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Unknown armies

L’œil d’Abel

jeudi 13 avril 2006, par Olivier

- Comment se sent-on quand on est comme ça ? Je veux dire...

La petite garce. Elle m’a percé à jour. Peut être même est-ce pour cela qu’elle sort avec moi. Elle veut se taper un anormal, par curiosité malsaine. Ca l’excite. Elle est comme ces princesses du Moyen-Age qui allaient se faire enfiler discrètement par un monstre de foire pour avoir une idée de l’enfer.

- D’après toi, comment ça peut faire ? Tu ne ressens rien. Tu es amnésique. Ton passé n’existe pas. Après l’opération, tu es pris en main par les psys pendant des semaines pour te reconstruire et te préparer à ton boulot dans la boîte. Ta mémoire procédurale est intacte, tu peux bosser tout de suite. C’est tout. Le seul vrai problème, c’est les petites putes dans ton genre. Elles viennent toujours se gorger de l’odeur de la merde. Tu pourras écrire ça dans ton journal.

Je suis vraiment furieux. Je jette un billet sur la table et me lève. Tout le monde me regarde dans le resto.

- Justement, je comptais bien me taper une pute, mais je crois que tu ne feras pas l’affaire. Je vais aller rue de Berne. Bonsoir.

Une fois dehors, je m’efforce de me calmer en marchant dans les rues de Genève. J’adore me fondre dans la foule d’habitude, surtout à la tombée du jour. Mais ça ne me suffit pas après ce coup en traître. Je crois que je vais VRAIMENT me payer une prostituée. Poste, gare routière, église moche, banque... La foule s’épaissit quand j’entre en rue de Berne. Hommes d’affaires, putes, macs, touristes hilares. Rien que du familier, du rassurant. Je hume avec délice l’odeur de la déchéance. Je commence à me détendre. Tout d’un coup mon regard se braque sur un grand type qui remonte le trottoir dans ma direction. La quarantaine en costard cravate, un attaché-case à la main, il a un visage rond traversé d’un sourire auto-satisfait. Son regard croise le mien et il s’arrête. Il blêmit. Ses yeux fixés dans les miens, je comprends qu’il vient de me reconnaître. Immédiatement il traverse la rue, accélère et s’engage dans une ruelle. Je suis figé dans une peur proche de l’orgasme. J’ai du mal à respirer. Je crois que je suis en train de vivre un vieux cauchemar. Je manque de me faire écraser en traversant la rue. Dans la ruelle, le type me tourne le dos et hurle dans un portable qu’il tient à deux mains contre son oreille. Je ne veux pas me souvenir. Je ne veux pas de mon passé. Je déplie mon canif de poche, l’attrape par les cheveux et le lui plante dans la gorge. Je viens de tuer un homme. Au dessus de moi, la caméra de surveillance d’un sex-shop me regarde d’un oeil froid.



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