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Warhammer

Les Seigneurs du Crime

lundi 20 juin 2005, par G. Boquet

Subissant d’une nouvelle crise d’insomnie Chestel se promena contre les conseils de sa femme dans les rues sombres de Quenelles. Un vent tiède confirmait l’arrivé du printemps. Les étoiles, petites et brillantes, encerclaient la demi-lune blanche. Chestel marcha longtemps sous le couvert des toits en suivant les rares lampions. Parmi les rues étroites et les chats sauvages il découvrait sa ville sous une nouvelle nuit. Le bruit de ses pas dans les flaques faisaient échos sur les murs décrépis. Comme un murmure dans une forêt il entendit un bruit étouffé et sourd. Connaissant les rumeurs sur les dangers de la nuit il sortit du caniveau et se colla au mur profitant d’un passage sans lumière. Il entendit des voix. Trop faible pour être comprise. Puis il comprit que l’on tirait quelque chose sur le sol. Dans sa direction.

Chestel avait peur. Ses mains devenues moites appuyaient sur le mur. Il retenait autant que possible son souffle pour ne pas être entendu. Il crut voir deux formes tirer un grand sac. Elles s’arrêtèrent près de lui. Chestel entendit frapper à une porte deux coups rapides puis trois autres plus lents. Il eut un doute affreux mais la porte s’ouvrit vers l’extérieur camouflant son corps. Il vit deux hommes habillés de sombre porter un grand sac où était enfermé ce qui semble être un homme. Ils entrèrent sans un mot emmenant leur paquet. La porte se referma. Chestel avait le cœur emballé. Il resta un moment à regretter d’être sortit et à se calmer. Il repensa à ce qui venait de ce passé. Il se demandait ce qu’il allait faire. Prévenir la milice ? Rien ? C’est dans cet état d’agitation qu’il entendit de nouveau frapper à la porte. Les même coups. Il comprit que c’était un signal. Il attendit encore un peu rentra chez lui en prenant moult précaution pour ne pas se faire remarquer. C’était une belle nuit comme les autres. Un vent tiède. Les étoiles petites et brillantes.

Chestel passa le restant de la nuit à réfléchir sur une bouteille de vin et un morceau de pain beurré. Une bougie éclairait son visage inquiet et songeur. Cette nuit là il venait de vivre des choses qu’il n’avait ressentit qu’en voyant sa femme. Des sensations pures et fortes. Il voulait réveiller sa femme et lui raconter mais il savait qu’elle ne comprendrait pas son excitation. Cette nuit là il décida qu’il retournerait dans la ruelle. Derrière la porte.

Il retourna derrière la porte. Evitant de bouger. Dans le noir. Dans le froid. Attendant et tremblant. Il espérait un bruit, une lueur. Il repensait à la veille. Quand soudain, une douleur à la tête. Après un temps qui lui sembla par la suite infiniment long il se réveilla. La lumière agressa ses yeux. Et l’impression d’avoir un clou dans le crâne le perturbait. Il voulut se toucher la tête mais quelque chose le retenait. Il ouvrit enfin les yeux. S’habituant en fronçant les sourcils. Il vit qu’un petit homme le dévisageait. Un halfling. Ses jambes balançait dans le vide sous la chaise où il était assis. Et, dans le fond de la pièce, un homme en armure noire gardait la porte. Chestel se trouvait dans une cave. Du moins il le supposait à la vue du grand nombre de tonneaux. Le halfling était impassible. Habillé de cuir, il semblait attendre quelque chose. Chestel se redressa tant bien que mal et s’assit en tailleur. Son cœur battant la chamade. Tentant de garder un peu de contenance il demanda :
- Qui êtes-vous ?
- Bonjour répondit le petit homme avec un sourire avenant.
Chestel était troublé par l’humeur joyeuse du halfling et sa voix apaisante. Alors qu’il cherchait à comprendre celui-ci reprit :
- Nous vous avions remarqué hier.
Il marqua une pause. Tout en balançant ses jambes il continua :
- Avant de choisir ce que je vais faire de vous j’aimerais que vous répondiez à une question.
Il sauta de sa chaise. Son expression avait changeait et devient sombre. Il sortit une dague de sa botte et la plaça sous la gorge de Chestel. Menaçant il demanda :
- Pourquoi n’as-tu pas prévenu la milice ? Son visage devint noir et le contour de ses yeux rouge vif puis il finit :
- Un conseil ne ment pas !
Chestel sentait le froid de sa lame qui commençait à lacérer sa chair. Terrorisé par les yeux du halfling qui semblait fouiller son esprit. Il n’aurait pas une impression plus forte en croisant la faucheuse. Bégayant. De la sueur froide coulant dans son dos. Il répondit. Le visage du petit homme redevint normal et il sembla de nouveau calme et joyeux. Il rangea sa dague. Aida Chestel à se lever et défit ses liens. Chestel ne comprenait pas. Légèrement ahuri, il vit le petit homme faire un signe au guerrier qui s’approcha. Son armure, lourde et ornée de glyphes, imposait le respect. Chestel cherchait les yeux de l’homme mais ils restaient dans le noir. Une impression de puissance suintait de l’armure. Chestel pensait que les deux rapières noires croisées à la base du dos auraient pu le tuer avant qu’il n’esquisse le moindre geste. Arrivé à la hauteur du halflink il s’agenouilla et demanda avec un profond respect qui étonna Chestel :
- Maître ?
- Occupes-toi de lui. Je pense qu’il fera un bon surveillant ou un informateur. Surtout s’il est insomniaque.
Le guerrier prit Chestel par le bras comme on le ferait à une amie et l’emmena. Mais le halfling reprit :
- N’oublie pas de lui demander si elle accepte.
- Oui Maître.
A peine furent-ils sortit que le guerrier se mit à parler avec véhémence et félicita à maintes reprises Chestel encore sous le coup. Il ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait. Passant dans de nombreux couloirs éclairés à la torche, Ils arrivèrent enfin à une grande porte de bronze rouillée. Un vieil homme recroquevillé assis derrière son bureau, le visage éclairé par une bougie, dévisagea Chestel. La pâleur de ses mains. La maigreur de son corps. Ses vêtements en haillon. Tout faisait de lui un clochard basique.
- Il n’est pas bien épais, dit le vieux.
- Il pense qu’il fera un bon surveillant, au pire un informateur.
- Un surveillant, dit pensivement le vieillard... Que peux-tu dire de moi garçon ?
Chestel s’étonna. Que voulait-il ? A son tour il regarda attentivement le viel homme. Certes il était maigre, mal habillé mais il était rasé. Ses cheveux étaient peignés. On pouvait deviner une dague dans sa manche. Ses doigts jouaient de manière très habile avec une clé de bronze. Certainement celle de la porte. Puis Chestel remarqua des trous au niveau du lobe des oreilles et des marques blanches à la base des doigts. Le vieillard s’impatienta et il dit, montrant la paume de sa main en même temps :
- Alors ?
- Vous êtes médecin ?
Le guerrier ne bougea pas mais un soupir de soulagement s’échappa de son casque. Le vieil homme eut un sourire énigmatique :
- Et qu’est-ce qui te fais dire ça ?
- Vous vous habillez et semblait maigre comme un clochard. Mais je pense que c’est une maigreur naturelle. Vous avez les trace de boucles d’oreilles, de bagues et vous êtes très habille de vos mains. Cette manière de faire pivoter la clé de gauche à droite sur vos doigts n’est pas courante.
- Je pourrais aussi bien être un voleur ou un amuseur.
- Ce qui m’a mit sur la voix se sont les traces de coupures sur vos index. En bout de doigt, dur la longueur. Souvent se sont les médecins qui ont se type de coupure car doivent parfois recoudre avec du fil ou des nerfs très fins. C’est en serrant le nœud pour éviter qu’il ne se détende que vous vous êtes fait ces entailles.
Le vieil homme regarda l’homme en armure et sourit en hochant la tête.
- Impressionnant. Je dois avouer que je ne vous en aurez pas cru capable. Sachez néanmoins que je ne suis pas médecin et que ces entailles sont faites avec un couteau. C’est une mise en scène pour faire passer le test.
Il baissa la tête et fouilla dans son bureau. Il sortit un papier bleu.
- Tenez, vous en aurez besoin pour la suite. Quand vous arrivez à un embranchement passez par la porte bleue. Si vous passez par une autre porte vous serez abattu. Vous devez toujours avoir se papier dans la main, visible et devrez le rendre à la fin, intact.
Après ces mots, il se renfrogna et se mit à écrire sur son bureau le nom de Chestel sous une liste déjà bien longue.
Le guerrier reprit Chestel par le bras, la clé des mains du vieillard et alla vers la porte. Il fit jouer l’énorme verrou. Enleva la poutre et ouvrit un battant.
- Ici aucun retour n’est possible. On se reverra dans trois mois... Si tu survis.
Il parla d’une voix très monotone et basse qui résonnait dans son casque. Chestel ne savait pas ce qu’il l’attendait. Son cœur s’emballa de nouveau. Il regardait par la porte mais ne voyait rien tellement il faisait sombre. Il chercha un soutien chez le guerrier mais son expression resta cachée par le casque. Le vieillard pesta contre le courant d’air et demanda de se dépêcher. Chestel, contraint, entra. La porte se ferma derrière lui dans un bruit métallique sourd. Chestel avait beau attendre que ces yeux s’habituent, il ne voyait rien. Il perdait la notion d’espace et quelque peu son équilibre car son regard ne pouvait se poser nulle part. Il s’appuya à la porte et longea jusqu’au mur. Sous ses doigts il sentit des inscriptions gravées grossièrement.
" Vous êtes dans un labyrinthe. Les inscriptions vous permettront de vous orienter, de vous nourrir et d’éviter les pièges. Elles se trouvent partout, au sol, sur un mur, au plafond. "
Chestel tâta le sol.
" Avancez de 20 pas. "
Chestel suivit longtemps les inscriptions. Et plus il avançait plus les inscriptions étaient petites et difficiles à atteindre. Il marchait depuis des heures qui lui parurent interminables quand un message le prévint d’un nouveau piège.
" 3 pas à gauche, 1 trou. 3 pas tout droit, 1 trou. 3 pas à droite, 1 trou. "
Il avança tâtonnant et constata la présence des trous. Et quand il voulut faire marche arrière, il faillit tomber dans un trou qui n’était pas là. Il ne sentait plus ses jambes et n’arrivait plus à réfléchir correctement. Il décida de s’arrêter. Faire une pause. Il s’assit et s’adossa au mur. Il ne savait plus quoi penser de ce test. Puis il sentit quelque chose sous ses doigts. De fines inscriptions. Très légères. Presque effacées.
" Le plafond "
Chestel avait oublié que des inscriptions pouvaient se trouver sur le plafond. Il chercha à le toucher mais il était trop haut. Même en sautant. Le lendemain, alors qu’il marchait maintenant pieds nus pour sentir la moindre inscription du sol il entendit un sifflement sur sa droite. Il voulut toucher le mur. Il n’y avait plus de mur. Il n’y avait plus qu’une passerelle de roche, étroite. Il s’arrêta pour écouter quand quelque chose passa à quelques centimètres de lui. Il sentit le souffle de la chose sur sa peau et dans ses cheveux. Il prit un morceau de bois qu’il avait trouvé. Recula. Et le tendit devant lui. La chose repassa. Le morceau de bois était coupé en deux...

Trois jours plus tard et quelques dizaines de pièges passés, il arriva à une porte en bois. Un mince filet de lumière passant par les chambranles. Il ouvrit. La lueur d’une bougie éclairait la pièce. Petite. Carré. Une table en son centre avec une chaise et une femme dessus. Sa femme.
- Nous allons laisser le temps à tes yeux de s’habituer. Ferme la porte.
Hébété, il obéit. Il ne comprenait. Plutôt il ne voulait pas comprendre ce qu’elle faisait là. Elle le regardait. Les habits déchirés, sales, quelques hématomes et le visage troublé. Puis elle dit :
- J’ai été très surprise d’apprendre que tu avais accepté d’entrer dans le groupe. Mais es-tu déterminé ? Les épreuves à venir seront plus dures que ce que tu as pu vivre jusqu’à aujourd’hui. Rien de comparable. Si tu as cru mourir dans le labyrinthe ici ce sera pire. Tu préféreras la mort.
Elle se leva et le força à s’asseoir.
- Pendant ces quelques jours tu as appris à lire des messages écrits à l’encre même la nuit. A te repérer dans une pièce noire. A escalader des murs. Faire confiance à tes autres sens que la vue pour te guider et agir. Et tu as réussi à survivre. Regarde cette porte. (Elle indiqua une nouvelle porte de bronze.) Dis-toi que ce sera le même labyrinthe mais avec des chaussons, des gants de cuir épais et que tu ne pourras pas non plus te fier à ton odorat. Si tu passes par cette porte il y aura de grandes chances que tu meurs. Rare sont ceux qui ont réussi. Si tu refuse de passer par cette porte tu resteras vivant mais tu ne pourra plus parler, écrire. Plus jamais.
Elle sortit un encrier et une plume de sa poche.
- Prend le papier bleu et écris ton choix.
Chestel ne savait plus ou il en était. La distance de sa femme. L’organisation. Leur amour. Sa vie. Il était perdu. Vivre ou mourir. Vivre ou mourir. Vivre. Mourir. De longues minutes, il resta indécis. Regardant tour à tour sa femme et le papier bleu. Puis il écrivit. Plia le papier et se leva. Sa femme prit la feuille et la lui alors qu’il lui tournait le dos. Puis, elle lui sauta au cou et l’embrassa.
- Je savais que tu accepterais.
(Moment de vie privé)
- Il n’y a pas d’autre épreuve, demanda Chestel ?
- Non. En fait, on commence par regarder qui est physiquement apte à entrer dans l’organisation et après je suis chargé de vérifier s’il est déterminé psychologiquement.
- Et si j’avais refusé.
Elle hésita.
- Ne pense plus à ça.
Le fait qu’elle évite la question fit frémir Chestel.
- Viens, il faut partir maintenant.
Elle l’emmena vers la porte de bronze mais il hésita se souvenant des mots du vieil homme : " Ne passez que par la porte bleue. "
- Ce n’est pas la bonne porte. Je dois passer par la porte bleue.
Sa femme sourit. Visiblement heureuse.
- Je suis vraiment impressionné que tu te souviennes de ça. Il avait raison tu es vraiment fait pour être surveillant. Regarde.
Elle alla vers la porte de bois par ou il était arrivé et l’ouvrit. Elle était peinte en bleu. Chestel s’étonna :
- Mais... ? Il y a d’autres portes ? J’aurais pu me faire tuer ?
- Chaque personne qui passe par le labyrinthe reçoit un papier bleu. Et il n’y a qu’une seul porte. Le labyrinthe vérifie la condition physique. Je vérifie le mental. Le papier bleu vérifie la mémoire et la l’intelligence.
- L’intelligence ?
- Pourquoi as-tu cherché une porte bleue ?
- Le vieil homme m’a dit qu’en sortant, je devais passer par une porte bleue et comme tu m’as dit que l’on partait et que je n’avait pas vu la porte...
- Donc sur un détail tu as su retrouver une information et te poser la bonne question. Viens maintenant il reste beaucoup de chose à t’expliquer.
Chestel et sa femme sortirent par la porte de bronze. Il faisait nuit. Les rues étaient froides. Un mince brouillard se levait. Et il rentra chez lui. Fatigué. Avec une envie rare pour lui : Dormir.
Chestel n’arrivait plus à dormir depuis longtemps mais il resta couché. A regarder sa femme. Elle qui semblait si fragile. Si frêle. Elle s’occupait du recrutement pour une guilde. Il détailla son visage paisible. Ses fines épaules.
Plus tard dans la journée elle l’emmena chez un couturier pour acheter des vêtements sombres. Puis retourna dans les ruelles de la ville. Entra dans une maison délabrée et, poussant une commode, dit :
- C’est ici que ton entraînement va commencer. Tu vas apprendre les combats, la magie, la discrétion, les codes secrets et la structure du groupe.
- Tu es déjà passé par là ?
- Non c’est moi qui l’ai mit en place.
- Tu fais partie de l’organisation depuis combien de temps ?
- Nous en reparlerons plus tard.
Elle replaça la commode après l’avoir embrassé. Chestel se retrouva de nouveau dans le noir. Très rapidement il comprit que ce n’était qu’un petit couloir. Il le traversa et entra dans une autre pièce circulaire éclairée par des torches murales. De nombreuses personnes s’entraînaient. A l’arc, aux épées, aux armes contendantes. Au centre de la pièce se trouvait le guerrier en armure noir. Il esquivait les coups d’épée de deux hommes. Tout cela lui semblait facile et pourtant il était gêné par son armure et les autres étaient libres de leurs mouvements. Le guerrier regarda dans sa direction et se concentra dans son combat. Soudain, d’un geste rapide, il dégaina ses armes. Les deux épées volèrent pour se planter à ses pieds. Il donna quelques conseils aux deux hommes et vint vers Chestel.
- Alors, vous avez finalement réussi. Et sans attendre de réponse, vous êtes dans la salle d’armes. Ici je serai votre maître et je vous apprendrez le maniement de l’arme de votre choix. En échange vous devrez risquer vote vie tous les jours. Si dans un mois l’entraînement n’est pas concluant, vous serez exécuté.
- Je peux quand même vous poser une question ?
- Bien sûr.
- Vous avez les yeux de quelles couleurs ?
Le guerrier hésita puis rigola de bon cœur au grand étonnement des combattants. Le guerrier se calma et dit en enlevant son casque :
- Je suis Hendial.
C’était un elfe. Il avait des cheveux noirs et filandreux. Le visage long. Les traits fin. Les yeux noirs.
- Vous êtes très particulier Chestel. Je comprend qu’elle vous aime. Mais juste un détail ne parlez jamais de votre place au sein du groupe devant les autres. Il en va de votre sécurité et de celle de l’organisation. D’ailleurs nous sommes bien mieux en ne sachant rien des uns et des autres. Car on pourrait vous prendre pour un espion. Bien que dans ton cas ce soit particulier, je te demande de faire comme tout le monde.
Chestel accepta sans trop savoir ce que cela allait changer.
- Allez nous ne sommes pas là pour parler. Quelle arme prends-tu ?
Chestel demanda des informations sa prochaine activité et choisit sans hésiter l’arc. Mais sans se spécialiser dans une taille particulière. Il passa la première semaine à faire des exercices d’assouplissement et de musculation. Ensuite Hendial le prit sous sa coupe et lui appris le maniement de l’épée pendant la seconde semaine. Chaque soir il devait s’instruire sur le maniement théorique des armes qu’il ne pratiquait pas. Les deux dernières semaines il refaisait des exercices d’assouplissement et de musculation le matin et de tir à l’arc l’après-midi. On lui expliquait pourquoi le carquois devait être placé sur le dos plutôt qu’à la jambe. Dans quelle condition utiliser son arc. Choisir la bonne taille selon la mission. Fabriquer et réparer son arme et les munitions. Se déplacer en camouflant un arc court et les flèches. Tisser une corde ou utiliser un nerf. Enfin vint le dernier jour. Le jour du test. Il fut emmené dans un bois à l’écart de la ville. On lui passa une dague et une flèche. On le laissa seul. Chestel devait fabriquer un arc et chasser un loup avec cette seule flèche. Au cours de ses lectures nocturnes il avait apprit qu’un loup pouvait survivre à une flèche dans le corps. Le seul moyen de l’abattre était de viser la tête. Chestel commença par chercher un noisetier car les branches de cet arbre sont souples et résistantes. Il guettait le moindre bruit. Le moindre bruissement de feuille. Attentif. Patient. Après deux jours il n’avait pas aperçu de loup. Il en profita pour tisser une corde avec ses cheveux et de la graisse de lapin pour qu’elle ne casse pas. Il savait que l’odeur de lapin pouvait le trahir alors il laissa le corps au pied d’un arbre et grimpa à son sommet. Enfin après de longue heure de guet il aperçut son premier loup. Chestel ne bougea pas. Il préféra le laisser s’approcher. Lentement il prit son arc. Faisant attention de ne pas bouger la moindre feuille. Que ses vêtements restent silencieux. Il tendit la corde. Encocha une flèche. Le loup n’était plus très loin du lapin. A quatre ou cinq mètres au plus. Sans tendre la corde il visa la tête de l’animal. C’était un loup magnifique avec une tache blanche en forme de triangle inversé sur le dessus de se tête. Juste devant les oreilles. Regardant de part et d’autre de sa proie. Reniflant l’air. Heureusement pour Chestel le vent lui était favorable. Puis d’un réflexe la flèche fusa. Et se ficha à la base du cou. Rompant les cervicales. Le loup fit quelques soubresauts mais ne sembla plus en état d’attaquer. Chestel descendit de l’arbre mais resta à l’écart du loup. Même blessé l’animal peut mordre. Et le loup mourut. Lentement. Au grand étonnement de Chestel deux hommes sortirent d’entre les fourrés. Il n’avait rien vu. L’un d’eux vint vers lui pendant que l’autre récupéra le flèche et emmena l’animal laissant une traînée parmi les feuilles.
- C’est un tir magnifique. Toutes mes félicitations.
Etonné Chestel demanda depuis quand ils étaient là mais l’homme changea de sujet :
- Je suis chargé de vous apprendre la filature, la discrétion et la magie.
- La magie ?
- La discrétion c’est l’art d’aller et venir sans être vu ni pisté. Nous allons commencer par cela. Quand vous saurez les erreurs vous serez moins à même de les faire. Nous finirons par la magie. Venez par là. Vous voyez la trace que laisse le loup ?
- Oui, votre compagnon le traîne sur les feuilles.
- Et bien suivez-les alors.
Chestel suivit la trace sur plusieurs mètres mais elle sembla s’évanouir au milieu d’une clairière. Il regarda l’herbe. Chercha une trace de sang. Il ne trouva rien.
- Mais c’est impossible.
- Dans deux semaines tout sera possible, lui répondit-il avec un grand sourire.
Durant les deux semaines Chestel appris à interroger un caillou, l’inclinaison d’une herbe, le mouvement des feuilles. Le printemps se faisait sentir. Les bourgeons éclosaient. Un vent tiède faisait onduler l’herbe comme des vagues. La mousse redevenait verte. Les premiers moineaux chantaient. La nature se réveillait. Les hérissons cherchaient de jeunes pousses à manger.
Au bout des deux semaines Chestel et son maître retournèrent là où ils avaient tué le loup. Chestel s’attendait à une nouvelle leçon. Il était devenu comme le vent. Il savait maintenant courir dans la forêt sans gêner les animaux. Laissant le moins de traces possible. Il regarda au pied de l’arbre. Un prédateur avait emporté le lapin. Il pouvait voir où il avait grimpé à l’arbre et comment. Il reconnaissait l’odeur du sang et de la décomposition du lapin. Il regarda son maître.
- Et maintenant ?
- Tu vas retrouver le loup. Avec lui se trouve la suite et la fin de ton initiation. Mais pour cela tu ne dois pas utiliser de magie.
- Oui maître.
- Bonne chance Chestel. Que Mórr soit avec toi.
Chestel le salua et commença à examiner le sol. L’odeur du lapin le gêna alors il parti dans la direction qu’il avait suivit auparavant. Il s’accroupit et regarda l’herbe et la terre. Trop de temps s’était écoulé pour que l’herbe puisse l’aider. Mais la terre subissait un renflement très léger à la base des troncs. A cet endroit la terre est plus rigide, moins souple car l’arbre lui prend ses minéraux et son eau. Chestel avança encore quelques mètres. Et le renfoncement disparut. L’homme n’avait pu porter le loup sans que ses pas ne laissent de traces profondes. Alors il était passé par les arbres. Chestel examina l’écorce. La mousse laissée sur les parties nord et sud de l’arbre. La hauteur et la solidité des branches. L’arbre ne semblait pas subir de marques. Chestel regarda alors un chêne épais assez proche. L’escalade semblait aisée. L’écorce suffisamment sèche et résistante pour supporter le poids d’un homme sans bouger. Il grimpa à la première branche qui semblait pouvoir supporter le loup. Il trouva une légère trace de chauffe à sa base. Chestel comprit tout de suite ce qui c’était passé. L’homme avait laissé le loup. Grimpé sur le chêne. Posé un tissu et placé une corde pour attacher le loup et le soulever d’une traction. La friction avait décoloré le bois sans l’abîmer. Chestel descendit et regarda où l’homme aurait du se mettre pour tirer le loup sans décoller soit-même du sol. Il y trouva deux traces profondes de pas. Ensuite l’homme avait continué de traîner le loup en suivant les arbres pour passer inaperçu. Chestel s’étonna de ses progrès et continua la piste. Rapidement il arriva à une petite cabane sous un saule en fleur. Il frappa à la porte et un homme blond, torse nu avec un tatouage de dragon dans le dos, en sortit. Il invita Chestel à entrer et à s’installer à table. L’intérieur était sommaire, une table, deux chaises, un petit pupitre, une cheminée où couvait un feu, petite marmite par-dessus et une lanterne fixée au plafond. L’homme semblait assez jeune mais d’une imposante musculature. Il ne portait pas d’arme et juste un anneau bleu aux reflets blancs.
- Asseyez-vous j’allais manger.
Un fumé de coriandre et de pomme de terre échappait du couvercle. L’homme installa deux couverts et servit. Il s’assit et commença à manger alors que Chestel restait immobile sur sa chaise.
- Vous ne mangez pas ? dit-il en piquant une patate
- Je me demandais combien de temps j’allais encore subir cet entraînement et ce que vous alliez m’apprendre. Et je n’ai pas très faim.
- Ce sont de bonnes questions mais vous devriez manger car vous aurez besoin de votre cervelle cette après-midi. On m’a chargé de vous décrire notre groupe. Sa structure, son activité et de vous donner un poste.
Il continuait de manger tout en parlant.
- Il y a une petite dizaine d’années un groupe d’aventuriers aida l’Empire lors de la tristement célèbre bataille du gouffre. A cette époque les Plumes Noires essayaient d’effrayer la population pour renverser l’Empereur.
- Je me souviens, mais n’a-t-on pas dit que c’était le général Albion qui avait vaincu les Plumes Noires ?
- Oui c’est vrai mais ces criminels étaient dirigés par des traîtres et des ennemis puissants. L’Empereur chargea un groupe qui commençait à faire parler de lui d’enquêter sur le vol des bâtons totems. Une légende raconte qu’une fois ces bâtons réunis un sort mythique pourrait être de nouveau utilisé. Les archivistes de Véréna cherchèrent longtemps quel était ce sort mais ne trouvèrent rien. Pourtant quelqu’un cherchait à réunir les bâtons totems. Les aventuriers enquêtèrent et remontèrent jusqu’aux Plumes Noires. Ils découvrirent où se trouvait l’artefact permettant d’activer le sort mais il fallait traverser le gouffre. Ce groupe profita de la nuit pour traverser alors que l’armée d’Albion attendait leur signal pour attaquer et faire diversion. A partir de là tout n’est qu’ouï-dire mais nous pouvons retirer quelques informations. Les aventuriers invoquèrent un élémental de glace dans le camp adverse qui surprit les Plumes Noires. L’armée attaqua alors que les ennemis s’occupaient de l’élémental. Les aventuriers en profitèrent pour voler des chevaux et traverser le camp. Ensuite, ce n’est certainement que des légendes mais on dit que l’archer du groupe tua le chef du groupe pendant la chevauchée. Que la forêt s’anima pour repousser les poursuivants et que les guerriers du groupes se frayèrent un chemin en ligne droite à travers les Plumes Noires. Ils revinrent deux jours plus tard avec le chef des Plumes Noires. Dès lors, les aventuriers créèrent une guilde avec l’ascendant de l’Empire. Si l’Empire connaît notre existence et l’accepte, il ne nous aidera pas en cas de problème. Nous avons pour but de réaliser toutes les basses besognes qui permettent au peuple de vivre normalement. Comme nous devons financer nous même nos actions, nous devons voler dans la plupart des cas.
Il marqua une pause pour boire son verre de vin et alimenter la cheminée. Chestel rapprocha les chaises.
- C’est assez difficile à croire... L’Empereur lui-même a félicité Albion pour cette bataille.
- Je sais. Vous me dites tous la même chose. Et chaque fois je leur demande de regarder dehors.
Chestel alla à la fenêtre et vit apparaître un élémental de glace de dix mètres. Il en tomba en arrière. De la fumée s’échappait de son corps en raison de la chaleur ambiante. Mais rien n’enlevait son imposante carrure. Puis disparut.
- Et a chaque fois il tomba par terre, ironisa l’homme.
- Mais c’est impossible balbutia Chestel. Seul un magicien de très haut niveau peut en invoquer un. On dit même que seuls les Pendragons (?) savent le faire.
Il regarda l’homme, plein de doutes.
- Il ne faut pas s’étonner de si peu. Quand on en affronte un, saches qu’ils s’affaiblissent rapidement. Rien ne vaut une bonne épée vous pouvez me croire. (Il rit). Ou un arc.
Chestel se calma et retourna s’asseoir. Le visage éclairé par les flammes de l’âtre.
- Bon reprenons. Une guilde fut donc créée et organisée par votre femme.
- Ma femme ? s’étonna à nouveau Chestel.
Oui mais elle vous expliquera cela mieux que moi. Regardez ce schéma, il représente l’organisation de notre groupe. (Cf. annexe). Chaque branche est autonome. Elles n’ont de contacts qu’avec les informateurs. Nous avons préféré spécialiser chaque personne afin d’avoir de meilleurs résultats. Par exemple la branche " vol " est répartie en quatre fonctions. Tout d’abord on repère les cibles potentielles et on transmet les données à la branche " informations ". Celle-ci recueille tout ce qui est nécessaire pour le vol et les renvoie à la branche " stratégie " qui établit plusieurs méthodes pour le même vol. Ensuite les " voleurs " volent et donnent l’objet du larcin au " recel " qui écoule la marchandise dans le milieu. Il arrive que nous ayons des commandes particulières mais nous vérifions toujours si la cible ne subira pas de trop gros dommages.
- Je vais faire partie de quelle branche ?
- Chaque chose en son temps. Ecoutez avant, vous pourrez poser vos questions après.
L’homme expliqua la " brigade ", l’" armement ", le " kidnapping " et entra plus dans les détails pour les trois dernières branches. " L’information " recueille tous les renseignements utiles à l’organisation que ce soit pour aujourd’hui ou plus tard pour les activités " stratégies " et " enlèvement ". Il infiltre l’administration et s’occupe des correspondances entre branche si cela est nécessaire. C’est un genre de coursier très particulier. Ensuite il y a la " surveillance ". Ce service est tenu secret de toutes les branches sauf " recrutement " et " information ". Ils sont chargés de surveiller l’organisation, mais pas comme la brigade. Ils vérifient que nous ne sommes pas infiltrés, contrôlent les milices, font des test de fidélités. C’est un organe vital pour la survie de l’organisation car il ne faut surtout pas que nous soyons découvert. C’est une élite. Elle et " information " permettent de recruter de nouveaux membres. Dans votre cas c’est un membre de " surveillance " qui vous a repéré. Mais au lieu de vous tuer, il a préféré vous enrôler. Lors d’une de ses missions précédentes il a sûrement dû suivre votre femme et il vous aura reconnu. Ensuite le " recrutement " vous emmène et vous fait passer une série de test. S’ils sont favorables on vous entraîne avant d’être envoyé dans une branche.
- Pourquoi me parler de " surveillance " si elle doit rester secrète ?
- Mais parce que c’est là que vous allez.
- Vous faites partie du recrutement alors ?
- Non, moi je fais partie de l’armement, vôtre affectation avait déjà été choisie en raison de votre mariage. Nous préférons mettre un couple dans la même branche. Et puis, entre-nous, vous finirez par découvrir que recrutement n’existe pas en soit. Il s’agit juste de certaines personnes faisant partie de " recrutement " et " information ".
- Mais pourquoi quelqu’un de l’armement m’explique tout ça ?
- Parce que vous allez choisir votre arme. Vous pouvez passer une commande spéciale ou avoir quelque chose de plus normal. Sachez néanmoins que les commande spéciales ne sont pas acceptées facilement venant d’une jeune recrue. Mais dans votre cas nous ferons peut-être une exception.
- Un arc long me suffira, d’autant plus que l’on m’a demandé de faire comme tout le monde.
- Très bien venez.
En Traversant la forêt, Chestel posa enfin la question qu’il le gênait :
- Mais... Qui dirige tout ça ?
L’homme s’arrêta et le dévisagea.
- On n’aime pas parler de lui. Vous ne pouviez pas le savoir mais il est interdit de poser des questions à son sujet.
Chestel ne répondit pas. Il préféra laisser l’homme en parler de lui-même. Ce qu’il fit un peu plus loin.
- On dit qu’il dirige chaque branche. En cas de besoin il peut couper tout contact avec l’une d’entre-elles. La rumeur prétend qu’il dirige les recrutements mais personne ne cherche à le vérifier. La seule chose que je puisse affirmer, c’est que chaque chef de branche le rencontre une fois par an. Mis à part cela c’est le flou total...



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