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Philippe Muray

Pour ceux qui veulent s'essayer à la prose, à la versification, ou autre

Modérateur: darkbaron

Philippe Muray

Message par Bayushi F'Ramir » Mar 29 Juin 2010, 12:12

Certains parmi vous connaissent peut-être Philippe Muray, poète, critique, essayiste, mort il y a quelques années.
Je suis tombé il y a peu sur une réédition de certains de ses textes chez Tel, rassemblés sous le titre (délicieux !) de "Désaccord parfait".

Je me permets de copier ici un extrait de l'article : "Le propre de la critique".

Faites-en ce que bon vous semblera.


"(…)Être en mesure de repérer, dans la montagne de romans qui paraissent, ceux qui participent de la conspiration uniformisante (solidariste, humanitaire), et les autres, beaucoup plus rares, ceux qui parlent des êtres humains à travers la manière dont le Programme est en train de les rééduquer, et de la façon dont ils accueillent massivement cette rééducation, quand ils ne la devancent pas. La critique, c’est le jugement. C’est l’appréciation, c’est la détermination des propriétés de quelque chose. C’est la possibilité de dégager un critérium permettant de porter un jugement. Une bonne connaissance de la réalité d’aujourd’hui, de l’état dans lequel elle se trouve, me semble requise pour apprécier les romans, dans la mesure où ils ont à faire avec cette réalité, mélange de dissolvant néo-évangélique, d’effacement ludique des « différences », d’oppression informationnelle, etc. Un véritable critique devra être amené, par nécessité interne pour ainsi dire, non seulement bien sûr à dévoiler sa pensée sur le livre qu’il est en train de critiquer, mais aussi, via cette critique, à livrer ce qu’il pense lui-même du monde, des choses de la vie, de l’univers qui l’entoure, ou de ce qu’il en reste. J’ai autant de mal à me figurer un roman intéressant qui ne parlerait pas, d’une façon ou d’une autre, de la comédie contemporaine, qu’à m’imaginer un critique dont je ne pourrais pas lire, dans le filigrane de son commentaire, ce qu’il a compris du temps présent, ce qu’il sait de notre monde en liquidation et de ceux qui l’habitent.
Quel est le propre du roman ? Quelle est l’affaire du roman ? Toute la question littéraire, sous son angle critique, consiste à tenter de redéfinir, ce propre du roman. Avant d’être « de la littérature », avant de dialoguer avec le reste de la littérature (catéchisme du vieux modernisme, liturgie des avant-gardes), un roman parle du monde. Et l’invente. Et le combat. Et s’en moque. Et le questionne. Et le montre. Et l’interprète. Et (aujourd’hui plus que jamais) interprète un monde toujours déjà surinterprété, détruit, arraisonné, recréé de toutes pièces. Ce n’est plus le monde, comme autrefois, qui se présente aux romanciers, c’est une version du monde. L’ « observation » du réel, comme on disait jadis, redevient d’autant plus justifiée qu’il s’agit d’un réel reconstruit par les fictions que proposent quotidiennement les médias, et qu’ils imposent sans réel alternative. La propagande quasi naturelle et spontanée de l’ « information » passe elle aussi par le récit, par une certaine forme de roman qu’il conviendrait de dégager, dont il conviendrait de voir comment elle s’en sert, à propos de n’importe quel évènement. La télévision utilise un type de roman qui lui permet d’orchestrer la disparition du monde et de l’Histoire. Les médias se sont admirablement organisés de façon à n’avoir pas besoin du roman puisque c’est eux qui le font."

Philippe Muray, « le propre de la critique » (1996), Désaccord parfait. L'auteur souligne.
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Re: Philippe Muray

Message par Bayushi F'Ramir » Jeu 07 Oct 2010, 11:27

Plop : Les Belles Lettres viennent de sortir un pavé regroupant les essais de Muray, sous le titre complètement dingo de "Essais". Le livre regroupe L'Empire du Bien, Après l'Histoire I&II et les quatre Exorcismes spirituels.

Je vous copie-colle le résumé sur le site des Belles Lettres :

L'empire du bien triomphe
Il est urgent de le saboter

L'œuvre de Philippe Muray (1945-2006) est de celles dont on ne se remet pas. Méchante pour certains, quasi prophétique pour d'autres, elle jette sur le monde une lumière si vive que la rétine s’en trouve brûlée, et superpose aux choses une indélébile petite tache d’ironie.
Car ce qui caractérise notre époque est pour Philippe Muray son sérieux terrible, sa certitude agressive et béate d’être meilleure qu’un avant dont elle ne veut rien savoir et de se diriger vers un avenir aussi paradisiaque et inéluctable que désincarné. Cette dévotion à un Bien qu’on ne peut remettre en question est la source d’innombrables sottises, comme le chemin le plus court vers des formes nouvelles de barbarie.
Pour la première fois, Les Belles Lettres publient donc, en un seul volume, sept des plus grands textes de Philippe Muray (L’Empire du bien, les deux tomes d’Après l’histoire et les quatre Exorcismes spirituels), afin de permettre au lecteur de saisir toute la puissance de sa vision, mais aussi de goûter à tout le brio de son style. Car si Philippe Muray porte un regard désespéré sur le monde, son désespoir n’est ni triste ni ennuyeux. On s’amuse beaucoup en compagnie d’une vaste galerie de personnages digne des Caractères de La Bruyère, dans laquelle un index permettra de se promener à loisir. Une annotation soignée éclaire également les diverses allusions factuelles.
Parce que les cibles véritables de cette plume acérée sont toutes les formes de bien-pensances, son extraordinaire liberté de ton, outre l’hilarité qu’elle provoque, procurera à certains un véritable enthousiasme en ces temps souvent sombres.
« Enfant de Bloy par la colère, de Céline par la fièvre, de Rabelais par l’imagination, il se fait un devoir de pulvériser les vanités de son temps, de les transformer façon puzzle. »
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