. A sa gauche marchait Yoritomo Ryosei, la Princesse Impériale. Elle était grande et belle, ses cheveux noirs flottaient dans le vent qui venait de l’extérieur. Elle portait l’Etendard de Bataille de la Mante, s’agitant fièrement et laissé intact par la pluie de l’extérieur. A la droite marchait un petit homme musclé avec le crâne rasé, vêtu d’une armure de cuir brune à paillettes et aux reflets de jade. Les Armes Ancestrales de la Mante, une paire d’étranges sabres courbes, luisaient à sa ceinture. Il s’agissait de Yoritomo Kameru, l’Héritier Impérial. Son regard passa au-dessus de ses futurs sujets avec l’arrogance de la jeunesse.

Le trio passa entre les deux colonnes de la Garde Impériale et prirent leurs positions. Kameru se tenait derrière le trône de gauche, Ryosei derrière le trône de droite, et Meda se tenait avec respect derrière le trône central.

Toshimo et Yasu qui se tenaient vers la fin de la foule se jetèrent un regard l’un à l’autre.

"L’Hymne de Guerre ? L’Etendard de Bataille ?" Toshimo inclina la tête, "Yasu, quelque chose me dit que l’Empereur a l’intention d’annoncer plus qu’un simple mariage, aujourd’hui."

Yasu se contenta d’acquiescer.

L’Hymne de Guerre s’acheva et la pièce fut plongée dans le silence. Rien ne se produisit. Des murmures commencèrent à parcourir la foule. Le ciel, dehors, s’assombrissait aussi fort que si la nuit était tombée alors que la pluie tombait en torrents. Les visages de la Procession Impériale étaient complètement impassibles.

Hatsu se retourna vers Kyo, et il le vit sourire.

"Mon maître aime faire son entrée," plaisanta-t-il.

Le tonnerre explosa et le mur de verre de l’immeuble Dojicorp fut inondé de lumière au moment où l’éclair frappa la rue juste aux pieds des portes. Les lumières à l’intérieur flamboyèrent et soudain s’éteignirent, laissant le vestibule d’entrée dans l’obscurité et provoquant la confusion alors que l’éclair disparaissait, laissant planer une odeur d’ozone roussie dans son sillage.

Il arrivait.

Dans la rue, au milieu de la tache noircie laissée par l’éclair, ils le virent. Sa forme se précisa, une armure insectoïde chatoyant d’une aura verte, alors qu’il se dressait de toute sa taille. Il leva les bras au-dessus de sa tête et serra les poings. Des éclairs tombèrent de chaque côté de son corps alors que la Garde Impériale beugla comme un seul homme.

"YORITOMO !!!!"

Les portes d’entrées de l’immeuble Dojicorp s’ouvrirent soudain, le vent les forçant à rester entrebâillées et la pluie s’engouffra dans la chambre d’audience. Yoritomo VI entra dans l’immeuble et la tempête se faisait l’écho de sa puissance.

La pièce entière tomba à genou comme un seul homme, et l’Empereur rejoignit sa place à la tête de la chambre, la pluie s’écoulant en filets abondants de ses bras épais et de son casque en forme de dôme. Alors qu’il se tenait derrière le Trône de Diamant, la lueur de son armure était capturée par les facettes cristallines, illuminant la pièce assombrie d’une teinte verdâtre.

"Vous voyez ?" Remarqua Kyo, s’agenouillant juste à côté d’Hatsu, "Qu’est-ce que je vous avais dit ?"

Hatsu acquiesça simplement.

Doji Meda s’avança subitement.

"Gloire au Fils des Orages, l’EMPEREUR !" Cria le Champion. Yoritomo leva les bras. La pièce entière explosa en acclamations alors qu’il se levait. Personne ne pouvait résister au charisme de l’Empereur. Hatsu était troublé. Yasu trouva que sa gorge était enrouée. Daniri était intimidé, et il prenait des notes mentalement.

Yoritomo ôta son casque, révélant un homme d’un âge moyen, à l’impressionnante chevelure noire. Il parla, sa voix se répercutait dans toute la pièce sans amplification, claire et nette. "Le Fils des Orages fera attention à vos désirs et entendra vos caprices, car nous sommes après tout un serviteur du peuple. Mais avant tout, nous sommes ici pour vous parler d’un sujet de la plus haute importance."

L’assemblée attendait ses prochaines paroles.

"Trahison," dit-il.

La pièce se remplit de murmures de stupéfaction.

"Quelle sorte de trahison, mon Empereur ?" Rétorqua Doji Meda, la main sur son katana, les yeux examinant la foule.

"Trahison contre le Fils des Orages, et contre l’Empire entier ! Une infidélité, une trahison qui menace de détruire tout ce que deux millénaires ont construit !"

"Qui est ce traître ?" Siffla Meda, "Prononcez son nom et je le décapiterai ici-même."

L’audience grommela sombrement, partageant entre eux leurs opinions.

"La Grue ?" Dit Yoritomo, tournant son regard vers le Champion.

"Nous avons toujours servi l’Empire !" Répondit une voix. C’était une jeune fille du clan de la Grue, s’avançant de manière provocante hors de la foule. Doji Meda hocha la tête tristement.

"Ainsi que vous deviez le faire, Doji Kamiko," dit l’Empereur, "Ainsi que vous deviez le faire."

"Qui alors ?" Demanda Meda.

"La Licorne ?" Demanda Yoritomo, tournant son regard vers un courtisan Ide assez gras, qui se trouvait au premier rang.

Le diplomate tiqua. "Nous portons la justice de l’Empereur avec devoir et loyauté !" Bégaya-t-il, s’inclinant aussi bas qu’il en était physiquement capable.

L’Empereur acquiesça. "Le Phénix ?" Dit-il, se tournant vers un shugenja vêtu de rouge. "Le Crabe ?" Il regarda vers Toshimo.

Toshimo secoua la tête. "Nos études sur l’Ombre permettent de protéger l’Empire contre le retour de la menace d’Akuma et ses semblables."

"Un ennemi vaincu, mais pas détruit," dit Yoritomo négligemment, "Voyons si vos recherches se poursuivent. Et concernant le Lion ? Ou le Scorpion ?" Il se tourna vers Akodo Daniri et sa compagne.

Pour une fois, Daniri se découvrit incapable de répondre. La présence de l’Empereur était trop forte, il était incapable de se servir de son charme habituel. Kochiyo s’avança soudain, s’inclinant. "Le courage du Lion n’a pas besoin de rhétorique creuse pour se défendre," dit-elle doucement, "et nous, les Scorpions, sommes toujours prêts pour servir les intérêts de l’Empire de la manière appropriée."

"Excellent," répondit Yoritomo. "Et le Dragon ?"

La pièce tomba soudain dans un silence inquiet. Il n’y avait plus de Clan du Dragon, plus depuis un siècle. Mais l’Empereur tourna son regard perçant vers Hatsu. La pièce entière se tourna pour regarder le jeune détective. Kyo rétrécit ses yeux, s’attendant à une réponse appropriée.

Hatsu s’éclaircit la gorge. "Le Dragon attend votre commandement," dit-il.

Yoritomo acquiesça.

La pièce fut parcourue de grognements. "Qui reste-t-il ?" Dirent-ils. "Un clan mineur ?" Spécula quelqu’un. "Le Naga, de retour pour sa vengeance !" Prétendit un autre. Le débat continua ainsi une longue minute tandis que Yoritomo VI se contentait d’observer.

"Père," dit finalement Yoritomo Ryosei, se levant de son trône, l’air soucieuse, "Qui est-il ? Qui cherche à trahir l’Empire ?"

Et Yoritomo parla. "Dame Amaterasu, elle qui nous protège, nous a guidés et nous a créés ainsi que la loi de l’Empereur. Elle a béni les Hantei. Elle a béni les Toturi. Et maintenant, elle bénit les Yoritomo. Tout ce qui vit doit obéir à l’Empereur. Tout ce qui vit lui jure fidélité et obéit à ses désirs."

"Tout"

"Ce"

"Qui"

"Vit"

"Les Clans Majeurs et Mineurs se montrent dignes et me servent avec loyauté. Les paysans de Rokugan travaillent avec assiduité et prospèrent en mon nom. Même les plus bas des eta connaissent leur place. Mais Amaterasu ne brille pas seulement au-dessus de Rokugan. Et pour la moitié de chaque jour, elle regarde avec désapprobation ceux qui ne respectent pas et n’obéissent pas au Fils des Orages."

Yasu tiqua, étourdi. Daniri hochait la tête, sans comprendre. Hatsu regardait le sol et tentait de comprendre tout ceci. Est-ce que Yoritomo était en train de déclarer la guerre au monde entier ? C’était de la folie ! Le reste de la foule semblait penser la même chose.

Et alors, le daimyo du Clan du Blaireau sortit un fusil automatique et commença à faucher la Garde Impériale.

A suivre...



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