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Secrets de la septième mer

Le Retour du Frère Prodige

Théah 2000

dimanche 3 décembre 2006, par Martin

Une nouvelle dans l’univers de Théah 2000.

1°/ La découverte

Un vacarme assourdissant se fait entendre alors que les embruns se brisent sur la côte déchiquetée de Trengard, dans le duché de Rogne. Paul le pêcheur regarde le spectacle familier mais toujours terrifiant. Tirant hâtivement sa petite barque sur la plage tandis que tombent des trombes d’eau, il se dit une fois de plus qu’il est resté trop longtemps. Mais il faut bien se nourrir…

Mettant le maigre produit de sa journée de travail dans un seau, il vérifie une dernière fois les attaches de la barque avant de se tourner vers le petit chemin. Dans moins d’une demi-heure, il devrait être au sec. Il frisonne, son corps semblant juste se rendre compte du froid mordant et de l’eau qui lui recouvre tout entier. Alors qu’il se met en marche, un bruit semble surmonter un instant les éclats de la mer.

- S’il vous plait…

Une voix, un appel. Paul s’arrête pour écouter, mais une nouvelle vague se fracasse sur les roches, rendant tout autre bruit inaudible. Il hésite un instant, puis s’avance précautionneusement sur une pointe rocheuse temporairement encore à l’abri de la furie des eaux. Mais rien ne semble sortir de l’ordinaire. Paul fut comme souvent le dernier à rentrer, alors qui pourrait se trouver ici ? Personne n’est assez fou que pour s’engager dans la Baie Brisée par un temps pareil. Pourtant, il lui a bien semblé entendre une voix…

Il fait encore quelques pas. Seuls quelques rocs émergés le séparent encore des vagues rugissantes. Il jette un long regard, puis se détourne. Aucun naufragé n’a jamais survécu aux tempêtes de l’endroit. Gardant les yeux baissés sur ses pieds pour éviter tout écart, il retourne lentement à la plage quand il se sent soudain agrippé. Une noire terreur s’empare de lui, se voyant déjà entraîné au fond des eaux par quelque monstre marin.

-  S’il vous plaît… Aidez-moi… Je suis…

Le vacarme couvre la suite, tandis que Paul voit la silhouette d’un homme, une main accrochée à sa cheville, tentant vainement de monter sur la berge. Au risque de se déséquilibrer lui aussi, Paul lui tend une main et parvient dans un dernier effort à le hisser sur la berge. L’homme semble être à peine conscient. Délaissant ses prises, Paul l’aide à se lever, le prend sous son épaule, et entreprend le long chemin du retour.

Quand sa femme Marthe le voit arriver, elle pense immédiatement à quelqu’un du village. Mais l’air de l’homme dissipe cette impression. Pendant que Paul explique les circonstances de sa découverte, elle l’installe sur une couche, et le recouvre d’une couverture en grosse laine. Paul ayant terminé son récit, elle examine le naufragé.

-  Il est dans un sale état… Je ne sais pas s’il passera la nuit. Il semble être inconscient. S’il est encore en vie demain, tu iras chercher le docteur en ville.
-  Qui peut bien-t-il être pour être arrivé sur la plage ? Tombé d’un bateau sans doute.
-  Ou poussé... Allons, il est temps pour nous aussi de dormir.

Paul, épuisé par sa journée de mer, tombe rapidement dans un sommeil sans rêve. Marthe, elle entend la respiration rauque de l’homme devenir lentement plus régulière. « Qui qu’il soit, celui-là vivra en tout les cas… » Elle s’endort sur cette pensée.

Mais le lendemain, l’homme est toujours très faible, incapable de se déplacer ou même de parler. Son mari étant parti tôt le matin à la ville, Marthe détaille de plus près leur pensionnaire. Sous la couche de boue se dessinent des traits fins, jurant avec la frustre tenue de marin. L’homme porte également un sac huilé sous ses vêtements. Après une petite hésitation, elle l’ouvre, pour découvrir plusieurs Sols en or, ainsi qu’une étrange petite bague. Celui-là n’est pas un pêcheur ni un marin se dit-elle en replaçant le contenu dans le sac. Quand Paul revient le midi avec le Docteur, celui-ci l’examine rapidement avant de déclarer :

-  Mmmmmh. Il a eu un méchant coup de froid, mais il se remet assez bien. Il ne m’étonnerait pas qu’il soit debout avant la fin de la semaine, s’il se repose bien. Qui est-ce, au fait ?

Avant que Paul ai le temps de répondre, Marthe lâche

-  Oh, c’est un des pêcheurs du village voisin…

Le docteur lui jette un coup d’œil en coin, puis hausse les épaules, prend son manteau et sors de la petite demeure, acquiesçant sans mot dire aux remerciements et promesses de payement de Paul. Une fois la porte refermée, le pêcheur se tourne vers sa femme

-  Une semaine… Nous n’aurons même pas de quoi le nourrir jusque demain, si déjà nous arrivons à nous nourrir nous même…
-  Ne t’en fait pas trop à ce sujet…

Elle explique alors en quelques mots ses trouvailles à Paul. Celui-ci, d’abord furieux contre Marthe, fini par se calmer. Après tout, l’homme semble riche, et nul doute qu’il les récompensera de ce qu’ils ont fait, puis Marthe n’a fait que regarder.

Les jours suivants, Paul repart à la pêche, pour retrouver chaque soir la même scène : l’homme semble toujours aussi faible, et Marthe arrive tout juste à le nourrir. Mais il reprend petit à petit des couleurs. Enfin, le huitième jour, il s’assied douloureusement, et se tourne vers le couple de pêcheurs. D’une voix encore rauque mais ferme, il s’adresse à eux.

-  Je… Je vous remercie de tout ce que vous avez fait pour moi.
-  Ce n’est rien. Je suis Paul le pêcheur, et voici ma femme Marthe. Je vous ai retrouvé sur la plage… Comment-êtes vous arrivé là ?
-  La plage… Quel jour sommes-nous ? Où suis-je ?
-  Nous sommes le 22 avril de l’année de vérité 1669. Et vous êtes à Trengard, dans le duché de Rogne.
-  1669… Rogne…

L’homme semble replonger dans ses pensées, intégrant lentement les nouvelles. Après un long silence, il reprend la parole.

-  Guy de Rogne est-il toujours Duc ?
-  Non, notre bon Guy est mort voici plus d’un an déjà… Son fils Antoine est le nouveau Duc, monsieur… ?
-  Charles. J’en oublie la plus banale politesse, excusez-moi, mais tellement de choses se sont passés ces derniers temps que je ne sais plus trop où j’en suis. Savez-vous combien de temps il faut pour se rendre à la demeure du Duc ?
-  C’est à trois jours d’ici, mais le Duc ne reçoit que sur invitation.

Maintenant que l’homme a repris de l’assurance, Paul sent la situation lui échapper. Nul doute à présent qu’il s’agisse d’un riche marchand, peut-être même d’un noble. Son langage trahit déjà à lui seul son éducation.

- Mon histoire est longue, mais je vous doit bien cela. Soyez certains que je vous récompenserai au delà de vos espérances, une fois que j’aurai récupéré ce qui m’est du. Mon nom, comme je vous l’ai dit, est Charles… Charles de Montaigne.

Paul écarquille les yeux, le visage marqué par l’incrédulité. Charles de Montaigne !? Le propre frère cadet de l’Empereur, disparu en mer voici bientôt trois ans. Le pêcheur s’en souvient, car on lui fit des funérailles nationales.

2°/ Le récit de Charles de Montaigne, première partie : l’Ambassadeur Royal

Charles commence alors son histoire. Dans les semaines et les mois qui allaient suivre, il allait la raconter plus d’une fois…

« En février 1665, comme vous le savez peut-être, je fut envoyé comme Ambassadeur Royal dans les territoire de l’Ouest que l’on appelle l’Archipel de Minuit pour une tournée d’inspection. Cette mission avait pour but de faire savoir à nos gens là-bas que mon frère le Roi ne les oubliait pas, pour les récompenser pour leur dur labeur, ainsi que leur succès face à nos ennemis Castillans et Avalonais. En effet, les dernières nouvelles était plus que favorable à notre bonne nation : si les Castillans disposaient toujours de leurs deux îles, leur tentatives de colonisations postérieures vers l’Ile Nord avaient été dûment stoppée par les multiples manœuvres de nos fidèles colons. La voie de nouveaux territoires semblait ouverte pour Montaigne. Si le Roi était prêt à financer de nouvelles expéditions et implantations, les coffres du Trésor ne désempliraient plus. Je parti donc plein d’espoir et de reconnaissance envers ces hommes et femmes qui avaient bravés de multiples dangers pour la plus grande gloire de la Couronne. Après un voyage étonnement facile, j’accostais dans le lointain Ouest.

Durant deux mois, je parcourut les terres Royales d’Outremer, rencontrant les différent gouverneurs et militaires. Je put constater le travail important que avait été effectué, mais à Port Royal, il me sembla à plusieurs reprises ressentir comme une gêne chez mes interlocuteurs. Souhaitant tirer cette affaire au clair, je chargeais deux de mes gens de se renseigner auprès de la population de la situation réelle dans l’Archipel. Au fur et à mesure de mes investigations il devint relativement clair que les choses n’étaient pas aussi roses que ce que voulait me faire croire les nobles envoyés de mon frère, et l’apparente servilité du Gouverneur Javert me parut de plus en plus suspecte. J’envoyait aussitôt une missive au Roi, lui expliquant mon intention de rester quelques semaines de plus en Outremer. Je devais amèrement regretter cette décision, comme vous le comprendrez bientôt.

Or donc, soucieux de soigner les apparences pour n’effrayer personne, je passais de longues heures dans le palais surplombant la ville, à profiter du climat et des multiples plaisir raffinés dont me comblait de multiples courtisans recherchant des faveurs. Je leur prêtait une oreille attentive, moins intéressé par leurs requêtes que par ce qu’ils pouvaient me dire de la situation sur place. Les jours passèrent sans que rien ne vienne confirmer mon sentiment de fausseté pourtant persistant.

C’est alors que l’épuisement et le doute commençait à poindre que l’assistant du Gouverneur, un jeune homme de bonne famille d’une trentaine d’années nommé Arnaud de Courtevoy, vint me demander audience. M’attendant à subir une nouvelle série de revendications vernissées de respect et de politesse, je fus plus que surpris de voir ce jeune hardi me demander une entrevue privée. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvâmes dans un agréable boudoir, où je profitai de l’absence des regards pour goûter à ce tabac dont on m’a tant parlé. De Courtevoy était visiblement intimidé, mais son impatience l’emporta sur sa peur. Esquissant un sourire bienveillant, je tentai de le mettre à l’aise. Notre conversation commença sur des bases entendues, mais je pense que je garderai ce souvenir jusqu’à ma mort. D’autant que ce devait être la dernière fois que je le vis vivant.

-  Mes félicitations, jeune homme, pour votre travail efficace et désintéressé. Le Gouverneur ne se tarit pas d’éloges à votre sujet.
-  Milles grâces, Votre Altesse, je ne fait que servir loyalement votre frère le Roi.
-  Je suis bien aise de l’entendre. Mais je suppose que ce n’est pas pour recevoir ces compliments, même milles fois mérités, que vous m’avez fait si urgente demande.
-  Hélas non, Votre Altesse, les nouvelles que je vous porte sont fort douloureuses. Et elle concerne l’intérêt de la Nation.
-  Vous m’inquiétez, jeune sire. Que se passe-t-il donc de si gênant ?
-  Et bien Votre Altesse, je pense que le Gouverneur Javert vous cache des choses, par peur du rapport que vous pourriez en faire à votre frère…

A cet instant, la voix de jeune Arnaud s’est fait plus hésitante, son élocution moins maniérée. Ses mains se tournent et se retournent, alors qu’il cherche visiblement comment m’annoncer la nouvelle.

-  Parlez sans crainte, mon frère saura récompenser votre dévotion.
-  Bien. Disons que la situation ici n’est pas aussi bonne pour notre bonne nation que ce que le Gouverneur à pu vous dire.
-  Y-aurait-il des problèmes ici ou à Fort-de-Gascogne ?
-  Il ne s’agit pas exactement de cela, mais la présence Castillane dans l’archipel se fait chaque jour plus forte.
-  Ils auraient donc réussi à prendre pied sur l’Ile Nord ?
-  Non seulement sur celle là, mais sur deux autres plus vastes, à l’ouest de Port Royal. Et leurs navires se font sans cesse plus nombreux et plus agressifs…

Je pris alors le temps d’intégrer ces nouvelles qui si elles étaient effectivement fort préoccupantes, ne me surprenaient pas outre mesure.

-  Et que fait le Gouverneur pour changer cet état de fait ?
-  Et bien justement… Il ne semble pas faire grand chose, de peur probablement que votre frère soit mit au courant de son incompétence.

Etant à ce moment suffisamment sur de moi, je remerciai De Courtevoy comme il se doit, lui promettant que ces nouvelles arriveraient dans la plus grande discrétion aux oreille du Roi, lui conseillant de surtout ne rien changer à ses habitudes et d’attendre de mes nouvelles.

J’annonçai le lendemain ma décision de quitter l’Outremer pour rendre compte auprès de mon frère de la volonté et du courage de ses fidèles vassaux. Le départ fut fixé pour le lundi suivant, alors que le Gouverneur tint à faire organiser une grande fête en mon honneur. Par précaution, je n’avais pas revu le jeune assistant, espérant juste échanger quelques mots avec lui lors de la soirée au palais, où il serait certainement. Je supervisai donc sereinement les différents préparatifs de mon départ.

Le soir de la fête, je fus surpris de ne pas voir de Courtevoy. Je m’en informai discrètement auprès d’un de mes aides, avant que le Gouverneur lui même vienne m’annoncer une « douloureuse nouvelle » : Arnaud de Courtevoy avait été abattu dans une rue du port alors qu’il représentait le gouverneur à la capitainerie. Le Gouverneur avait immédiatement mis sur l’affaire ses meilleurs hommes, et attendait des résultats d’un instant à l’autre.

Ne comprenant que trop bien ce qu’il se passait, et furieux de l’outrecuidance de Javert, je le remerciai poliment. Un avalonnais fut arrêté peu après, avoua avoir commis ce crime pour mettre à mal la présence montaginoise dans la région, et qu’il avait pris le jeune homme pour le fils du Gouverneur. Absolument pas convaincu par cette explication mais disposant de peu de moyen de la mettre en doute, j’embarquai le lendemain sur mon navire, me jurant de faire payer Javert dès mon retour à Charouse. C’était le 12 juillet 1665, et je devais être en Montaigne au plus tard début août. Mais ce voyage allait être bien plus long que prévu et la perfidie du Gouverneur devait aller encore bien plus loin que tout ce que j’avais pu imaginer. »

Sur ces mots, Charles de Montaigne se tait à nouveau. Encore sous le choc, Paul et Marthe restent silencieux plusieurs secondes. Enfin, la femme du pêcheur prononce quelques mots.

-  Mon seigneur, vous feriez mieux de rester couché, vous êtes encore très faible…
-  Vous avez raison…
Il se recouche, puis semble se rappeler quelque chose, et se tourne hâtivement vers Paul :

-  Quand vous m’avez trouvé sur la plage, est-ce que j’avais quelque chose, un sac avec moi ?
-  Oui, il est à côté de vous. Nous n’avons touché à rien.
-  Théus soit loué…
L’homme se calme alors et ne tarde pas à s’endormir.

3°/ Le récit de Charles de Montaigne, seconde partie : La trahison

Deux jours ont passés, durant lesquels Charles n’a repris connaissance qu’à de rares moments. Mais alors que Paul rentre de la pêche, il est surpris de voir leur pensionnaire levé, faisant quelques pas derrière la maison.

-  Théus soit loué. Je suis heureux de vous voir debout, monseigneur.
-  Je vous remercie, Paul. Je ne sais ce que je serai devenu sans vous et votre femme. Mais rentrons. Je vous avais promis la suite de mon histoire, et Marthe nous attend.

Les deux hommes entrent d’un même pas dans la petite maison. Charles s’assied, et reprend son récit.

« Le navire mis à ma disposition par le Roi (excusez-moi, l’Empereur) mon frère, nommé fort à propos « Espadon Royal » était un vaisseau moderne, servit par un équipage des plus compétent. Si sa taille modeste ne permettait pas un armement démesuré, j’y avais toutefois droit à une spacieuse cabine, où je me mis rapidement au travail. Ayant trois voir quatre semaine de voyage devant moi, je comptais bien profiter de ce temps pour mettre au propre l’inévitable rapport écrit qui m’était demandé. Mais dès le second jour de la traversée, je me retrouvai incapable de me concentrer, vu l’état agité de la mer. N’ayant pas le sens marin, je m’informai auprès du Capitaine des éventuels problème que ce vent pourrait causer. Celui-ci me rassura bien vite : l’ « Espadon » était un bateau solide, et je ne risquai tout au plus que quelque maux d’estomac. Il ne me restait donc plus qu’à prendre mon mal en patience, en espérant voir revenir le beau temps au plus vite.

Mais au delà des caprices de la mer se cachait un danger bien plus grand, que je ne pouvais soupçonner. Le soir arriva sans que les éléments ne semblent se calmer, bien au contraire. Je passais le plus clair de mon temps sur le pont, tentant de conjurer les innombrables désagréments causés sur mon organisme. C’est pourquoi je fus en bonne place pour entendre la vigie hurler par delà les rafales de vent.

-  Voile à 5 heures !

Le Capitaine sorti hâtivement de sa cabine pour s’enquérir des nouvelles et donner ses ordres.

-  Faite monter un second homme à la vigie, et qu’il ne le perde pas de vue. Réveillez dix hommes de plus, et faites les monter sur le pont.

Il ne sembla qu’a ce moment prendre conscience de ma présence sur le château arrière.

-  Votre Altesse, vous devriez retourner dans votre cabine, le vent risque encore de monter.
-  Je vous remercie, Capitaine, mais je reste. Continuez donc votre travail et ne vous préoccupez pas de moi.
-  Bien, Votre Altesse.

Sur le pont, de nombreux marins s’activent, sous la houlette vigilante du Bosun. Chacun attend les nouvelles de la vigie : ami ou ennemi ? Le Capitaine semble gêné de ma présence. Je suppose qu’il ne veut pas m’inquiéter inutilement, et cette servilité m’énerve plus que de raison. Le cri de la vigie interrompt mes réflexions.

-  Il hisse un pavillon ! Rouge et Or… Un Castillan probablem…

La voix s’est tue net. Je lève la tête, craignant qu’un coup de vent ai fait tomber l’audacieux marin, mais je pense apercevoir deux silhouettes en haut. L’instant d’après tombe la réponse à ma muette interrogation.

-  Non ! Rouge et BLANC. Frères de la Côte ! PIRATES !!!

C’est un véritable hurlement, rapidement répercuté, qui s’étend sur le pont. Au milieu des visages apeurés, le Bosun seul reste de marbre, sa voix forte mais contrôlée couvrant le bruits des vagues.

-  Allez chercher les mousquets, et que les canonniers tribord se préparent. Hisser le maximum de surface de voile !
-  Mais… Le vent… Elles risquent de se déchirer.
-  On ne DISCUTE PAS ! Vous préférez finir aux mains des forbans d’Allende ?

Son intervention est salutaire, car chacun sur le pont à trop à faire que pour s’inquiéter. Excepté le Capitaine …. Et moi-même. Sortant ma longue-vue, je tente d’apercevoir le vaisseau ennemi. De longues minutes s’écoulent, tandis que je scrute les vagues, avant d’apercevoir la silhouette noire du bateau pirate. Si le combat naval m’est entièrement étranger du point de vue pratique, mes lectures me permettent toutefois quelques estimations : le navire est d’une taille similaire à celle de l’ « Espadon », un sloop probablement. Mais il n’est probablement pas encombré de vivres pour une traversée aussi longues, et le nombre de sabords semble largement supérieur au nôtre. J’entends à ce moment les multiples explications du Capitaine, sur la qualité de notre équipage et de nos soldats, qui fera sans nul doute la différence, même s’il préfère, pour m’éviter toutes mauvaise surprise, éviter le combat. Je me contente de hocher la tête, avant de reprendre mon examen.

Le tonnerre frappe à ce moment. Troublé par l’intensité du bruit, je manque de lâcher le bastingage sur lequel je me tiens. Passées les quelques secondes de désorientation, je me rends compte qu’il ne peut s’agir de l’orage encore trop loin, mais bien d’un coup de canon. La semonce, suppose-je. Peu après intervient un nouveau cri de la vigie.

- Drapeau rouge… PAS DE QUARTIER !

La panique manque de saisir l’équipage peu habitué à ce genre de traitement. Ce qui m’inquiète personnellement bien plus, c’est que les pirates se sont sensiblement rapprochés, et que tous leurs sabords sont à présent ouverts. Je me prépare à l’imminente bordée à venir. Mais à ma surprise, ce sont nos canonniers que semble s’êtres montrés les plus rapides, tandis que le feu jailli de notre côté. La hauteur des vagues et la pluie battante m’empêchent toutefois de constater les résultats… Si ce n’est que les pirates n’ont pas infléchi leur course, et se rapprochent dangereusement. Sur le pont en contrebas, les mousquetaires s’activent, prenant fermement appuis, et tentant de protéger les mousquets de l’humidité.

Je comprend enfin la raison de l’étrange comportement du bateau ennemi : ils ne viennent pas pour piller, mais pour nous couler. Patiemment, le capitaine pirate à joué avec nous pour forcer la première bordée. Avant que nous ayons rechargés, il sera assez près que pour trouer la coque. Pestant contre l’incapacité de mon capitaine, je ne peux désormais qu’attendre l’irrémédiable, alors que j’assiste aux futiles préparations pour recevoir un abordage qui ne viendra probablement jamais.

-  Votre Altesse, la barque est prête… Je préfère envisager le pire… On ne sait jamais avec ces sauvages. Mes cartes font état de la présence d’une petite île à moins de deux miles d’ici. Nous vous y rejoindrons aussitôt cette affaire réglée.

Résistant à l’envie de lui dresser la panoplie de ses incompétences diverses ainsi que ma profonde foi en son incapacité à faire face à pareille situation, je le suis vers le bâbord épargné par le feu ennemi. Une série de coups sourds résonnent alors, immédiatement suivis par de multiples craquements et cri. Faisant signe au capitaine de s’occuper de ses hommes, je me dirige vers la barque où m’attendent déjà deux marins. Ils me hissent à bords, tandis que deux autres actionnent la poulie permettant de descendre le frêle esquif dans l’eau. J’observe à quelque mettre au dessous de moi les embruns de la mer déchaînée… Mètre à mètre, nous nous rapprochons des eaux, sans savoir ce qu’il se passe sur l’ « Espadon ». Alors que nous touchons enfin la surface, une seconde bordée atteint le navire, qui se met à gîter dangereusement. Avec une énergie folle, mes deux marins rament à coups rapides pour nous éloigner au plus vite du bateau naufragé qui semble miraculeusement encore avancer. Je regarde la grande silhouette noire devenir de plus en plus petite, tandis que la barque est secouée de tout côté. Enfin face à nous apparaît une côte déchiquetée. Les marins ont cessés de ramer, le courant et le vent nous poussant droit sur une pointe rocheuse. Quelques secondes après, un énorme craquement se fait entendre, alors que la barque se fend littéralement en deux. Je plonge bien involontairement dans l’eau glacée, tentant de me raccrocher à un morceau de bois, avant que ma tête ne cogne contre un obstacle, faisant descendre sur moi un voile noir. »

-  C’était il y a plus de deux ans... Quelques jours auparavant, j’étais riche, considéré par tous, apprécié de la haute société. Et je me suis retrouvé seul, perdu au fin fond de l’Outremer. Marthe, pouvez-vous m’amener mon sac ?
-  Certainement, monseigneur.

Marthe sort un instant de la pièce, avant de rentrer avec le fameux sac en cuir huilé. Charles l’ouvre précautionneusement, et en sors une bague ainsi qu’une petite bourse. Il retourne celle-ci, faisant tinter une vingtaine de lourdes pièces en or, et passe rapidement la bague à son doigt, semblant quelque peu rassuré à ce contact. Paul l’interroge alors.

-  Cet objet est-il important ?
-  Oh oui, mon bon Paul. Il s’agit de mon sceau, et peut-être bien de mon salut, mais si cela ne vous fait rien, nous en reparlerons demain, je suis assez fatigué, et les choses seront plus claires à l’issu de mon récit.

Marthe referme doucement la porte, observant leur étrange hôte, Prince redevenu homme, s’endormir immédiatement, l’air plus paisible qu’auparavant…

4°/ Le récit de Charles de Montaigne, dernière partie : Long retour

Par deux fois à nouveau le soleil a illuminé Montaigne. Charles marche maintenant avec facilité, et commence à passer plus de temps debout que couché. Son maintient commence également à lui revenir, et nul ne peut désormais douter de sa noble ascendance. Marthe le voit rester pensif de longues heures, tandis qu’il fait les cents pas derrière la maison. Elle lui a trouvé quelques vêtements dans l’armoire de Paul, et s’il semble actuellement s’en satisfaire, il est visiblement habitué à de plus amples habits. Avec elle, il parle de tout et de rien, de la cour de Charouse et des beautés du monde. Elle parle peu, quelque peu fascinée par cet homme que Théus est venu un jour déposer sur le pas de leur porte. Il attend toujours que Paul soit là pour parler de choses sérieuses, comme un signe de sa reconnaissance. Le pêcheur lui ne sait que trop penser de cette histoire, sûr que Charles les oubliera dès qu’il aura vu le Duc de Rogne, ce qu’il s’apprête à faire, comptant partir dès le lendemain. Le bruit de la porte la tire de sa rêverie : Paul est revenu avec la pêche du jour, et les deux hommes s’asseyent peu après sur les paillasses.

- Chose promise, chose due, Paul. Je m’en irai dès demain, mais je vous doit la fin de mon histoire, et comme je vous l’ai dit, je jure sur mon père, le défunt Léon Alexandre XIII que je vous récompenserai comme il se doit. Or donc, après le naufrage…

« Mon réveil est plus que nébuleux. Je sens confusément à la fois le soleil me brûler les yeux, et une douleur légère à la jambe. Encore secoué par les évènements de la veille, un temps relativement long passe avant que je n’arrive à jeter un regard autour de moi. Je suis sur une petite plage en sable, illuminée par le soleil naissant d’un matin d’été. Un crabe semble tranquillement occupé à me picorer la jambe gauche avant de s’enfuir précipitamment, surpris par mon mouvement. Je tente alors de me lever, mais chaque mouvement m’arrache un cri de douleur bien inutile, à des miles et des miles de toute terre habitée.

Incapable pour le moment de juger de mon propre état, je me résolus alors à tenter un premier tour du regard. La plage se prolongeait sur plus d’un kilomètre à main droite, mais une pointe rocheuse la terminait abruptement de l’autre côté. L’île en elle-même semblait presque entièrement recouverte d’une dense forêt. Aucune trace des deux marins n’étant visible, je me décidai à appeler aussi fort que je le pouvais. Après une dizaine d’essai infructueux, il ne me restait plus d’autre choix que de me lever. Je me retournai sur le ventre, m’appuyant sur mes mains avant de lentement me redresser. Enfin, je me tint à la verticale quelques instants, avant que la tête ne me tourne horriblement, et que je retombe dans l’inconscience.

A mon second réveil, la nuit était tombée, et une pluie froide me piquait le visage. Mes muscles étaient moins douloureux, mais c’est la faim qui me tiraillait à présent. A mon grand étonnement, je parvins à me lever sans grande difficulté. Prenant alors conscience du froid mordant, je me dirigeais vers la forêt proche pour y trouver un abri. Je restai incapable de dormi jusqu’au petit matin où la pluie cessa enfin. Il était plus que temps de me mettre en quête de l’ « Espadon » et des deux marins qui m’avait embarqué. Je retrouvai sans mal ces derniers, près de la pointe rocheuse. Leurs corps faisaient penser à des pantins désarticulés. J’eu alors une pensée émue pour ces deux hommes auxquels je devait certainement ma vie, et qui l’avait payée de la leur… Mais ce choc n’était rien comparé à celui que je devais ressentir en levant mon regard vers la mer.

L’éperon rocheux sur lequel je me trouvai faisait suite à une autre plage, au bout de laquelle j’aperçu clairement un navire. Ma joie de cet instant ne devait trouver d’égale que dans le désespoir qui allait suivre. Courant dans la direction, ne pensant déjà plus qu’aux remarques que j’avais à faire au capitaine, je m’arrêtai pourtant à une cinquantaine de mètre, troublé par l’apparence du jadis fier navire. Il me semblait… différent, sans que je puisse mettre de terme plus précis, si ce n’est une énorme frayeur. Me rapprochant lentement, je pris conscience pas après pas de l’ampleur du désastre.

L’ « Espadon Royal » était entièrement ouvert, et seule la partie arrière s’était échouée, les bordées des pirates ayant purement et simplement coupé le bateau en deux. De plus, l’amas de bois était dangereusement penché sur un de ses côté, menaçant à tout moment de se retourner. Sans trop y croire, j’appelais à plusieurs reprises, sans autres réponses que le gentil bruit des vagues. Assommé par cette macabre découverte, je m’asseyais sur la plage, et regardai le bateau s’enfoncer lentement dans les eaux sombres, emportant avec lui mes derniers espoirs de revoir un jour mon pays. Je crois que si le soleil n’était reparu à cet instant, je n’aurai pas survécu plus de quelques jours. Mais les rayons chaleureux me rendirent un peu confiance en moi, et je me sermonnais moi-même sévèrement. Moi, Charles de Montaigne, fils et frère de Roi, m’abandonner au désespoir ? Cela ne pouvait être. Qui sait, quelqu’un était peut-être coincé dans l’épave, et celle-ci contenait certainement encore des objets intéressants, si je devais passer ici même quelques semaines en attendant que passe un bateau.

Fort de ces résolutions, je m’avançai d’un pas prudent mais décidé vers les restes du noble vaisseau. Une petite dizaine de cadavre était visible aux alentours, les autres ayant probablement coulé en pleine mer. La structure était fragile et bancale, mais je craignait qu’elle ne coule rapidement, et hâtait donc ma visite. Fort heureusement, les longs jours de l’aller avaient été pour moi l’occasion de voir chaque coin et recoin du bateau, et je m’y retrouvai rapidement. Mon premier souci fut d’essayer d’atteindre ma cabine, heureusement située sous le château arrière. Le couloir qui y menait était à présent presque vertical, et j’entendais le bois craquer dangereusement. Je remerciai Théus d’avoir épargné mes quelques affaires, et ressortait avec les quelques objets qui risquaient de m’être utiles : mes notes pour mon frère le Roi, quelques Sol en or pour payer ma traversée, et surtout mon sceau officiel marqué du rayon de soleil. Réconforté par la présence de ces objets qui rapprochaient mes pensées de Montaigne et de mon rang, je m’occupai alors de choses plus urgentes, ressortant du bateau avec largement assez de nourriture que pour me sustenter durant mon « séjour » bien involontaire sur l’Ile. Avisant le corps sans vie d’un des soldats, je récupérai sur lui une rapière ainsi que son mousquet et quatre mesures de poudre, juste au cas où. Armé et restauré, je ne doutais plus que la providence mettrait sans tarder un honnête capitaine sur ma route.

Je profitai du reste de la journée pour me construire un abri de fortune, et partait dès le lendemain en exploration, essentiellement pour trouver un endroit où faire un grand feu qui ne manquerait pas d’attirer l’attention. Je gravis ainsi les pentes de la petite colline rocheuse qui formait le sommet de l’Île, d’où je put enfin avoir une vue complète sur ma terre d’infortune. L’entièreté du terrain était couverte par une forêt dense, excepté la fine bande blanche de la plage et le rocher au sommet duquel je me trouvai. Je localisais sans problèmes différents endroits où placer mes feux de détresse. Deux jours après, tous étaient allumés, et je passais ma journée à passer de l’un à l’autre pour les réapprovisionner. Dans un ou deux jours, une semaine tout au plus, je serai à nouveau à bords d’un navire.

Mais le temps eu raison petit à petit de mes certitudes, et pris dans mes activités diverses, je ne du bientôt qu’aux marques que j’avait fait chaque jour de reconnaître le passage du temps. Une première semaine s’écoula dans l’Île, à l’issue de laquelle je me mis en devoir de trouver d’autres sources de nourritures, celles de l’ « Espadon » commençant tout doucement à s’épuiser. Je montai alors de multiples collets, et partit à la recherche de tout animal pouvant me servir de repas. Bien que me montrant initialement spectaculairement maladroit dans cet exercice pour moi nouveau, la chance me permit de ne pas mourir de faim en mettant sur ma route de petits animaux moins adroits encore. Mais mon humeur devenait d’autant plus sombre que les jours passaient. Certes, je me sentais maintenant en état de survivre « le temps qu’il faudrait », mais la durée de ce temps commençait à me peser.

Je n’ai que peu de chose à dire sur les mois qui suivirent, sinon que je perdis rapidement l’habitude de faire mes marques, et que je ne pu donc estimer le temps passé dans l’Île que bien plus tard. A mes grands espoirs et grands désespoirs du début s’était substitué un fatalisme tranquille, teinté d’un je ne sais quoi qui fit que jamais je ne me décidai à en finir, même si ma conviction profonde était que je mourrai dans l’Île, à jamais séparé de mes semblables. Dans cette partie du monde, les saisons elles-mêmes ne se sentent que peu, et les jours succédèrent aux jours, tous pareils, sans envies, sans espoirs…

Vous devez bien comprendre, dans l’état dans lequel j’était, que quand apparu un jour une voile au loin, ma réaction ne fut pas immédiate. Si j’avais été encore dans mes premiers jours d’exil, j’aurais crié de bonheur et couru au plus vite auprès de l’un de mes feux. Mais le temps avait tempéré mes ardeurs, et je me demandai un instant si je souhaitai vraiment revenir dans ce monde qui me paraissait si loin. Je ne sais ce qui me poussai pour finir à allez allumer un des grand tas de bois que j’avais monté lors de mes premières semaines, mais je pense que le souvenir du jeune De Courtevoy n’y était pas étranger. Lors, le bateau sembla effectivement me remarquer, et une barque fut mise à l’eau. Surveillant le vaisseau, j’y reconnus un navire marchand Castillan. Supposant que la présence d’un Prince de sang montaginois les gênerait quelque peu, je me décidai à ne pas trahir mon identité, me contentant de me faire passer pour un jeune noble de famille modeste. Quand le premier marin débarqua, apparemment assez étonné de mon apparence, je pris conscience que les mois de vie en solitaire avait du effectivement me transformer. Je pris mon meilleur accent, et abordai l’officier dans sa langue maternelle.

-  Je vous remercie de vous être arrêté, senor. Je me nomme Arnaud de Courtevoy, sujet de sa majesté le Roi Léon Alexandre XIII, et le bateau sur lequel je me trouvai a fait naufrage. Je demande la permission de revenir avec vous jusqu’au premier port, étant acquis que je payerai mon voyage.

L’homme parut plus que troublé, et pour cause. Nous étions le 26 août 1668, j’avais passé plus de trois ans dans l’Île, et la Guerre venait de commencer… Mais je n’en savais évidemment rien.

-  Hum… Certainement. Veuillez embarquer, seigneur, le capitaine demandera certainement à vous voir. Si cela ne vous fait rien, pourriez vous me remettre votre arme ? Les gens armés rendent les marins nerveux…

Peu convaincu par cette explication, d’autant que l’officier et deux de ses marins portaient des mousquets bien visibles, je lui tendais néanmoins mon épée, avant d’embarquer. Je ne comprenais pas cet accueil froid et gêné, mais j’étais sur que les choses se clarifieraient dès mon entrevue avec le capitaine.

Les choses devinrent effectivement bien plus claires, mais pas dans le sens espéré. Apprenant que nos pays était en guerre totale, et ne pouvant arguer de manière crédible ne pas connaître cet état de fait, je me retrouvai ne plus ni moins que prisonnier, même si je gardai le droit de me déplacer sur ne navire, tant que je n’adressai la parole qu’aux officiers. C’est ainsi que je pu petit à petit reconstituer les évènements divers qui s’était déroulés durant ma longue absence. Mon frère devenu Empereur, l’agression de l’Eglise et la réplique de Montaigne, sans compter la fin de la Guerre en Eisen… Nous fîmes quelques escales, au cours desquelles je fut chaque fois bouclé à fond de cale. La mansuétude de mes geôliers ne tolérait aucun risque. De nombreuses semaines plus tard, nous arrivâmes enfin en vue du continent. Ce furent des sentiments mitigés qui m’envahirent alors. J’étais plus prêt de chez moi que jamais je ne l’avait été depuis trois ans, mais la prison m’attendait probablement en Castille, surtout que je gardai encore caché sur moi ou dans divers endroits du bateau mon sceau et mes Sols en or. Ce fut la vue des côtes de Montaigne qui me décida. Il me fallait tenter quelque chose dès ce soir. Mon isolement m’avait permis de perfectionner mes techniques de nage, et je préférai la mort à la captivité, si près du but.

La nuit, alors que seuls quelques hommes étaient debout, je récupérai mes maigres biens, enlevai mes bottes et m’approchai du bord du navire. La mer étant mauvaise, le bois du bateau craquait de toute part masquerai le bruit de ma chute. J’enjambai le bastingage, me pendit par les mains, pris mon souffle et sautait dans les eaux noires. Poussé par l’énergie du désespoir, je tentai d’avoir le dessus sur les éléments déchaînés, voyant devant moi une pointe rocheuse. Alors que je me préparais à la contourner, une déferlante me jeta directement dessus, et je perdis conscience… »

Charles de Montaigne se tourna vers le feu crépitant, et murmura le regard vide.

-  La suite, Paul, vous la connaissez… Mais il n’est plus temps pour les regrets. Je pars demain voir monsieur le Duc. J’ai besoin de cinq de mes Sols pour mes frais de voyages ainsi que pour me retrouver une tenue digne, mais prenez les cinq autres comme premier acompte de ma reconnaissance. Sitôt à Charouse, je vous ferais parvenir de mes nouvelles.

Paul regarda sans y croire le Prince verser dans sa main les pièces en or.

-  Monseigneur, enfin je veux dire Votre Altesse est trop bonne…
-  Non, mon bon Paul, et comme je vous l’ai dit, il s’agit d’un simple acompte. Maintenant, si cela ne vous dérange pas, je souhaiterai passez une dernière bonne nuit ici, avant mon entrevue avec ce bon Antoine de Rogne.

5°/ Sur la route de Charouse

Le lendemain, Charles fit effectivement ses adieux aux pêcheurs, et partit en même tant que Paul. Il loua une charrette, et s’arrêta à la première ville pour y acheter un costume correct. Les Sols en or eurent bien vite raisons des regards étonnés du tailleurs pour cet homme habillé de manière plus que frustre. Le soir, il logea incognito à l’Hôtel du Bois, avant de poursuivre sa route en fiacre. Enfin, trois jours après, il arriva en vue du Palais du Duc de Rogne dont il gravit rapidement les marches, avant d’être arrêté par un homme en livrée.

-  Bonsoir, monseigneur, que puis-je pour vous ?
-  Bonsoir. Il me faut voir le Duc.
-  Certainement. Je suppose que le Duc attends Monsieur ?
-  Non, le Duc ne m’attend pas, mais donnez-lui ceci et il me recevra.

Charles lui tendit alors une simple lettre dûment cachetée.

-  Je m’en occupe immédiatement, Monsieur. Et qui dois-je annoncer ?
-  Il ne sera pas nécessaire de m’annoncer.
-  Bien. Si Monsieur veut bien se donner la peine d’attendre dans ce petit salon.

L’intendant parti après un dernier regard peu amène pour ce visiteur impromptu, et se rendit chez le Duc.

-  Si Monsieur le Duc veut bien m’excuser, il est en bas un homme qui désire le voir, mais qui refuse de se nommer. Dois-je le faire sortir par la garde ?

Ce faisant, il passa au Duc la missive. Celui-ci baissa les yeux dessus, répondant dans le même temps.

-  S’il persiste, oui, sinon, dites-lui que je tiens cour demain et qu’il pourra m’y voir.
-  Je m’en occupe immédiatement, Monsieur.

Le duc lut les premières lignes de la lettre, qui était fort courte, avant de reconnaître le sceau. Il se mit alors à trembler.

-  Ce… Ce n’est pas possible… Cet homme est mort… Mort ! Gustave !

L’intendant qui était déjà à la porte se retourna vivement.

-  Monsieur ?
-  Dites à notre invité que je vais le recevoir, et faites préparer une chambre à son intention.
-  Bien Monsieur.

Quelques minutes plus tard, le Prince entrait dans le bureau du Duc d’un pas alerte.

-  Je remercie sa Seigneurie le Duc de m’avoir reçu si rapidement.
-  Il n’y a pas de quoi… Votre Altesse…

Ces derniers mots étaient prononcés avec un doute et une gêne évidente.

-  Mais comprenez mon trouble… Nous n’avons eu de vos nouvelles depuis bien longtemps… Et comment vous dire… Enfin disons que votre frère l’Empereur…
-  … A organisé des funérailles en mon honneur ?
-  Euh… Oui.
-  Et bien nul doute qu’il sera heureux de voir que la providence m’a permit d’en réchapper.
-  Certainement…

Antoine de Rogne sentait la sueur s’écouler à grosse gouttes de son front, entre des pensées contradictoires. Il ne peut être celui qu’il prétend, pensait-il, et si je le crois, on me tournera en ridicule. Théus, que dois-je faire. Car c’est pourtant bien son sceau, et s’il y a ne fusse qu’un chance qu’il soit réellement le Prince Charles, c’est bien plus que j’aurais à craindre si je ne lui accorde pas tout le respect du…

-  Je vois que Monsieur le Duc ne se sent guère bien. Je ne voudrais pas vous déranger plus que de nécessaire. J’ai deux simples requêtes à vous faire.
-  Je… Je vous écoute.
-  Je souhaiterai pouvoir passer la nuit dans votre beau Palais
-  Mais… certainement, mon intendant vous prépare déjà votre chambre. Et… Pour votre deuxième requête ?
-  Oh, rien de plus simple, je voudrais savoir si Monsieur le Duc pourrait me confier un de ses fiacres ainsi qu’un équipage pour me rendre au plus vite à Charouse.

Un soupir de soulagement se fit sentir, tandis que la réponse du Duc fusa.

-  Ce sera un honneur pour moi que de prêter un carrosse à Votre Altesse. Quatre hommes seront à Ses ordres dès demain matin.
-  Parfait. Si cela ne vous fait rien, je vais me retirer, je voudrais partir tôt demain matin.
-  Bien… Bonne nuit Votre Altesse.

Antoine de Rogne referma la porte sur l’intrus, et respira enfin… Je m’en tire bien, se dit-il, Théus seul sait ce qu’il aurait pu exiger…

Le lendemain matin, Charles de Montaigne montait dans un carrosse, vêtu d’un des propres costumes du Duc fourni par son intendant, ordonnait au cocher de démarrer avant de s’exclamer

- A nous deux, Charouse, maintenant ! »

P.-S.

Une nouvelle dans l’univers de Théah 2000



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