Site de l'elfe noir (Sden) - site communautaire de jeux de rôle

Site communautaire de jeux de rôle

En attendant Noël...

Pour ceux qui veulent s'essayer à la prose, à la versification, ou autre

Modérateur: darkbaron

En attendant Noël...

Message par Snybril » Jeu 24 Déc 2009, 13:25

Frisson du saut vers l'inconnu, c'est la première fois que je publie sur le net (dans un espace public) l'une de mes nouvelles. Voyons voir ce que donne ce petit galop d'essai de saison.

AVERTISSEMENT (lire ou ne pas lire l’avertissement, telle est la question. Vous faites bien comme vous voulez, mais maintenant que je l’ai écrit, je peux dormir tranquille, mes avocats ne feront qu’une bouchée de vous en cas de procès) : Lire cette histoire est très fortement déconseillé pour les enfants qui croient encore au père noël, vous risqueriez perdre un peu trop tôt vos illusions. Par contre ce récit est recommandé pour les adultes qui ont su rester de grands enfants. Je m’excuse d’avance auprès de nos amis les arbres qui vont devoir être abattus pour imprimer ce texte, mes pensées vont aussi aux lecteurs écologues, pour les factures d’ophtalmologistes et les migraines que la lecture sur un écran peut causer. Mais bon j’ai essayé de faire court (je sais qu’en voyant la taille de ce paragraphe d’avertissement vous vous posez des questions, mais rassurez-vous, l’histoire est à peine plus longue, promis). Sinon toute ressemblance avec des réels ou des personnes existantes, ou ayant existé, est rigoureusement impossible car vous savez bien que le père noël n’existe pas (on vient d’évoquer le sujet en préambule de l’avertissement). Enfin, je tiens à ajouter qu’aucun renne volant n’a été maltraité durant la production de ce récit, quand aux lutins, mis à part une petite épidémie de grippe mexicaine à l’automne, ils se portent très bien, merci pour eux.

Il n’y a rien de plus tendre que le baiser d’une mère au réveil. Mais Rémi avait bien compris le stratagème. Maman maniait le paravent de la gentillesse comme une excuse, un acompte sur les fourberies à venir. Le mois dernier, elle avait promis une visite au zoo. Rémi avait admiré les hippopotames baillant sur le bord de leur bassin, sans se douter qu’une demi heure plus tard il serait à son tour à ouvrir grand la bouche pour présenter sa mâchoire à la barbarie du dentiste. Ce matin, comme toujours la tendresse quotidienne masquait l’habituelle traîtrise. Sitôt retournée, maman se précipitait pour ouvrir le volet, puis elle quittait la chambre laissant la fenêtre ouverte. Et lorsque Rémi se plaignait, la réponse revenait, invariable et sans appel.
« Il faut aérer ta chambre, sinon tu vas attraper la mort. »

Alors Rémi se cachait sous la couette, moins pour prolonger la nuit que pour se protéger de la morsure du froid du dehors. La caresse du vent se faisait cruelle alors que l’hiver avançait. Et plus Rémi attendait avant de se lever, plus la chambre se refroidissait.
Mais ce matin, la nuit avait transformé le froid en magie. Si l’air glacé s’engouffrait dans la chambre, cette fois il était accompagné des plumes blanches de la neige. Rémi se précipita à la fenêtre pour essayer de gober les flocons. Frais, doux et sucrés comme lui avait dit son papa. Voilà qu’une nouvelle rafale apporte sa cargaison de neige qui s’en va fondre sur le bureau. Sur la lettre !

Rémi s’empresse de refermer la fenêtre en frissonnant et retourne sous l'abri douillet de la couette avec le précieux document. Le papier avait échappé aux flocons, la catastrophe évitée par miracle. Il avait fallu des semaines pour écrire le texte, peut-être le plus important de la vie du petit garçon. De loin, on ne voit qu'une banale liste de mots dans la plume hésitante mais appliquée de la main d'un enfant pour qui l'écriture se résume habituellement à la répétition de symboles compliqués sur des cahiers sans fin.
Mais pour Rémi, cette liste représente tellement plus, l'encre cristallisait tous ses rêves, tout ce pourquoi il se forçait à rester sage depuis si longtemps.
La liste maintenant terminée, maman lui avait promis qu'ils iraient la poster aujourd'hui. En vérifiant un par un qu'il n'avait oublié aucun jouet, Rémi se sentait tout excité à l'idée que cette feuille de papier partirait bientôt pour le pôle nord, le pays des rennes volants, des lutins, et du père noël.

Le temps passait trop lentement, Rémi attendait jour après jour la nuit magique de noël qui ne voulait pas venir. La dernière journée d'école se profilait enfin dans le petit matin gris. Pour le malheur des enfants, la neige blanche et innocente de la semaine passée avait trop rapidement partagé sa couche avec la pluie, la pollution et la boue. Le chemin pour l'école se transformait jour après jour en défi. Pour rester sage et mériter l'attention bienveillante du père noël, il ne fallait pas se salir. La boue humide montée en neige noirâtre se révélait un piège omniprésent. En plus, ce matin, le réveil de maman n'avait pas sonné ou bien papa l'avait convaincu de rester un peu plus longtemps au lit. Pauvre papa, le père noël n'était pas tendre avec les adultes. Peut-être que pour donner aux enfants, il prenait aux parents. Rémi aurait voulu effacer tous les jouets de sa liste pour que papa retrouve son travail.
Ils étaient donc partis en retard à l'école, pas le temps de prendre le courrier que leur avait préparé la concierge, à peine le temps de prendre un petit déjeuner. Et voilà l'école. Mais Rémi sentait que quelque chose clochait. Ses copains réunis en conciliabule sous le pauvre platane décharné tiraient la mine des mauvais jours. Un contrôle pour le dernier jour d'école ? Pourtant la maîtresse n'avait rien dit hier. Rémi soudain inquiet et oubliant sa maman se précipita vers ses copains pour venir aux nouvelles.
Gros Nico faisait l'animation.
« Et moi, je dis que tu racontes n'importe quoi. Et puis tu l'as même pas cette lettre. J'te crois pas!
- Sur la vie d'ma mère, j'te dis que je te l'ai vu. "N'habites plus à l'adresse indiquée" que c'était écrit.
- Ouais, et puis quoi encore, nous aussi on regarde le courrier tous les matins avant d'aller à l'école, et il y avait rien dedans.
- Si ça s'trouve, tu recevras la lettre demain. Et toi, Rem', tu prends aussi ton courrier au petit-déjeuner, tu l'as reçu ?
Ainsi apostrophé, Rémi ne savait pas quoi répondre. Visiblement l'affaire était grave. Mais pas de rumeur de contrôle à l'horizon.
- Nan. Ce matin on était en r'tard. On n'a pas eu le temps de prendre le courrier. De quoi vous parlez ?
- Sam prétend que sa lettre pour le père noël est revenue par retour de la poste. Il raconte n'importe quoi, comme d'habitude. »
La conversation fût interrompue brutalement par la sonnerie de l'école. Vite, vite, il fallait se ranger deux par deux et subir cette dernière journée avant les vacances. La journée commença bien mal pour Rémi, dans son départ précipité de la maison, il avait réussi à retrouver ses devoirs éparpillés dans le salon mais pas sa trousse, sournoisement tombée derrière le canapé. Sa maîtresse prenait un plaisir cruel à critiquer son étourderie, alors arriver sans son matériel lui donnait de nouvelles armes pour le tourmenter. Le soir venu, Rémi ne pensait plus à cette histoire de lettre. Arrivé chez lui, il n'avait prêté aucune attention au courrier entassée sur le bureau. Même si papa avait passé la journée à la maison, il n'osait plus explorer les arrivages de la poste, trop souvent porteurs de factures, de réponses négatives et autres bombes psychologiques pour un chômeur dépressif.
Rémi se précipita sur la pile de courrier, pour sa part il aimait bien trier les lettres, trouver des timbres pour sa collection, explorer les catalogues publicitaires. Il fût extrêmement surpris de reconnaître une petite enveloppe adressée au pôle nord. Par contre, l’adresse du père noël était rageusement barrée d'un coup de tampon rouge "N'habite plus à l'adresse indiquée".
Rémi ne comprenait pas bien ce que ça voulait dire, et comme à chaque fois qu'il se trouvait perdu face à une nouvelle trop triste, il éclata en pleurs.
Fort heureusement, maman venait de rentrer. Il n'y a rien de mieux qu'une maman pour consoler un cœur devenu lourd. Après un gros câlin, les explications calmes d'une erreur de la poste et pour finir une soirée crêpe, Rémi finit par se coucher soulagé. Après tout il suffisait de retourner envoyer le courrier demain, maman disait qu'il n'était jamais trop tard, que papa noël pourrait toujours s’organiser.

Au beau milieu de la nuit, Rémi se réveilla en sursaut, la conscience parasitée par un rêve désagréable. Il rêvait son retour chez des petites maternelles, une honte après avoir été intronisé chez les grands de la classe préparatoire. Les brumes du cauchemar se déchiraient dans l’obscurité immense d’une chambre silencieuse. Heureusement qu’au milieu des ténèbres, tel un phare, la petite luciole dorée veillait sur le sommeil du petit garçon. Il avait réussit à retenir les larmes, il n’avait pas crié. Maintenant, parfaitement éveillé, il repensait à la lettre qui attendait sur le buffet de la cuisine. La liste des merveilles. Seulement, dans sa cartographie des trésors de l’enfance, Rémi avait oublié l’essentiel. Presque un homme, son rôle était maintenant de protéger sa famille. Il lui fallait absolument une épée, la maison curieusement dépourvue de cette arme noble qui permettrait au garçon de devenir un chevalier. Autant profiter de l’aubaine, il pouvait facilement ajouter une petite ligne à sa commande. Pour chasser les relents amers de son cauchemar et se prouver qu’il était un grand garçon, il se leva dans la nuit hostile et dans la semi obscurité se dirigea vers la porte de sa chambre. Papa et maman dormaient, il faisait noir dans le couloir. Alors malgré son courage, il se sentit plus rassuré en s’accompagnant de la petite luciole dorée. Sans faire de bruit, il descendit l’escalier pour arriver dans le séjour. Le monde est plus vaste quand il fait noir, Rémi n’avait qu’une envie, retourner se cacher sous la couette où les monstres tapis dans les ombres ne pourraient plus l’atteindre. Finalement, l’envie de cadeau fût la plus forte et Rémi s’approcha de la petite lettre qui l’attendait sagement au milieu du courrier. En y regardant de plus près, quelqu’un avait déjà ouvert l’enveloppe. Elle était grossièrement fermée par un ruban de scotch. A l’intérieur, un petit feuillet jaune accompagnait la liste. C’était un joli papier, dont la surface douce et caressante faisait scintiller la lumière. Quand à l’écriture, Rémi n’en avait jamais vu de pareille, certainement pas sur le grand tableau noir de la maîtresse. Les lettres étaient très compliquées à déchiffrer pour le petit garçon.

« Mon Cher Rémi,
Nous sommes désolés de te renvoyer cette lettre. Comme tous les autres enfants, tu comptais beaucoup sur le père noël. Mais cette année il faudra que tu sois très fort. Car le père noël a disparu.

L’histoire remonte à cet été, il faisait très chaud. Plus chaud que jamais au pôle nord. Nous ne pouvions plus travailler, il faisait presque cinq degrés au dessus de zéro. La glace fondait et nos souterrains devenaient dangereux. Les conditions de travail devenaient très difficiles et notre ‘vert’ de travail, en laine d’ours blanc, plus très approprié. Il parait que chez vous, on désigne le phénomène sous le terme de réchauffement climatique. Chez nous c’est bien plus grave que cela, la glace qui fond c’est la fin du monde.
Alors nous sommes allés voir le père noël pour savoir que faire dans ces conditions extrêmes. Mais il était absent, la mère noël nous a dit qu’il était très malade et qu’il faudrait repasser plus tard. Rien n’y faisait, le père noël ne reparaissait pas. Sans compter qu’en cette période difficile, nous n’étions même plus rétribués de notre labeur.

C’est pourquoi au début de l’automne, alors que beaucoup d’entre nous tombaient malade, nous avons stoppé toute l’usine de jouets et entamé une grève illimitée tant que le père noël ne reparaîtrait pas.
Mais il n’est pas revenu. Pire encore, lorsque nous sommes retournés à sa recherche pour réclamer des comptes, la mère noël et les rennes volants avaient également disparu. Leur petite maison sous les glaces était vide, comme si elle n’avait jamais été habitée.

Entre la chaleur de l’été et la disparition de notre patron, notre peuple est en très grand danger. Nous avons donc pris la décision de répondre à tous les enfants qui nous ont écrit avec leurs lettres pleines d’espoir et de les renvoyer par retour du courrier pour que les adultes ne se doutent de rien.

Mais attention, Rémi, il ne faut surtout pas raconter cette histoire aux grands. Ils pourraient te raconter les mensonges qu’ils utilisent pour te faire croire que le père noël n’existe pas. Il faudra être fort.
Nous comptons tous sur toi et tous les enfants, vous seuls pouvez nous aider à retrouver le père noël. S’il n’est plus chez nous peut-être se cache-t-il chez vous ?

Bien chaleureusement,
Les lutins »

Rémi sentait à nouveau les larmes monter. Le père noël disparu ? Il n’y aurait plus de cadeau sous le sapin ? Plus jamais ? Il avait envie de pleurer, d’appeler papa et maman au secours, eux seuls pouvaient le consoler et le rassurer. Seulement, la lettre disait bien qu’il ne fallait pas mettre les adultes dans la confidence. Le petit garçon ravala ses larmes, rangea soigneusement l’enveloppe au milieu des autres et retourna dans sa chambre en gardant avec lui la lettre des lutins. Le sommeil fût long à revenir. Le poids de ses cadeaux perdus pesait lourd. Mais pire encore, il se sentait triste pour ces pauvres lutins dans leurs cavernes de glace qui fondaient. La nuit finit cependant par le cueillir. Maman le laissa profiter de la première grasse matinée de vacances, mais finalement elle arriva pour la baiser quotidien et la forfaiture de la fenêtre ouverte. Avant de quitter la chambre elle lui demanda de se dépêcher car elle souhaitait faire des courses avant la cohue. Encore embrumé, l’esprit du petit garçon s’illumina soudainement, il connaissait la cachette du père noël !

La semaine dernière, Rémi accompagnait sa mère au centre commercial. Il s’était émerveillé devant les illuminations mais surtout devant la magie des automates. Au détour d’une galerie, il avait surpris un grand rassemblement, souvent des mamans avec leurs enfants qui se pressaient face à une animation. Rémi se sentait trop petit, il imaginait un automate encore plus merveilleux que les autres. Au désespoir de sa maman, il avait très lourdement insisté pour voir. Et finalement il l’avait vu. Un costume et son bonnet en velours rouge doublé de fourrure blanche, une cascade de boucles couleur de neige qui jaillissait du menton et surtout un regard doux et bienveillant. La patience des enfants qui attendaient, trouvait sa récompense dans un câlin au père noël, en chair et en os. Les plus chanceux repartaient même avec une photo. Rémi avait insisté, pleuré, crié, fait un scandale, maman n’avait pas cédé. Ils étaient repartis sans le câlin ni la photo. Voilà pourquoi le père noël n’assurait plus son rôle auprès des lutins, il venait à la rencontre des enfants dont il réalisait les rêves depuis si longtemps.

Rémi espérait que papa noël serait encore là aujourd’hui. Mais comment convaincre maman ? Et comment trouver le temps d’expliquer au père noël la situation dramatique au pôle nord pendant un câlin chronométré ?

Dur d’être un enfant dans un monde d’adulte. Le centre commercial déployait sa parade de séduction pour attirer le client dans le grand festin annuel de la consommation. L’argent, l’or et les couleurs illuminées fleurissaient en vitrines débordantes d’imagination. L’excès de coquetterie des marchands fonctionnait à merveille. Les foules se pressaient dans les galeries. Trop de grandes personnes, et Rémi avec son petit mètre vingt voyait surtout des pantalons, des bottes et des bas de manteaux. Il s’accrochait tel un poisson pilote au bras de sa mère pour le guider au milieu des masses. Son entreprise, pourtant si raisonnable au réveil lui paraissait maintenant impossible. En plus maman allait beaucoup trop vite, et dans la mauvaise direction. Rémi, insista pour aller voir le stand du père noël.

« Non, Rémi ! Si tu es sage on ira voir papa noël tout à l’heure. Pour l’instant, je te rappelle que nous avons une lettre importante à poster. Il faut filer à la poste avant qu’elle ne ferme. Et nous sommes déjà très en retard.
- Mais, maman, il suffit que je lui donne en main propre ma liste. Puisqu’il est là-bas.
- Mais mon chéri, si tout le monde faisait comme toi, papa noël aurait des lettres plein les poches. Déjà qu’il a beaucoup de travail, il vaut mieux laisser les lutins se charger du courrier. Ne t’inquiète pas, cette fois-ci tout se passera bien. »

Rémi connaissait cet air là. Quand maman parlait comme ça, ça voulait dire qu’il ne fallait pas trop insister. Surtout qu’elle avait laissé entrevoir que peut-être ils iraient voir le père noël après. Ca sonnait comme une promesse, l’espoir valait bien un peu de patience. Même s’il craignait que les lutins ne lui renvoient la lettre encore une fois.
Quelques instants plus tard, les voilà à faire la queue à la poste. Rémi était fasciné par certaines personnes qui attendaient avec des paquets cadeaux dans les mains. Comme si le père noël était déjà passé pour eux. Arrivés au guichet, ils mettaient les paquets dans des colis et s’en débarrassaient. Vraiment très étrange. Pourquoi envoyer au loin ses cadeaux ? En attendant, il posa à maman une question qui l’embêtait depuis ce matin.

« Dis maman, c’est quoi le réchauffement climatique ?
Maman semblait prise de court. Mais elle se ressaisit bien vite, de toute façon les mères savent toujours tout.
- C’est très compliqué. Depuis quelques années on observe que la température augmente sur la terre. Tu connais la pollution, comme le gaz d’échappement des voitures qui fait tousser ? Il parait que tous ces gaz s’accumulent là-haut dans le ciel. Et ça fait comme une grande couverture, une couette qui empêcherait la chaleur de partir. Du coup il fait de plus en plus chaud.
- Et maman, le pôle nord il peut fondre ?
- Mais non mon chéri, c’est pas pour tout de suite. On en reparlera à la maison si tu veux. Mais ça va être à notre tour. Tu es gentil d’aller m’attendre deux minutes un peu plus loin. Je te surveille pendant que je parle au monsieur. »

Rémi retourna donc près de l’entrée de la poste. Il entendait maman râler, comme quoi c’était inadmissible que le courrier des enfants revienne comme ça. Il voyait bien que malgré son monologue indigné, elle continuait de le tenir à l’œil. L’occasion ne se présentait pas de s’éclipser pour retourner voir le père noël. De toute façon, ça faisait trop peur d’affronter seul la foule compacte des adultes. Alors qu’il suffisait d’attendre un peu. Pour s’occuper, Rémi regardait les jolies cartes postales. Derrière la vitrine, il aperçu un joli chien blanc. Alors il sortit pour aller le caresser, il avait l’air si gentil.

« N’aie pas peur ! Rudolphe n’est pas méchant.
C’était un vieux monsieur qui venait de parler d’une voix douce, visiblement, le propriétaire de l’animal. Il se tenait à moitié avachi sur le sol, une bouteille de bière à la main. Il était sale. Il n’avait plus beaucoup de cheveux et les rares qui lui restaient prenaient une couleur jaunâtre, tout comme sa barbe. Au milieu de sa figure crasseuse, deux yeux d’un bleu clair et limpide fixaient le petit garçon. Rémi fit mine de ne pas avoir entendu fit demi tour pour se réfugier auprès de maman. Mais le clochard l’apostropha à nouveau.
- Tu es un bon garçon, ta maman t’a appris à ne pas parler aux étrangers. Plus particulièrement à ceux qui dorment dans la rue. Mais je ne suis pas un étranger, je te connais très bien, Rémi.
- Comment vous connaissez mon nom monsieur ?
Rémi se tenait face à l’entrée de la poste. La porte avait bien détecté sa présence et restait ouverte, mais il hésitait à rentrer. Le vieux monsieur continua.
- Je connais tout de toi, mais pourquoi n’a pas d’importance. Je sais pourquoi tu es ici, pour poster une lettre très spéciale. Sur la liste que tu as écrit, tu y as mis une partie de ton âme. Par tes espoirs et tes croyances, tu donnes de la réalité aux choses. La magie existe pour ceux qui croient en elle. C’est ce qui permet au système de fonctionner, tu vois ? Tu espères beaucoup de quelqu’un. Et trop rapidement tes illusions vont s’effondrer. Retiens seulement une chose, même si les rêves changent, les mots ont du pouvoir. »

« Rémi, laisse le monsieur. On ne parle pas aux inconnus. »
Le ton était sévère, Rémi sentit une main l’agripper fermement. Et l’entraîner loin du clochard. Maman n’avait pas l’air contente. Avant de disparaître dans la foule, le petit garçon se retourna une dernière fois. Le vieillard semblait endormi, il avait laissé s’échapper sa canette dont le contenu se répandait sur le sol gelé. Par contre, le chien Rudolphe, continuait de regarder le petit garçon, un étrange air de tristesse au fond des yeux.
Maman n’était pas si fâchée que cela. Quelques instants plus tard, elle tenait sa promesse et voilà le petit garçon et sa mère à patienter dans la file d’attente pour voir le père noël. Pendant ce temps là de l’autre côté de la barrière les gens circulaient. Dans un sens ils s’en allaient le chariot vide, en direction du supermarché. Dans l’autre sens, les caddies pleins, les clients retournaient vers le parking souterrain. Dans les chariots pleins, il y avait beaucoup de choses, mais très souvent, on trouvait des jouets, beaucoup de jouets dans leurs emballages colorés. Dans l’un d’eux, Rémi reconnu le château fort qu’il avait commandé au père noël, dans un autre un camion de pompier tout à fait similaire à celui qu’il avait reçu l’an dernier. L’attente fût longue et pendant ce temps, Rémi réfléchissait. Plus le temps passait, plus Rémi sentait un doute monter à la surface de son esprit. Enfin son tour venu, sa mère lui lâcha la main et le petit garçon courut rejoindre le père noël.
Le monsieur dans son costume rouge semblait fatigué. Il fit monter le petit garçon sur son genou en lui demandant :

« Dis moi, mon garçon, tu as été sage cette année ?
- Oh oui, papa noël. Mais j’ai une question.
- Oh oh oh ! Je t’écoute.
- Qu’est ce que vous faites ici ? Noël c’est dans quelques jours, vous avez pas du travail pour préparer les jouets.
- Ne t’inquiète pas pour ça mon garçon, tout est presque prêt. Les lutins travaillent sans relâche pour que tous les enfants du monde aient leurs jouets. Et toi, qu’as-tu…
C’est alors que Rémi l’interrompit en criant :
- Menteur, menteur, menteur !
- Du calme mon garçon.
L’homme en rouge essaya d’attirer à lui le petit garçon pour lui faire un câlin. Mais Rémi le repoussa. Il s’empara de sa barbe et tira un grand coup. Le postiche s’arracha avec difficulté dans un bruit de déchirement. L’imposteur en rouge grogna de douleur tandis que le gamin s’écartait en le pointant d’un doigt accusateur.
- En fait c’est à cause des menteurs comme vous, des tricheurs, que le père noël à disparu.
Rémi se tourna vers le public des parents indignés. Il avait des larmes dans les yeux.
- C’est à cause de vous tous, que les cavernes fondent et que les lutins disparaissent. Vous les avez abandonnés ! »

Rémi avait tout compris, le père noël n’existait plus.
Snybril
 
Message(s) : 432
Inscription : Mer 30 Mai 2001, 02:00
Localisation : Grenoble, la ville qu'elle est bien

Retour vers Ecriture

Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité


Tous les éléments et personnages sont des marques déposées détenues par leur propriétaire. Ils sont utilisés ici sans autorisation particulière, dans un but d'information. Si l'auteur ou le détenteur des droits d'un élément quelconque de ce site désirait qu'il soit retiré, les responsables du sden s'engagent à le faire dans les plus brefs délais.

(c) 1997- 2010 SDEN - Site communautaire de jeux de rôle
Tous droits réservés à l'association loi 1901 Elfe Noir.
Les textes et les illustrations des rubriques, sauf avis contraires, sont la propriété de leurs auteurs.