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Une nuit... comme les autres !

lundi 24 janvier 2005, par Cédric Ferrand

Un ch’tit cadeau de Cédric Ferrand, l’auteur de Sovok. Une courte histoire de suicidé, de flic et... d’ambulanciers en plein Moscou 2025.

Moscou, Russie
27 novembre 2025, 22h09

L’ambulance aéroportée de classe Jigouli ronronne calmement au ralenti tandis qu’elle est stationnée au pied d’un immeuble qui n’a pas été repeint depuis... qui n’a jamais été repeint. A son bord se trouve son pilote, Arseni, qui pour rien au monde ne bougerait son cul du siège en simili cuir sur lequel il est constamment avachi. A travers le pare-brise blindé chargé de neige lourde, il observe ses collègues qui, à l’extérieur du véhicule, procèdent à leur première intervention de la nuit.

Le standard ne leur a pas menti : un homme a bel et bien sauté du sixième étage pour venir s’écraser sur le trottoir de la rue. Et à voir la petite couche de neige qui recouvre le cadavre, cela fait un petit moment qu’il a vérifié les théories de Newton sur l’attraction terrestre.
Dans la rue, le docteur Ramayan et Sergeï peinent à soulever le corps du mort pour le déposer sur le brancard. Il faut dire que le défunt est bardé de cybernétique : le bras droit, les deux jambes, plus un cyber-oeil qui lui couvre le quart du visage. Sans doute un ancien soldat de l’Armée Rouge qui n’arrivait plus à joindre les deux bouts depuis que le gouvernement ne verse plus les pensions des anciens combattants.

« Vois-tu Sergeï, tout corps est amené à passer par une ambulance un jour ou l’autre. » explique doctement Ramayan. Dimitri cesse de les filmer en train de peiner à soulever le corps et se décide à leur donner un coup de main décisif. Après maints halètements, le mort finit sur le brancard et est porté par l’équipe jusque dans l’ambulance, où les attendent le Père Trenko et Arseni. Et Sergeï d’ironiser :
« Alors, mon Père, vous ne sortez même plus pour donner l’extrême onction à ces pauvres bougres ? Vous avez enfin compris qu’à -10°C même l’eau bénite finit invariablement par geler, comme tout le reste dans cette foutue ville ? »

La Jigouli gronde dans la nuit et file jusqu’à l’hôpital alors que son équipage se chamaille à l’arrière.

La même ambulance, quelques minutes plus tard. Elle est à l’arrêt sur le bas-côté d’une rue. Les urgentistes ont été rejoints par un invité qui s’est quelque peu imposé de lui même : un policier. Et Arseni qui tempête à pleins poumons depuis son siège :
« Mais c’est crétin ! Vous ne pouvez pas nous accuser d’excès de vitesse, nous sommes des ambulanciers en service ! »
Le policier, pour la énième fois, reprend son explication :
« La loi est très claire et précise que vous êtes exceptionnellement autorisés à ne pas respecter les limitations de vitesse mais uniquement dans le cas où vous transportez un patient vivant à destination de l’unité de soin la plus proche. Or je constate ici que la victime que vous transportez en ce moment même est décédée. Donc...
— Bah oui, coupe le docteur Ramayan, si la Police nous arrête à tous les coins de rue, il est évident que mes patients n’arriveront jamais à temps au bloc opératoire pour prétendre rester en vie.
— Oh, vous savez je ne fais qu’appliquer le règlement. En tant que personnel médical, vous devriez montrer l’exemple et ne pas abuser des prérogatives que vous octroie votre profession. »
Sergeï, qui ne laisse rien paraître de la sourde colère qui monte en lui, juge le policier de la tête au pied pendant qu’il parle et glisse à l’oreille d’Arseni :
« Je peux me le faire en une fraction de seconde. Tu me laisses agir et je l’assomme avant qu’il ait eu le temps de dire ouf.
— Non Sergeï, on ne peut pas se le permettre : s’attaquer à un policier, c’est se mettre tous les flics et les miliciens de Moscou à dos. Ca ne vaut pas le coût.
— D’accord, Arseni, t’es le chef d’équipe, c’est toi qui décide. Mais dis toi bien qu’on pourrait simplement en finir avec une manchette dans la nuque. »
Sans faire attention au conciliabule de Sergeï et Arseni, le policier continue :
« Je fixe donc l’amende à 10 000 €uroubles et je vous donne une heure pour réunir la somme. Passé ce délai votre véhicule sera saisi et vos licences d’ambulanciers sauteront... »
Un chapelet d’injures retentit dans la Jigouli et se fait entendre jusque dans la rue.

Dix minutes plus tard, l’ambulance survole tranquillement Moscou. Arseni raccroche la radio qui les relie au standard et annonce à haute voix, sans cesser de surveiller sa trajectoire :
« Ben c’est foutu. Je viens d’avoir le patron et il refuse de payer l’amende. Il dit que c’est à nous de nous débrouiller et qui si on perd nos licences, il nous vire dans l’heure. »
Sergeï est le premier à réagir :
« Dimitri, t’as pas gagné du blé en fourguant les images de nos interventions au journal télévisé ?
— Ben si, mais ça m’a tout juste suffit pour rembourser ma dette. Je suis à nouveau à sec.
— Et vous, mon Père, vous pouvez pas demander à Dieu de nous envoyer un signe ? » attaque une fois de plus Sergeï.
Pensif, le Père Trenko quitte des yeux sa Bible et lance à Arseni :
« Emmènes nous donc près du quai Sainte Sophie.
— Et qu’est-ce que je vais trouver là-bas, mon Père ? Une banque ?
— Niet, mieux que ça : une ouaille à moi. Un homme peu regardant qui nous rachètera à bon prix toute la cybernétique que ce suicidé a sur lui. On devrait pouvoir en tirer pas loin de 10 000 €uroubles.
Se levant soudainement de son siège, le docteur Ramayan ouvre un tiroir, prends un scalpel dans la main et lance :
« Bien joué, mon Père. Je vais procéder illico presto à la découpe, histoire qu’on ne perde pas de temps... »

Cédric Ferrand



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