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Le Village des SPOILERS
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Auteur :  Solsys [ Mer 25 Août 2004, 02:38 ]
Sujet du message :  Le Village des SPOILERS

Je reviens de ce film, et je vais vous faire part de ma découverte à rebours de ce film survivaliste (et je l'prouve !)

Je suis allé voir ce film avec l'idée qu'il se passerait au 18ème siècle, un peu comme Sleepy Hollow (en fait, j'ai été dupé par les capes jaunes que l'on voit souvent dans la bande annonce).

Or, dans la première minute du film, on se situe à la toute fin du XIXème siècle. J'ai immédiatement tiqué, car cette période de l'histoire est la période de référence pour les survivalistes. Je me suis tout d'abord dit "Tiens, ce film sensibilise les spectateurs à une époque très particulière, qui est une des références récurrentes du survivalisme".

Cela aurait été un autre réalisateur, je ne me serait pas dit ca, mais comme "Signes" était un film dans l'air du temps (grosse crise de niveau mondial qui touche chacun de nous), je m'attendais à voir de Shyamalan à nouveau une lecture des temps à venir. Donc j'ai immédiatement tiqué sur "Communauté agraire fin XIXème => survivalisme"

Une petite explication sur l'importance de la fin du XIXème siècle pour les survivalistes.
Dans les multiples scénarios contre lesquels les survivalistes se préparent, il y a une composante incontournable, l'interruption des services : éléctrécité, téléphone, carburant, eau courante. Il faut avoir un plan pour continuer à vivre sans ces services.

Généralement, le survivaliste se borne à se prémunir contre une interruption de service de l'ordre d'un à trois mois. Mais on ne peut s'empêcher de penser à la disruption permanente des services, dans le cadre d'une altération dramatique de la civilisation, du fait de la décadence (émeutes, dissolution sociale) ou de la guerre nucléaire.

Le survivalisme un tant soit peu sérieux s'interesse donc tout particulièrement à ce moment précis de la technologie qui précède l'éléctrécité et le moteur à explosion. (Bien qu'il existe déjà la machine à vapeur, mais passons). La fin du XIXème siècle est la dernière période d'autarcie relative des communautés isolées, et la plus avancée, par exemple au point de vue agraire (notons par exemple l'usage de la serre dans le film). Si vous pensez "agriculture biologique" et "énergies non-renouvellables à échelle locale", et que vous vouliez les combiner de manière robuste et réalisable à petite échelle, vous en venez à vous intéresser à la fin du XIXème siècle.
A noter aussi que les recettes de cuisine pour accomoder la nourriture accumulée dans la réserve datent de cette époque (et doivent d'ailleurs être redécouvertes aujourd'hui)

Un site pour vous fournir en matos Amish : http://www.lehmans.com/


Une autre chose m'a aussitôt confirmé dans cette voie, c'est le fait que cette fuite impérative hors des villes est un comportement atypique de la fin du XIXème siècle, pour une communauté non religieuse. A cette époque, il existe certes des communautés de type Amish, et il existait aussi des communautés de pauvres gens "sauvés" de la misère, mais très structuré par un mode de vie religieux, comme les Shakers (qui ont eu une influence sur le design de meubles, si si).

Mais le fait de fuir les villes en raison de leur seule dangerosité me semblait trop moderne, à l'époque du Capitalisme de Manchester on en faisait pas ainsi la fine bouche, et le mouvement de la ville à la campagne me semblait bien petit-bourgeois. C'est pourquoi je pensais soit à la métaphore, soit à l'anachronisme.

La suite et la fin du film montrent une vision du pourrissement de la société post-moderne assez communément partagée chez les survivalistes, et aussi chez certains groupes religieux dont je crois savoir que Shyamalan est un fervent zélote.

Le Village est ce que l'on nomme une "retreat" (une retraite), plus précisément "retreat community" ou "survivalist community" (qui a énormément de points communs avec les communautés hippies et les gens qui ont donné le stéréotype "d'élever ses chèvres dans le Larzac").

Tout le background du film est survivaliste, sans aucune ambiguïté.

Mais c'est une utopie naïve et profondément malsaine. Elle est naïve parce qu'elle ignore dans une certaine mesure le besoin de création et de remodelage d'une communauté. Mon frère ethnologue m'a appris que même au fin fond de l'Amazonie, les communautés isolées se font et se refont fort logiquement en fonction des gens qui la forment, de leurs caractères, des expériences qu'ils ont pu vivre et la transmission déformée de celles-ci à travers les générations.

Or ici, la possibilité de progrès est niée. Il reste la possibilité du libre-arbitre, et c'est là où intervient tout le côté malsain de l'affaire : le libre-arbitre est réduite à des choix tout à fait anodins, puisque le monde extérieur est inaccessible par un mensonge d'Etat. On crée des monstres (Ben Laden ?) pour que les moutons restent bien dans l'enclos.

Il est stupéfiant de voir une terreur créee de toutes pièces pétrifier les jeunes garçons dans ce film. C'est orwellien.

Mais en dehors du procédé parfaitement totalitaire, dont Pol-Pot aurait été fier, c'est la vision d'un "prix à payer" pour vivre dans le paradis terrestre, enclos dans un mur de Berlin privé, sorte d'hyper-"Gated Community".

Le Village, c'est la matrice de "The Matrix". Dans Matrix, c'est le problème, dans Le Village, c'est la solution ! En fait de créatures grand-guignolesques, j'aimerais autant mieux voir une grosse boule blanche qui rebondit à la poursuite des fugitifs, ca aurait été plus "in", les années 60 sont à la mode.

Maintenant, ce film de Shyamalan est un aveu de faiblesse colossal. Il ne pense pas que son message "salvateur" soit assez puissant pour empêcher les gens (surtout donc les jeunes, ceux qui sont à l'âge de la remise en cause et de la révolution) de succomber aux sirènes de la société. C'est donc qu'il n'accorde aucune confiance en l'individu que son propre système devrait générer.

Un système qui marche n'a pas peur de la remise en question, au contraire, c'est en le mettant en question que l'adolescent va vérifier sa validité. C'est toute la différence entre l'enseignement et le dogme.

Shyamalan sait bien que sa solution, d'enfermer les gens dans Le Village- Corée du Nord , est une solution bancale et malhonnête. Le mensonge empêche ses ouailles de fuir, mais le mur d'enceinte et ses flics empêchent la vérité de rentrer (et le progrès et ses médocs, imaginez donc comment on soigne les dents dans Le Village... ah tiens, c'est plus trop idyllique, hein ?)

Ce film est un certain reflet de préoccupations en cours aux Etats-Unis, mais il propose une utopie survivaliste-naïve impossible à une démarche politiquement plus mature d'un autre type de survivalisme qui veut comprendre la menace et essayer de la désamorcer avant de la subir.

En vrai les autruches ne mettent pas la tête dans le sable quand il y a un danger, car si un jour il y en a eu, des comme ça, ca fait longtemps qu'elles ont été bouffées...

Auteur :  Rom [ Mer 25 Août 2004, 11:04 ]
Sujet du message : 

Et donc, tu as aimé ou pas ?

Auteur :  Solsys [ Mer 25 Août 2004, 11:45 ]
Sujet du message : 

Cinématographiquement, c'est efficace, j'ai bien aimé l'athmosphère, les décors, les personnages, et j'ai eu peur comme tout le monde. Le film n'a pas fait de fautes, et il est bien réussi.

Du point de vue "que nous apprends ce film sur les sujets auxquels ont veut sensibiliser les spectateurs", je n'ai pas été déçu non plus.

J'ai juste été "choqué" par ce que je décris plus haut, mais qui est nécessairement un point de vue vraiment personnel.

Auteur :  Wyatt Scurlock [ Mer 25 Août 2004, 13:36 ]
Sujet du message : 

Oui en effet, un point de vue personnel, parce que j'en ai parlé ailleurs et je pense au contraire que le village est loin d'être présenté comme l'eden. Ils élèvent leurs enfants dans la peur, le paysage est terne et monotone.
D'ailleurs, les anciens échouent à transmettre le flambeau et les deux plus malins du village ont envie de voir ailleurs.
Bref, tout plein d'élements qui montrent qu'en fait, les Anciens échouent et qu'au final, leur solution n'en n'était pas une et que fuir au fin fond d'une forêt n'est pas une solution, ce n'est que reculer. Et d'ailleurs William Hurt s'en rend compte.
Donc j'y vois un message complètement opposé pour ma part.
Si message il faut chercher et aprofondir, car avant toute chose, c'est à mon avis une histoire racontée qui ne se soucie peut-être pas autant qu'on voudrait le croire de faire passer quelque chose.

Auteur :  Mugen [ Mer 25 Août 2004, 15:16 ]
Sujet du message : 

Je me range plutôt du côté de l'avis de Wyatt...
Certes, les gens du village sont heureux et respirent le bonheur, mais le message du film est à mon avis qu'il y a une limite à cette existence basée sur le mensonge.
Un jour ou l'autre, un événement surviendra qui vous poussera à reconsidérer les bases de cette existence.

Certes, la question reste en suspens, mais l'on est fortement en droit de se demander si le village survivra à l'escapade de Ivy. Bon, elle est certes aveugle et n'a donc rien vu du dehors... Mais les anciens doutent sérieusement...

Auteur :  Wyatt Scurlock [ Mer 25 Août 2004, 15:31 ]
Sujet du message : 

Mugen a écrit
Je me range plutôt du côté de l'avis de Wyatt...
Certes, les gens du village sont heureux et respirent le bonheur, mais le message du film est à mon avis qu'il y a une limite à cette existence basée sur le mensonge.
Un jour ou l'autre, un événement surviendra qui vous poussera à reconsidérer les bases de cette existence.

Certes, la question reste en suspens, mais l'on est fortement en droit de se demander si le village survivra à l'escapade de Ivy. Bon, elle est certes aveugle et n'a donc rien vu du dehors... Mais les anciens doutent sérieusement...

Je rajouterais même qu'ils ne respirent pas vraiment le bonheur, ils font la fête à l'occasion certe mais vivent dans la peur, le village est terne, personne n'est vraiment joyeux dans cet endroit. Même sans compter Ceux dont on ne doit parler, qui sont pourtant un facteur énorme, et bien, le village n'est quand même pas présenté comme un lieu de joie et de bonheur. L'existence y est dure, la mort frappe les enfants, ect... Ce n'est pas vraiment "pour vivre heureux, vivons cachés" c'est ce que les Anciens devaient croire au début, mais à voir leurs gueules de 30 000 pieds, ils ont clairement déchanté.

Sinon, d'ac avec Mugen, les deux plus malins cherchent à aller voir derrière, Ivy y est allée, elle y revient avec de quoi sauver l'homme qu'elle aime et l'étranger l'a aidé. Entre la curiosité et le prochain qui se blessera et aura besoin d'aide, combien de temps hésiteront les jeunes avant d'aller à l'extérieur ?
Il y a aura eu, en plus, un précédant heureux, avec le retour d'Ivy et des médicaments.
D'autant plus qu'Ivy connait le secret à présent. Ce n'est qu'une question de temps avant que le village et son mensonge ne s'écroulent.

Auteur :  syco 2.0 [ Mer 25 Août 2004, 18:07 ]
Sujet du message : 

Wyatt Scurlock a écrit
L'existence y est dure, la mort frappe les enfants, ect... .


bah oui, moi j'ai trouvé ridicule l'idée du prof d'histoire : "oh c'est trop horrible ce qu'on a vécu! allons nous enfermer dans un village où on ne sera pas agressés et où la mortalité infantile sera de 50%!".

Auteur :  Invité [ Jeu 26 Août 2004, 09:49 ]
Sujet du message : 

Wyatt Scurlock a écrit
Oui en effet, un point de vue personnel, parce que j'en ai parlé ailleurs et je pense au contraire que le village est loin d'être présenté comme l'eden. Ils élèvent leurs enfants dans la peur, le paysage est terne et monotone.
D'ailleurs, les anciens échouent à transmettre le flambeau et les deux plus malins du village ont envie de voir ailleurs.


... et le film s'ouvre sur l'enterrement d'un gamin qui, c'est dit explicitement, est mort faute de soins médicaux. Comme pub pour une utopie, y a mieux.

Citer
Donc j'y vois un message complètement opposé pour ma part.


J'ai tendance à te rejoindre sur ce point, mais je ne suis pas certain qu'il faille trancher. S'il y a un registre que le gentil réalisateur au nom imprononçable maîtrise à la perfection, c'est bien l'ambiguité. Il présente le dossier, et il le fait en personne, puisque c'est lui qu'on voit lire un journal rempli d'horreurs du monde réel, dans le bureau des gardes, à la fin, et il laisse le spectateur se faire son avis tout seul comme un grand.

T.

Auteur :  Mugen [ Jeu 26 Août 2004, 11:45 ]
Sujet du message : 

T. a écrit
(...) puisque c'est lui qu'on voit lire un journal (...)


Content de ne pas être le seul à l'avoir remarqué.

Auteur :  Wyatt Scurlock [ Jeu 26 Août 2004, 11:56 ]
Sujet du message : 

Ben oui, mais il apparait dans tous ses films.

Auteur :  elch delog [ Jeu 26 Août 2004, 12:21 ]
Sujet du message : 

Wyatt Scurlock a écrit
Ben oui, mais il apparait dans tous ses films.


un peu à la manière d'hitchcock? :-?

Auteur :  Wyatt Scurlock [ Jeu 26 Août 2004, 12:27 ]
Sujet du message : 

En fait à chaque fois il a carrément un petit rôle
médecin dans Le Sixième Sens
Voyou dans Incassable, là, il ne parle pas du tout
Je ne me rappelle plus son rôle dans Signs
Ici, on ne le voit qu'en reflet, mais il parle un peu

Un petit rôle plus qu'Hitchcock qui ne faisait qu'apparaitre simplement, dans un coin, sans être relié à l'histoire d'aucune sorte, je crois.

Auteur :  Rom [ Jeu 26 Août 2004, 12:30 ]
Sujet du message : 

Citer
Je ne me rappelle plus son rôle dans Signs


Il est carrément le mec qui a écrasé la femme de Gibson, qd même !

Auteur :  Wyatt Scurlock [ Jeu 26 Août 2004, 12:33 ]
Sujet du message : 

Ah oui, désolé, oups ! :smile:
Rôle ingrat s'il en est d'ailleurs.

Auteur :  Apa [ Jeu 26 Août 2004, 23:59 ]
Sujet du message : 

J'ai carrêment adoré.
Scotché à mon siège.
J'en veux encore.

En sortant de signe j'aurais refusé d'aller dans un champs de maïs la nuit. ... Et le jour. Là je ne veux plus aller en forêt en état aveugle. ... Ou pas.

C'est quoi son prochain ?

Auteur :  AKIKO [ Ven 27 Août 2004, 01:26 ]
Sujet du message : 

C'est évident que la maîtrise de l'ambiance est prouvée... je me suis cru en train de visionner un des mes scénar' Chtulhu d'il y a 10 ans... avec mystères, monstres sordides et cruauté et... pas un gramme de mythe ni de fantastique, mais l'estomac dans les talons tout de même :smile: .
Au delà du message (qui n'est pas si tranché que cela je le concède volontier), je retiendrai un prestation soignée, des personnages assez travaillés (pour un film s'entend). En dépit de certaines invraisemblances ou de solutions de facilité (l'interdiction de survol de la réserve), le film est troublant... mais le manque de fantastique de la fin peut en faire perdre un peu de magie, de superbe.
Voilà... sinon, intéressant point de vue, SOlsys (me donne envie de retourner à mes ouvrages d'enthnographie tout ça...)

kero kero
Et puis, Hilary Hahn au violon... bonheur!

Auteur :  Rom [ Ven 27 Août 2004, 08:42 ]
Sujet du message : 

Citer
des personnages assez travaillés (pour un film s'entend)


Ce serait bien que tu dvpes ça je trouve...

Auteur :  Sanjuro [ Ven 27 Août 2004, 09:12 ]
Sujet du message : 

Rom a écrit
Ce serait bien que tu dvpes ça je trouve...


Moi aussi ;)

Auteur :  Rom [ Ven 27 Août 2004, 09:39 ]
Sujet du message : 

Oulà attention on a plus droit aux abréviations maintenant. magnolia alors.

Auteur :  Apa [ Ven 27 Août 2004, 10:49 ]
Sujet du message : 

é apré c lé mêm ki ral sur lécri sms.
vrémen...

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