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Vampire : la mascarade

[Brujah] Présentation du clan

vendredi 27 janvier 2006, par Shosuro Shinji

Athènes, 1994.

Giuseppe Randali s’amusait. Le chef mafieux avec qui il devait faire l’échange avait cru pouvoir le rouler. Il faut dire à sa décharge que jamais le vampire n’avait semble prendre de quelconque précaution lors des rendez-vous, tandis que lui était toujours entouré de cinq ou six hommes en armes. Giuseppe avait toujours été sûr qu’il y en avait d’autres de cachés dans l’ombre, et il ne s’était pas trompé.

Et il avait su que le capo avait voulu le rouler dès le début de cette affaire. Tout d’abord parce que cette transaction-là mettait en jeu une somme d’une importance inégalée, qui dépassait en une seule fois la réunion de tout l’argent qui avait transité au cours de leurs sept premiers échanges. Il l’avait su, car tout le visage du vieil italien trahissait sa volonté de tuer Giuseppe, et de garder pour lui l’argent et les armes. Mais Giuseppe en avait vu d’autres. Et il avait décidé de prendre le capo à son propre piège.

C’est pourquoi au moment où ce dernier avait levé la main, donnant ainsi le signal à ses troupes d’envoyer la sauce, Giuseppe avait agi.

Célérité. Il avait d’abord foncé sur les deux hommes les plus proches de lui à une vitesse surnaturelle, et était sur eux avant même qu’ils n’aient eu le temps d’agripper leur mitraillette.

Puissance. Le premier coup de poing fut porté de bas en haut, frappant l’homme de main au menton. Un horrible craquement se fit entendre, et l’homme vola à six mètres de lui, déjà mort avant d’avoir touché le sol. Giuseppe agrippa l’autre, qui était resté tétanisé par la rapidité de l’attaque, et mit son corps devant le sien au moment même où les premiers coups de feu partaient. Giuseppe resta impassible en sentant le corps de son bouclier humain tressaillir sous la puissance des multiples impacts des mitraillettes qui lacéraient ses chairs. Il profita de ce bref instant de répit pour jauger la situation. Trois hommes en ligne d’un côté, et un quatrième tout seul. Quelques balles atteignirent le bras dont il se servait pour maintenir son bouclier, mais il s’en foutait. Ce même bouclier devenant à présent un fardeau, il l’agrippa à deux mains et le lança sur les trois hommes.

Présence. Maintenant qu’il n’avait plus de protection, le vampire était devenu vulnérable aux balles de ses ennemis. Giuseppe connaissait ses limites, et savait que même s’il avait une résistance inhumaine aux impacts, il restait tout de même vulnérable aux mitraillettes. Et il n’avait aucunement envie de finir en torpeur dans un entrepôt. Les mafieux le croiraient alors mort, et creuser le béton est une tâche ingrate et fatigante, d’autant qu’il n’aurait plus de sang. Oui, les risques étaient réels. Il devait donc agir vite. Les trois hommes s’étaient pris le corps de plein fouet, et deux d’entre eux s’étaient évanouis sous l’impact. Le troisième était en train de se relever. L’homme resté seul, lui, visait le vampire. C’est alors que Giuseppe sortit ses crocs et poussa un hurlement inhumain dans sa direction, se servant de toute la puissance de sa volonté pour créer une peur anormale chez son adversaire. Ce dernier se figea, son visage se transforma en pure terreur. Il lâcha son arme, fit demi-tour et prit la fuite.

Deux enjambés, et le caïnite acheva les trois hommes. Il ne restait plus que le capo et lui. Le combat n’avait pas duré plus de trente secondes.

Le capo regarda Giuseppe, complètement horrifié, puis fit mine d’avancer vers sa voiture. Il n’eût pas le temps de l’atteindre. Le jeune Brujah l’agrippa au moment où il allait poser sa main sur la portière, puis, d’un coup sec il lui broya la gorge. Laissant le vieil homme s’étouffer dans son sang, il se mit à la recherche du fuyard. Il ne lui fallut que quelques minutes pour le retrouver - les docks n’offrent pas énormément de cachettes pour quelqu’un qui sait chercher. Malgré ses supplications, l’homme de main subit le même sort que ses compagnons. Giuseppe fit démarrer un hors-bord, sans en avoir les clefs, chargea les corps à l’intérieur, puis se dirigea vers la pleine mer. Là, il jeta les cadavres aux poissons, puis retourna sur les docks, chargea les armes et l’argent dans sa voiture, puis repartit. De l’affrontement, il ne resterait au matin que quelques douilles et des tâches de sang. Trop peu pour mobiliser les flics.

William Savetort était en train de lire son livre favori pour la énième fois. L’auteur avait été l’une de ses goules dont le nom avait été oublié avec le temps, mais qui, dans les années vingt, avait été l’un des penseurs du mouvement communiste allemand, où il avait longtemps côtoyé Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Le vampire était habillé comme un intellectuel anglais du milieu du dix-neuvième - gilet, montre à gousset et monocle. C’est d’ailleurs ce qu’il avait été, avant de se faire étreindre par un Brujah qui appréciait ses idées anarchistes. En un siècle et demi, William était passé de l’anarchisme au communisme, puis du communisme au socialisme, avait tenté l’écologisme pendant quelques années, avant de finalement revenir à l’anarchisme. Mais il avait de temps à autre des crises de nostalgie, qui le poussaient à relire des livres qu’il avait depuis longtemps délaissés, s’amusant de revoir les anciennes notes gribouillées à la plume... Ah, comme il avait été naïf ! Maintenant qu’il approchait les cent cinquante huit ans de non-vie, il sentait comme une profonde forme de lassitude. Il avait vu tellement de projets, tellement de révolutions, de contre-révolutions... William décida brusquement de prendre l’air. Il sortit donc de la luxueuse villa qui dominait Athènes, et fit quelques pas dans le jardin, rêveur.

A quoi bon tout cela ?

Comme beaucoup de Brujahs, il ressentait un profond vide au fur et à mesure que l’âge passait. La révolution, oui, mais laquelle ?

Le crissement des pas sur le gravier le fit se retourner.

Il sourit en voyant Nikolaï, son infant, se diriger vers lui. Nikolaï avait l’apparence d’un jeune étudiant d’une vingtaine d’années. Ses cheveux longs noués en catogan, ses petites lunettes, sa chemise bleue... Il l’avait trouvé à Saint-Pétersbourg en 1985. Etudiant en sciences politiques, le jeune homme était à l’époque l’un des plus fervents admirateurs du communisme de son université. Intelligent, et très brillant, il constituait un candidat idéal pour l’étreinte. Aujourd’hui, William se félicitait de son choix.

Mais le jeune Infant semblait inquiet.

— Que se passe-t’il ? demanda William.

Son Infant soupira.

— C’est Giuseppe. Il devrait déjà être rentré.

Ce fut au tour de William de soupirer. Il avait rencontré Giuseppe il y avait de cela huit ans, et le Brujah était devenu le meilleur ami de Nikolaï. C’est pourquoi l’ancilla tolérait sa présence, par affection envers sont infant. Mais il ne l’aimait pas beaucoup.

— Tu sais où il est allé ?

— D’après ce qu’il m’a dit, il devait réceptionner un chargement d’armes ce soir.

Cela n’étonna pas William. Giuseppe avait comme cheval de bataille la révolution à l’état brut, la révolution pure, comme il l’appelait. Comme beaucoup de jeunes Brujahs - William avait été pareil, au début, l’Italien ne semblait pouvoir considérer une révolution que comme une gigantesque lutte armée, où les vaillants défenseurs de la liberté se dresseraient contre les tenants de l’oppression. Cela ne pouvait se faire que durant de nombreux combats de rues, où chaque camp tenterait de progresser rue après rue. Avec cette conception, il était facile de comprendre que le jeune Brujah s’était érigé en parrain de nombreux mouvements révolutionnaires du tiers-monde. Il s’occupait notamment de leur fournir des armes.

A jouer avec le feu, celui-là finira par se brûler, pensa l’ancilla.

Ce qui inquiétait le plus William dans cette histoire, ce n’était certes pas la destinée de l’Italien, dont il se foutait comme de son premier calice, mais bien la sombre fascination qu’il exerçait sur son Infant. Giuseppe était quelqu’un de très dangereux. Il suffisait de voir la sombre folie qui habitait ses yeux lorsqu’il se mettait à déblatérer ses idées préconçues pour que n’importe quelle personne un tant soit peu intelligente s’en rende tout de suite compte. Mais Nikolaï était totalement fasciné par ce personnage. Depuis qu’il l’avait rencontré, c’était Giuseppe par-ci, Giuseppe par-là. William avait tout tenté pour arracher son Infant de ses griffes, mais en vain.

Pendant qu’il ne faisait ces réflexions, Nikolaï, quant à lui, faisait les cents pas, visiblement très nerveux.

— Il m’a appelé juste avant d’y aller, dit-il. Cela fait maintenant plusieurs heures. Il a du arriver quelque chose, expliqua-t’il.

Son Sire se surprit à prier mentalement que ce soit le cas. Il tenta néanmoins de rassurer le jeune vampire.

— Tu sais, il peut y avoir un grand nombre d’explications à ce retard. Peut-être que les armes n’ont pas pu êtres toutes livrées à temps. Peut-être qu’il attend en ce moment avec son contact. Peut-être que les flics ont débarqué... Que sais-je encore... Quoi qu’il en soit, je vois mal comment il aurait vraiment pu lui arriver quelque chose.

Son Infant lui jeta un coup d’œil peu convaincu, et s’assit sur une chaise, et commença à se ronger les ongles, ce qu’il avait pour habitude de faire lorsqu’il était extrêmement angoissé, avant de lui répondre.

— Il va bientôt être quatre heures du matin. Il y a de moins en moins de chances qu’il rentre ici cette nuit.

C’est à ce moment-là - on se serait cru dans une pièce de théâtre - que le bruit de pas parvint à leur oreille. Quelqu’un rentrait dans la maison. Les deux vampires se levèrent et rentrèrent à l’intérieur.

C’était Giuseppe, trempé de partout. Nikolaï se jeta à son cou.

— Oh, tu es de retour. J’ai eu si peur pour toi...

L’ancilla secoua lentement la tête. Cela semblait tellement impossible, mais les faits étaient là. Son Infant, qu’il chérissait plus que tout au monde, était en train de tomber amoureux de ce connard.

— Que s’est-il passé ? se contenta de dire l’Anglais, d’un ton froid.

C’est alors que Giuseppe leur expliqua.

Deux jours plus tard.

La maison avait été construite dans un vieux style classique, au XVIIIème siècle. Celui qui avait commandé la construction tenait visiblement à en pas être dépaysé, puisque toutes les techniques qui avaient été employées dataient du XIVème ou du XVème siècle. Curieusement, elle n’avait pas de jardin. Toute la place disponible avait été réservée à la construction de la bâtisse, ce qui faisait que cette dernière atteignait des proportions impressionnantes, voire monstrueuses, écrasantes de massivité.

D’après ce que William en savait, le même commanditaire s’était un jour lassé de l’architecture. C’est pourquoi il avait commandé l’ajout de colonnades et de baies vitrées, dans les années soixante. Le tout rendait un mélange détonnant, et de fort mauvais goût, d’architecture italienne de la fin du moyen-âge, et de néo-style romain du vingtième siècle.

L’homme qui l’accueillit semblait avoir soixante-cinq ans. Une longue barbe blanche couvrait la partie inférieure de son visage, lui donnant l’air d’un patriarche. William le regarda quelques instants, puis fit une profonde révérence.

— Monsieur Nykos Giovanni, je vous remercie d’avoir bien voulu...

— Mon temps est précieux, le coupa le dirigeant local du clan d’un ton sec. Epargnez-moi vos fioritures et dites-moi ce que vous avez à dire.

William leva lentement les yeux, et un sourire se dessina lentement sur son visage.

— Il me semble qu’un de vos réseaux a subi un important revers sur les docks, et perdu une somme considérable, il y a de cela quelques jours.

L’intérêt du Giovanni avait été éveillé.

— Et ?

— Eh bien, parlons tout d’abord du prix, répondit William.

Il l’aurait volontiers fait gratuitement, mais jamais un Giovanni n’aurait cru quelqu’un qui serait venu livrer ce genre d’informations sans contrepartie. Tu sais, Giuseppe, toi qui te crois si malin, tu n’as pas encore compris que le meilleur moyen d’accomplir tes objectifs n’est pas de combattre les puissants, mais de composer avec eux.

Et tu n’auras jamais l’occasion de le comprendre.



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