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Scales

Confessions d’un tueur

mercredi 25 mai 2005, par Eon

J’ai appris à me battre avant de savoir parler. Dans la rue, dans le quartier de Los Angeles où j’ai vu le jour, la violence est présente vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le jour où mon père a tapé sur ma mère une fois de trop, je lui ai pris la batte des mains et j’ ai frappé pour que tout cela s’arrête, une bonne fois pour toutes. Ma mère s’est relevée, mais pas lui. J’avais tout juste quinze ans et je me suis retrouvé le lendemain même en maison de correction. Là aussi, j’ai appris à frapper avec tout ce qui me tombait sous la main, pour ne pas leur servir de souffre-douleur ou de femme. Deux ans d’enfer derrière des barreaux pour payer ce que j’avais pris pour de la légitime défense. Je crois que ma haine du système, des flics et de la justice vient de là. Quand je suis sorti, il y a un an, je n’avais aucune envie de subir les reproches de ma mère et les railleries des voisins. J’ai erré dans la ville et dormi sous les ponts. Et puis, à peine une semaine plus tard, j’ai rencontré Stephen.

Lui et ses potes portaient les couleurs d’un gang : un gros serpent ailé, lové sur lui-même et crachant du poison de ses crocs acérés. J’ai bien cru qu’ils allaient me faire mordre la poussière mais Stephen a commencé à me parler, sans agressivité, juste pour me prouver ses bonnes intentions. Mais attention, Stephen n’était pas un de ces babas aux cheveux longs qui parlent d’amour et se piquent aux acides. Non, lui c’était un tueur, un prédateur, aussi jeune que moi mais tellement plus charismatique. Lorsqu’il parlait, tous l’écoutaient. S’ils n’écoutaient pas, ils se retrouvaient la gueule en sang sur le bitume. J’ai passé avec lui les meilleurs moments de ma vie. On a vécu comme des loups, une meute que rien ne pouvait arrêter. Et puis, un jour, tout a basculé.

Eazy, le plus jeune d’entre nous s’est fait refroidir par un groupe de mecs qu’on avait jamais vu traîner dans le coin. C’était même pas un gang, juste un groupe de mecs, on n’a pas très bien compris. Stephen, lui, a vu dans ces types un danger bien plus grand que tous les autres. Il nous a dit qu’il allait falloir nous battre, pour nous et surtout pour lui. Il n’a pas voulu en dire plus et d’ailleurs il n’aurait pas pu nous prévenir, on n’aurait pas compris.

La nuit suivante, on est parti, avec armes et bagages, vers un vieux hangar dont les types se servaient comme cachette. Stephen était le plus nerveux d’entre tous et savoir qu’il pouvait redouter ce qu’on allait trouver me faisait légèrement flipper. Pourtant, le premier qu’on a refroidi à coups de surin était tout à fait normal : il a saigné et il est mort. Ca a dégénéré lorsqu’on est arrivé dans le hangar proprement dit. Tous les gusses y étaient rassemblés et le chef, le con avec son Beretta 92, a rien trouvé de mieux que de flinguer le néon qui éclairait la salle. Dans le noir, ça devenait carrément le bordel. Ca tirait à tout va. On entendait les Uzis des gusses d’en face et les Colts Anaconda de mon gang. Je me demande bien où ils tiraient d’ailleurs car je n’y voyais rien. J’avais mon flingue prêt à tirer et j’attendais de voir quelque chose. Je me suis déplacé latéralement et j’ai buté sur le corps ensanglanté du meilleur tireur du gang. Au bout de quelques secondes, il n’y avait plus que les Uzis qui crachaient et toujours le Beretta de l’autre con. On était dans la merde. Maintenant ils bougeaient, leur chef leur indiquant où aller. Mais merde, il ne pouvait pas nous voir. Je visais dans la direction de la voix mais je ne pouvais franchement rien faire d’autre.

La balle me toucha à la hanche et me projeta en arrière. J’eus à peine le temps de me redresser que je vis une forme approcher. Elle était comme une sorte de brasier qui luisait dans le noir. Sur le sol, sur ma gauche, je voyais aussi le corps d’un des miens, légèrement moins brillant. Ma cible était aussi visible qu’en plein jour et j’ai fait feu à trois reprises. A chaque tir, le mec faisait un pas en arrière mais refusait de tomber. Il poussait des cris horribles, inhumains. À la troisième balle, il est tombé d’un coup et ma vue a commencé à se brouiller. J’avais déjà perdu beaucoup de sang et je me suis évanoui.

À mon réveil, à l’hôpital de la prison, je me suis aperçu que j’étais le meurtrier d’un flic. Tous mes potes étaient morts et Stephen avait disparu. Je ne lui en veux pas. Il était pas du genre à se faire enfermer, c’était un vrai guerrier. S’il avait pu me sortir de là, il l’aurait fait.

Je ne vois pas pourquoi je te raconte tout ça. Je suis plusieurs fois meurtrier et toi, tu prêches la paix dans le monde, tendre une joue quand on te frappe sur l’autre et toutes ces conneries. Tu sais bien que maintenant, la veille de passer sur la chaise, je ne regrette rien et que si je le pouvais, je revivrais la même chose. Mais merde, ce flic, ce n’était pas un homme. Je n’ai jamais vu un homme supporter deux balles d’Anaconda sans tomber.

Fait le 16 Décembre 1992 à Los Angeles.



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