Site de l'elfe noir (Sden) - site communautaire de jeux de rôle
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Ghettos, émeutes et beaufs à la 22LR
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Auteur :  JyP [ Mer 15 Sep 2004, 01:09 ]
Sujet du message : 

si c'est le pouvoir de dormir, ça m'intéresse. Ou celui d'avoir miraculeusement Diablo 2 quelque part, histoire d'aller plus loin que la version de démo...

Auteur :  Solsys [ Mer 15 Sep 2004, 06:51 ]
Sujet du message : 

Tu vois, ce sont les froces magiques en toi qui t'ont poussées jusqu'à moi.

Maître N'Solsys de Bamako possède en effet Diablo II.

Auteur :  ElvenH no log [ Mer 15 Sep 2004, 08:32 ]
Sujet du message : 

Solsys a écrit
Il suffit de prendre le RER à certaines heures (je m'excuse de mon parisianisme) pour voir (voire subir) la "racaille". Je ne généralise certainement pas à une autre catégorie ethnique, religieuse ou économique, je m'en tiens à la "racaille" et à ses larges franges.
Bof, tu sais l'heure de prise du train de banlieu ou du RER peut aussi te classer ton homme.

6h, un peu de tout mais en faible nombre (quoique plus cols bleus que cols blancs)
7h, quelques rares étudiants et lycéens, plutôt des cols bleus
7h30, étudiants et lycéens, quelques cols blancs, cols bleus
8h, quelques cols bleus, plutôt des cols blancs
8h30, plutôt des cols blancs

Cette observation a été faite par mes yeux myopes entre ma gare de banlieu et Paris Gare du Nord et n'a donc aucune valeur scientifique réelle.

Auteur :  PsyComa [ Mer 15 Sep 2004, 10:14 ]
Sujet du message : 

JyP a écrit
si c'est le pouvoir de dormir, ça m'intéresse. Ou celui d'avoir miraculeusement Diablo 2 quelque part, histoire d'aller plus loin que la version de démo...


Je crois qu'il est à vendre pour un peu moins de 20 euros, avec son expantion ;)

Auteur :  Radecave le Scribouillard [ Mer 15 Sep 2004, 13:15 ]
Sujet du message : 

Il me paraît étrange de vouloir se préparer à une catastrophe. C'est un peu comme cet homme qui se préparait à la mort.

Une catastrophe est toujours quelque chose qui nous échappe. On peut prévenir un risque, limiter la case, mais pas empêcher une catastrophe. Avec ce que j'ai chez moi, j'ai de quoi faire une bombe, et je ne parle pas d'armes tactiques, mais de simples produits d'entretien et d'appareils ménagers. Avec un peu de temps, je dois pouvoir rayer mon quartier de la carte, sans que personne puisse rien y faire... Et je te dis ça simplement avec ce que j'ai appris à l'école, un avantage que j'ai sur la racaille qui n'écoute pas en cours (heureusement !).

Et je ne parle là que d'une toute petite catastrophe. Je vois mal comme "se tenir prêt" si telle est la définition du survivaliste. Alors je me dis que c'est des gars qui ont un gun et qui jouent aux jeux vidéo, qui n'ont pas fait l'armée et qui rêvent que le gouvernement nous ment. Oui, le gouvernement nous ment, on a beau être chef d'état le plus inlfuent au monde, être bardé de conseillers et on se débrouille toujours comme un manche.

Cela me rappelle cette phrase de Calvin : "La meilleure preuve de l'existence d'une intelligence extraterrestre, c'est qu'elle n'a jamais cherché à nous contacter."

Auteur :  Solsys [ Mer 15 Sep 2004, 13:27 ]
Sujet du message : 

Ben Radecave, pour réduire sa vulnérabilité au risque, on peut déjà commencer par avoir pour au moins deux semaines de nourriture et d'EAU chez soi, car ce sont les premières choses qui viennent à manquer dans le cadre de l'interruption de services (l'interruption de services est la première étape pour laquelle un survivaliste se prépare, car elle intervient dans tous les types de catastrophes).

Tu peux aussi avoir un système de chauffage auxiliaire qui ne dépend pas de l'extérieur (la cuve à gaz ne compte pas, car il lui faut de l'éléctrécité pour fonctionner). Par exemple un poêle à combustible ou à fioul, une cheminée... et des couvertures.

Un vélo, c'est bien aussi (demande aux anglais qui ont vécu l'automne 2000... ou aux français qui ont vécu Juppé en hiver 1995)

Enfin,c e genre de considérations qui t'évites d'être dans la béchamel dès le premier jour.

Auteur :  Invité [ Mer 15 Sep 2004, 17:03 ]
Sujet du message : 

un lien vers le site svp?

Auteur :  Invité [ Mer 15 Sep 2004, 17:26 ]
Sujet du message : 

si vous ne voulez pas mettre le lien public vous pouvez le poster a sudden-impact@netcourrier.com merci

Auteur :  Solsys [ Mer 15 Sep 2004, 17:29 ]
Sujet du message : 

Invité, relis donc le premier post du thread "récit..."

As-tu bien compris que je ne veux pas mettre le lien direct ?

Auteur :  Merlock [ Mer 15 Sep 2004, 17:31 ]
Sujet du message : 

Envoie-le lui par PM.

Auteur :  Solsys [ Mer 15 Sep 2004, 17:37 ]
Sujet du message : 

Merlock, :roll:

Comment veux-tu que je PM un parfait inconnu, qui s'obstine à ne pas se logguer (voire même s'inscire) ?

De plus, je ne VEUX pas mettre le lien direct. Je ne donnerais PAS le lien direct, à qui que ce soit, IL N'EN EST PAS QUESTION.

Ca va, là, ou il y a encore des gens qui comprennent pas ?

Auteur :  okhin [ Mer 15 Sep 2004, 17:45 ]
Sujet du message : 

M Solsys,
je suis en seconde, et j'ai un exposé à faire sur le survivalisme en situation d'émeute.
Votre post est intéressant, si vous pourriez me donner les document nécessaire à mon exposé, je serais content.
J'attends une réponse positive et rapide.
Merci
:)

Auteur :  Solsys [ Mer 15 Sep 2004, 17:48 ]
Sujet du message : 

J'ai fait appel à un magnétiseur africain de renommée internationale. Il m'a dit comment résoudre ce problème.

Hm.

Quelqu'un a une grenande à fragmentation ?

Auteur :  mad [ Mer 15 Sep 2004, 17:52 ]
Sujet du message : 

pas dans l'auberge, on vient de repeindre.

Auteur :  Sudden-Impact [ Jeu 16 Sep 2004, 14:15 ]
Sujet du message : 

Attentions aux balles perdues voici la traduction du texte :

À vrai dire, assister aux émeutes de Los Angeles en 1992 fut la plus terrifiante expérience de ma vie. En regardant par hasard la dernière version de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS à la télé le mois dernier, cet événement a resurgi à la surface — pour moi ce film n'était qu'un immense flash-back.

Tu vois Solsys, je faisais partie de l'équipe de sécurité du très chic Rodeo Drive (note : un boulevard de Beverly Hills où s'alignent des boutiques de grand luxe) quant l'émeute a commencé. Je savais que le verdict de l'affaire Rodney King allait tomber et que les choses risquaient de se gâter, aussi je m'y étais préparé tant bien que mal, en stockant des vivres et en achetant quelques boîtes de munitions. À ce moment-là, je n'étais pas encore un vrai survivaliste, je commençais juste à développer une sorte d'instinct de préservation, un peu comme un début de paranoïa... J'en connaissais assez sur l'histoire des États-Unis pour en déduire ce que les noirs allaient faire s'ils n'approuvaient pas le verdict du procès. Il suffisait d'extrapoler le comportement qu'ils adoptent depuis des décennies en de pareils cas. Pourtant, un peu avant les émeutes, 99,999% des personnes à qui j'avais dit de faire attention à ce qui risquait d'arriver avaient réagi de façon aussi stupide et aveugle qu'on le dit ici sur ce forum quand on parle de la grosse majorité amorphe des gens.

Le gars moyen est inconscient de la fragilité du cocon de notre monde civilisé et il ne s'en rend compte que trop tard, quand tout s'effondre autour de lui. Et je dois avouer que moi-même j'étais dans ce cas avant les émeutes.

Mais ces événements ont complètement chamboulé ma perception du monde, au point que je ne serai plus jamais le même. Je dirais que ces émeutes ont profondément modifié ma personnalité et depuis c'est comme si j'avais atteint un autre niveau de conscience. Dès lors je n'ai jamais totalement quitté cet état de vigilance dû aux décharges d'adrénaline, et après ça je ne suis jamais retourné dans le troupeau de cette masse de gens endormis par les médias.

Pour en revenir au sujet principal, ce jour-là j'étais en train de discuter avec cette pouf connue sous le nom de Pia Zadora, une starlette de second plan qui a tourné dans des films érotiques minables et qui a la réputation d'avoir couché avec à peu près tous les acteurs et beaucoup d'actrices d'Hollywood. Elle était venue me demander de l'aide au sujet de l'ascenseur qui descend au parking, et qui ne fonctionnait plus. Je contactais à la radio mon supérieur pour demander pourquoi les ascenseurs étaient bloqués et il me répondit d'une voix bizarre, effrayée : « On coupe tout. Fait rapido une dernière ronde et au passage verrouille toutes les issues. Quand tu as terminé, tu es en congé pour le reste de la journée, rentre chez toi. On va être relayé par un groupe privé lourdement armé qui va bientôt arriver de Beverly Hills.» Je demandais quel était le problème. Pia Zadora me regardait avec méfiance, comme si elle pensait qu'on avait arrangé un canular. « Écoute Cleve, y'a de drôles de trucs qui sont en train de se passer. Apparemment il y a des émeutes qui éclatent à l'improviste, un peu partout, à cause du verdict de Simi Valley (note : l'agglomération où étaient jugés les policiers accusés d'avoir frappé Rodney King). Ferme tout et rentre immédiatement chez toi.» J'indiquais à Pia Zadora le chemin par la cage d'escalier et l'accompagnais jusqu'au parking, puis je terminais ma ronde comme on me l'avait demandé.

Je devais retrouver ma femme à Soup Plantation, un restaurant bien connu en bas de la rue. Je n'arrivais pas à l'avoir sur le portable. Quand j'arrivais enfin et garais la voiture, je sentis mon estomac se nouer en constatant la discordance entre le luxe du centre commercial (note : le complexe commercial dont parle l'auteur regroupe supermarché, galerie marchande et restaurants) et le regard apeuré des gens présents, une expression terrible que je n'avais jamais vue auparavant. Dans le restaurant la musique d'ambiance était tellement monotone qu'elle ne cadrait plus avec ce qu'on voyait au dehors par les baies vitrées : des voitures en feu, des véhicules de police et des gens qui courraient dans tous les sens. J'avais prévu de manger rapidement un morceau avec ma femme puis de rentrer à la maison, car il me semblait inconcevable qu'une telle chose puisse arriver, et en fait c'était pire que tout ce que j'avais pu imaginer. Je croyais que South Central (note : ghetto noir ultra-violent) était tellement loin de nous, en fait la jungle urbaine n'était qu'à cinq minutes au coin de la rue.

Les gens dans le restaurant regardaient les reportages du journal télévisé, qui s'enchaînaient et devenaient de plus en plus alarmant, montrant un nouvel immeuble incendié toutes les trente secondes. Je tentais de conserver un air calme et expliquais à mon épouse ce qui se passait.

Tout d'un coup, une femme dans le restaurant se mit à hurler. Un gars tomba son plateau et la soupe se répandit au sol. Un homme se tenait dans l'embrasure de la porte du Soup Plantation, chancelant. Un flot de sang ruisselait de son front, barré d'une sale entaille qui allait jusqu'à son oreille. Il s'égosillait « Ils arrivent ! Ils sont juste à la porte du super marché !! Ils sont en train de tout casser ! »

On aurait pu entendre une mouche voler. Puis ce fut la ruée, TOUT LE MONDE courait, poussait femmes et enfants, cherchant à atteindre sa voiture dans le parking à l'extérieur. Et là je parle de panique incontrôlable, des gens se rentrant dedans comme s'ils n'en avaient rien à foutre des autres et ne se préoccupaient que d'eux-mêmes. Un gars en Subaru démarra en trombe et défonça la barrière en explosant carrément la cabine du péage. Tous les autres le suivirent pour sortir. Il y avait des voitures qui se percutaient comme les autos tamponneuses à la foire, personne ne s'en préoccupait, tout le monde voulait sortir dans la rue et s'enfuir.

Quand nous arrivâmes enfin sur l'autoroute, je détournais un instant les yeux de la route pour la première fois depuis qu'on avait quitté Rodeo Drive. Derrière nous, à l'horizon, on eut dit que les feux de l'enfer consumaient la moitié de la ville. Ma femme pleurait, elle pensait que c'était la fin du monde.

Auteur :  Sudden-Impact [ Jeu 16 Sep 2004, 14:24 ]
Sujet du message : 

Sur le chemin de la maison, nous vîmes tout un tas de trucs aberrants. Comme en plein milieu de la route un homme d'affaires assit sur son porte-document, avec du sang maculant ses vêtements et un garrot improvisé. Une horde de noirs entourant un couple, a priori des touristes, arrachant littéralement un par un les habits de la femme. Un sans-abri au coin de Sunset Boulevard brandissant un bout de carton où était écrit « REPENTEZ-VOUS MAINTENANT OU SOYEZ DAMNÉ EN ENFER. » Des gens courant de partout avec des caddies bondés de marchandises ou de biens volés. La fumée nous obligea à couper la ventilation extérieure de la voiture et à fonctionner en circuit fermé.

Nous stoppions à chaque feu rouge jusqu'à ce que je réalise que très peu de personnes respectaient la signalisation, et que si nous restions ainsi un moment à l'arrêt nous risquions d'être accidentés. Je luttais de toutes mes forces pour garder mon calme et dans la foulée éviter que ma femme ne panique, mais j'avais bien du mal à me convaincre que je ne rêvais pas. Je me disais que c'était un de ces rêves hypnotisant où quelque chose d'incongru finirait par se produire, alors je réaliserai que ce n'était qu'un rêve, les choses deviendraient irrationnelles et je me réveillerai. Je pensais bien qu'il y aurait des émeutes là-bas à South Central comme à Watts (note : l'arrestation d'un conducteur noir ivrogne entraîna six jours d'émeutes dans le quartier de Watts en 1965), que ce serait chaud, mais jamais que cela gagnerait la ville entière, aussi rapidement. C'était ce que je croyais à l'époque.

Quand nous nous engageâmes dans notre allée de Martin Way ce fut comme si d'un coup je voyais le monde tel qu'il était avec un regard neuf. Notre maison était sur Sunset Boulevard (note : une artère qui passe entre le riche Hollywood et de l'autre côté des quartiers plus populaires), près d'un passage qui débouchait de chaque côté sur une grand-route. Ce n'était pas un bon emplacement pour faire face à cette situation apocalyptique. C'était comme si mes yeux étaient dotés d'une vision à rayons X lorsque nous ouvrîment la porte de devant. Notre appartement était tellement vulnérable, notre porte était en aggloméré : du carton et de la colle. N'importe quel homme de plus de 90 Kg pourrait arracher cette porte de ses gongs. Je me rendis compte tout à coup que je vivais dans un aquarium avec de larges fenêtres qui donnaient sur le jardin de devant. Comme la plupart des gens, je n'y avais pas prêté attention jusqu'à cet instant précis. Toute ma vie, je n'avais été qu'un somnambule.

La première chose que fit ma femme fut de se ruer sur la télévision. Moi j'avais sorti mon Desert Eagle (note : un pistolet de gros calibre) du placard et je fis aussitôt le tour de la maison pour m'assurer que toutes les portes et les fenêtres étaient closes. Puis je retournais au salon et écoutais un petit moment les infos avec ma femme, alors que les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière les rideaux. La nuit tombait. Quoi qu'à la télé on eût dit que personne ne se retrouverait dans l'obscurité, car la moitié des immeubles de la ville brûlaient.

Je tremblais. On pouvait entendre des voix fuser au dehors, certaines vibrant de peur, d'autres de colère. J'observais la rue à travers les rideaux et ne pus voir que des ombres passer sur le trottoir. J'éteignis la lumière du porche. Je n'avais aucune envie de sortir, je me disais qu'il suffirait de garder les rideaux tirés et personne ne se rendrait compte qu'on était là. J'étais obnubilé par l'envie de me ruer vers une porte solide, dans une cave, où nous nous barricaderions avec le soulagement d'avoir trouvé un lieu sûr, avec de la nourriture, de l'eau et de la lumière. Malheureusement, il n'y avait aucune cave à l'entour. Nous vivions dans une maison préfabriquée en polystyrène qui pouvait être démolie à mains nues par n'importe qui en ressentirait l'envie. Seul un parfait abrutit aurait pu vivre sans soucis dans une maison comme celle-là, en étant tellement à la masse qu'il serait difficile de prétendre qu'il fut conscient de ses actes. Je jetais un oeil dans la cuisine aux pitoyables provisions que j'avais entreposé pour me prémunir contre ces "émeutes"... quelques boîtes de soupe, deux bidons d'eau, une lampe de poche bon marché. Je m'étais fourvoyé dans mes prévisions.

Quand je retournai au salon et regardai les reportages à la télé, j'eus une information importante : apparemment la police brillait par son absence, le 911 (note : nº de téléphone de la police) ne répondait pas et le gouvernement avait complètement renoncé à jouer son rôle et à maintenir l'ordre. Les journalistes répétaient que la police attendait l'arrivée de la garde nationale. Cela me prit un long moment avant de décrypter ce qu'ils sous-entendaient. La police restait cantonnée dans les commissariats, elle n'interviendrait pas. Nous étions livrés à nous même, seuls.

Ma femme finit par s'endormir sur le canapé aux alentours de minuit. Moi je ne fermais pas l'oeil de la nuit et restait tout le temps devant la télévision, buvant café sur café et observant l'avancée des émeutes dans notre direction, un pâté de maisons après l'autre depuis South Central. Périodiquement, des vues d'hélicoptère filmaient de nouveaux immeubles en flammes, à un rythme toujours croissant comme par magie. À aucun moment ils n'ont montré des gens qui s'éloignaient des maisons, des incendiaires... simplement les immeubles qui s'embrasaient comme de petits soleils, les uns après les autres, en une lente procession vers Sunset Boulevard. On aurait cru notre planète envahie par des extraterrestres faits de feu.

Vers 6 heures du matin, je me suis hasardé à l'extérieur au moment où le soleil se levait. La moitié de l'horizon était masquée par une colonne mouvante de fumée noirâtre qui ressemblait à une gravure de l'Ancien Testament. Elle était haute de 130 Km et atteignait la couche supérieure de l'atmosphère.

Auteur :  Sudden-Impact [ Jeu 16 Sep 2004, 14:37 ]
Sujet du message : 

Ce matin là aux actualités tous les journalistes essayaient désespérément de convaincre les spectateurs qu'un sursaut de raison calmerait les esprits et ils affirmaient que tout rentrerait bientôt dans l'ordre, mais ce ne fut jamais très convainquant car ils alternaient leur blabla avec des brèves sur les flics barricadés dans leur commissariat en train de bouffer des donuts (note : les policiers sont souvent caricaturés en train de manger ces beignets), de regarder la télé et de se lamenter en disant que ce qui arrivait était affreux, que quelqu'un devait faire quelque chose.

Plein d'experts et autant de présentateurs nous assuraient que la nuit précédente avait été la pire et que c'était terminé. Je montais alors sur le toit de ma maison pour observer ce qui se passait vers le sud — j'eus la mauvaise impression que ce n'était que le début, pas la fin. Mon sentiment fut on ne peut plus exact. Ça n'avait été que les prémices de la tempête qui approchait.

Je passais un revolver à ma femme, refermais la porte d'entrée et fis un saut au supermarché dès son ouverture. Je me retrouvai au milieu d'une foule qui se bousculait pour entrer et s'emparer d'autant de provisions qu'il était possible d'emporter. Cette fois je ne me trompais pas et j'achetais exactement ce dont nous avions besoin... lait en poudre, denrées de base comme des haricots et du maïs, du corned-beef, 30 litres d'eau minérale. Il y avait peu de caisses ouvertes et j'entendis le gérant se lamenter que beaucoup d'employés ne viendraient pas travailler. Il y avait de l'électricité dans l'air, comme avant un orage. Chacun voulait retourner à la maison avec un stock de provisions et s'enfermer à double tour. Un gars voulait que je lui donne un gros paquet de piles « D » que j'avais déniché derrière l'étalage vide, je me contentais de le fixer jusqu'à ce qu'il la ferme et tourne les talons. Un vieux bonhomme qui attendait dans la même file que moi se focalisait sur sa radio, il suivait les nouvelles avec un écouteur, en marmonnant des trucs au sujet du « pillage ». À ce moment-là, je ne savais pas encore de quoi il parlait.

Je fis la queue pendant trente bonnes minutes à l'armurerie pour tenter d'acheter des cartouches supplémentaires, mais l'ambiance y était très tendue et particulièrement surréaliste. Il y avait plein de gars qui cherchaient à acheter des flingues aux tireurs qui poireautaient dans la file, parce que l'armurier leur avait ressorti la loi sur la période de vérification de trente jours que la majorité des gens avait voté au référendum : il leur avait expliqué qu'ils pouvaient sans problème faire une demande pour obtenir un permis de détention mais qu'il était impossible d'empoter une arme avant le délai légal et l'approbation des autorités. Alors ces gus venaient mendier des armes pour protéger leur famille, avec de pathétiques suppliques qui vous fendent le coeur si vous les écoutez. C'est alors que passa un break plein de jeunes noirs, cette saloperie de rap à fond, tout le monde dans la file avait les nerfs à vif en pensant qu'ils allaient mitrailler dans le tas et allumer tous les blancs qui attendaient devant le magasin. La bagnole finit par disparaître au loin. J'en eus assez et rentrais bredouille à la maison, par chance j'avais acheté quelques munitions la semaine avant ces émeutes.

De retour, je fixais aussitôt des barres de sécurité aux portes de devant et de derrière, et fixais des renforts au cas où quelqu'un aurait tenté de les forcer.

Puis j'allumais de nouveau la télé. L'espoir que cette nouvelle journée accompagnerait le retour au calme s'était complètement évanoui. Il y avait des foules plus denses que dans les épopées bibliques, qui envahissaient les parkings de tous les supermarchés de La Cienega (note : boulevard entre Beverly Hills et Hollywood) et dérobaient tout ce qui n'était pas solidement ancré au sol. Tous ceux qui ont vu les images peuvent témoigner que la plupart d'entre eux étaient les nouveaux immigrés mexicains aisés, pas les "pauvres noirs opprimés des banlieues".

Ces gars, qui la veille faisaient encore le jardinage dans les villas huppées, profitaient du chaos ambiant pour tomber le masque : sachant maintenant que la police n'interviendrait pas, ils grouillaient comme des prédateurs. Ils dévalisaient systématiquement tous les commerces de la côte ouest, emportant tout ce qui dépassait la taille d'une punaise — et ils faisaient ça ouvertement, défiant les caméras de télévision qui les filmaient depuis les hélicoptères.

C'était hallucinant de les voir déferler dans les magasins et ressortir comme des petites fourmis chargées de colis. Le temps avait filé sans que je ne m'en aperçoive et c'était bientôt midi.

Auteur :  PsyComa [ Jeu 16 Sep 2004, 15:11 ]
Sujet du message : 

Merci beaucoup :smile:

Auteur :  Merlock [ Jeu 16 Sep 2004, 16:31 ]
Sujet du message : 

Oui, très beau boulot Monsieur l'Anonyme, merci! :)

Auteur :  Sudden-Impact [ Jeu 16 Sep 2004, 16:53 ]
Sujet du message : 

Merci du compliment :-) mais le texte original est déjà bien rédigé, ça aide. La suite :


L'après-midi, j'arrosais le toit pour limiter les risques d'incendie au cas où des émeutiers qui passeraient par l'allée jettent un cocktail Molotov sur la maison. Certains voisins en faisaient autant.

Un indécrottable gauchiste qui habitait en face, un petit mec avec une barbiche à la Trotski et une boucle d'oreille, vint m'offrir un chèque en blanc pour que je lui prête mon pistolet .22 LR tant que dureraient les émeutes. Il me raconta que sa copine était tellement effrayée qu'elle n'arrivait plus à dormir et il voulait lui redonner un sentiment de sécurité. Deux semaines auparavant, ce guignol m'avait fait tout un laïus sur les dangers de la possession d'armes par des particuliers. Dédaigneux, je lui répondis qu'il n'avait qu'à aller dans une armurerie s'il avait besoin d'une arme. Il se morfondit « J'ai déjà essayé, mais il y a une période d'attente de 90 jours ! » Je répliquais « Vous n'avez vraiment pas de chance, si je peux dire. Remarquez, c'est d'une ironie... C'est ce qu'on appelle se faire prendre à son propre piège. » C'était véridique. Mais lui, l'ironie de sa situation ne l'amusait pas. C'était un gars émotif et là il découvrait la peur, peut-être pour la première fois de sa misérable vie. Ah, que le passage du rêve à la réalité est difficile pour le gauchiste de base.

J'entourais ma propriété avec du barbelé rouillé, là où il n'y avait qu'un simple fil de clôture. C'était la seule mesure valable pour rendre notre maison de poupée un peu mieux protégée. Je plaçais aussi des tessons de bouteille aux entrées et verrouillais le portail de l'intérieur avec des cadenas. Ma femme sortit pour m'apporter à manger pendant que je travaillais et elle me brocarda comme d'habitude. Pas méchamment, elle était juste amusée en voyant à quel point je m'investissais à la tâche.

Le locataire précédent avait laissé traîner du fil barbelé, une demi-douzaine de pièges à nuisibles et une boîte avec des clous. Dire que la semaine dernière je m'étais plaint au propriétaire au sujet de ce gros rouleau de barbelés rouillé abandonné dans le garage. Je dissimulais les pièges dans les broussailles de l'autre côté des barrières, parce qu'il s'agissait des coins où un casseur trouverait des prises pour enjamber la clôture et pénétrer sur notre terrain. Puis je mis ma femme à contribution pour fabriquer des caltrops avec des clous et du fil métallique. En deux heures on en avait assemblé deux douzaines et je répandis ces caltrops sur la pelouse de devant, les masquant avec des brins d'herbe. Je n'avais jamais fabriqué de caltrop jusqu'alors, et je ressentis de la satisfaction à y parvenir.

Une nouvelle fois le soleil se couchait et le voisinage se vida, chacun se réfugiant dans sa maison. Je commençais à me sentir comme le personnage de la nouvelle de Richard Matheson, « JE SUIS UNE LÉGENDE », cherchant à rejoindre mon refuge avec mes provisions avant que le soleil ne disparaisse et que les vampires sortent. Les hélicoptères tournoyaient dans le ciel, on eût cru revivre l'attaque sur la plage menée par Robert Duvall dans APOCALYPSE NOW.

Cette nuit fut un remake de la précédente, en dix fois pire. Maintenant qu'ils avaient incendié la majeure partie de South Central, ils cherchaient à tracer vers le nord en coupant par Sunset Boulevard. J'avais eu la prémonition que des affrontements titanesques allaient se produire lorsqu'ils avaient quitté le ghetto pour dévaster les quartiers blancs le jour suivant.

Je grimpais sur le toit pour tester de viser différentes zones de la rue, en calant ma .203 (note : une carabine) contre la gouttière, pour voir si j'avais une ligne de tir dégagée au cas où on en viendrait jusque-là. Un hélicoptère de la police passa au-dessus de moi et le pilote dût me remarquer avec la carabine, mais lorsqu'il fit un second passage après avoir viré de bord, j'avais planqué mon arme dans la gouttière avec les cartouches et je les avais recouvertes de feuilles, et je faisais maintenant semblant de balayer le toit pour qu'il pense qu'il avait vu un manche à balai et non pas un fusil. Le plus étonnant dans tout ça, c'est que ce comportement ne m'était pas familier et pourtant tout semblait s'enchaîner par instinct. C'était comme si je commençais à découvrir qu'une autre personne avait sommeillé en moi pendant 27 ans et que ces émeutes avaient fait ressortir ma vraie nature. Je découvrais progressivement que j'avais l'âme d'un survivaliste. C'était mon vrai moi, ma vraie nature qui jaillissait au grand jour sous le coup du stress.

Quand le soleil se coucha et que l'interminable nuit débuta, je retournais dans la maison et poursuivais ma veille devant la télévision avec une carafe pleine de café noir. Je n'avais pas dormi plus de deux heures en deux jours, et je n'étais pas tant fatigué physiquement, mais bien plus tendu par l'anxiété.

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